Classic Rock – février 2013 : Condamnés au rock’n’roll

Les Manic Street Preachers étaient une explosion punk métal de paroles géniales et de riffs tueurs – Morrissey croisé avec Micjael Schenker – qui a menacé de splitter après un album. “Le problème, c’est qu’on est encore là…”

“C’est du heavy métal de merde !”

Nous sommes à l’été 1987 et les Manic Street Preachers sont dans la chambre de James Dean Bradfield à discuter de la direction future du groupe. Le jeu de guitare de James est la cause de biens des soucis. Il devient tout simplement trop bon putain.

“James accélérait en tant que guitariste si rapidement, se souvient Nicky wire. Étant donné qu’il ne s’est pas mis à la guitare avant l’âge de 14, 15 ans. Il passait évidemment tout son temps à gratter”.

On ressent que la musique du groupe commence à en souffrir – elle est remplie de solos, de riffs, de bouts sinueux.

“Tout cet été là, je suis resté à l’intérieur à apprendre comment jouer Appetite For Destruction de A à Z, se rappelle James, et ça énervait Sean. On vivait ensemble chez mes parents et il me voyait aller de plus en plus dans une direction. Désormais, je ne jouais plus juste quelques riffs de Rush mal, je jouais tout un album assez bien. Nos chansons ont commencé à aller dans une direction plus lourde…”

Le cousin de James, le batteur Sean Moore, était inquiet. Il n’a pas signé pour jouer du putain de heavy métal. Les deux cousins ont résumé la dispute à la simple question à laquelle n’a fait face – ooh – absolument aucun autre groupe de l’histoire de la musique : “Allons-nous être Guns N’Roses ou McCarthy ?”

Aujourd’hui, pratiquement tout le monde a oublié McCarthy. Les MSP demeurent leurs plus grands meneurs, reprenant plusieurs de leurs chansons et faisant la promotion de leur premier album I Am A Wallet dès que possible. Groupe unique des années 1980, McCarthy était un groupe d’indie-pop marxiste (originaire de l’Essex !) dont l’approche main de fer dans un gant de velours les a vus faire accélérer des paroles sur des députés pédophiles et la décapitation du Prince Charles avec de douces mélodies et des guitares carilonnantes à la Byrds. Bien que les deux groupes soient en colère, anti-Establishment et influencés par le punk, sur le plan musical, McCarthy étaient aussi éloignés des GN’R que possible : du rock sans les riffs et les solos, sans le machisme en dénim et en cuir, le hurlement du blues ou la fanfaronnade du pied sur le retour. Si cela semble être une partie de plaisir aujourd’hui (suivre le groupe derrière le premier album qui s’est le plus vendu de tous les temps ou un groupe de mômes indés obscurs), cela a besoin d’un peu de contexte : McCarthy et la génération de groupes de punk psychédélique dont ils faisaient partie – dont un Stone Roses et un Primal Scream naissants – étaient les chouchous des pages du NME.

Doivent-ils viser très haut ou revoir leurs objectifs à la baisse ? Faire le grand jeu pour les cœurs et les esprits ou se décider pour le statut culte ? La dispute fait rage. Richey Edwards et Nicky Wire, qui allaient devenir plus tard les portes-parole du groupe, sont vautrés sur un lit et se gardent loin de tout cela. (“Nicky et Richey se marraient à regarder les deux prolos se crêper le chignon”, raconte James.) James et moi, on était du côté des Guns, se souvient Wire. Je pense que Richey était un peu partagé, Sean était définitivement du côté de McCarthy. Les Bunnymen étaient son groupe préféré alors il était plus astucieux. On pensait tous que l’album de McCarthy était l’un des plus grands albums de tous les temps, mais ma vision était de passer la barrière – notre origine du Pays de Galles, notre look – j’ai toujours pensé que comique, c’était assez bon. Les Pistols, les Ramones, Fabulous Disaster [Riot Grrrls de San Francisco]. Les gens allaient se moquer de nous de toute façon alors j’ai pensé : S’ils doivent se moquer de nous, que ce soir hors du commun”.

Nicky connaissait bien le terme “hors du commun”. Il a grandi avec “tout de Rush à UFO. Whitesnake était mon groupe préféré. J’vais la veste en jean avec la pochette de Ready An’ Willing peinte dessus. Une fois qu’ils sont allés aux États-Unis et ré-enregistré Here I Go Again, je me suis détourné d’eux, mais l’original et Fool For Your Loving… Trouble est un album au son génial. J’adore Trouble.

“Nicky était un vrai métalleux quand il était jeune, dit James. Il était à fond dans Rainbow, il aimait même des trucs comme Spider. Richey était à fond dans son Hanoi Rocks. [En tant qu’auteurs de paroles] je pense qu’ils aimaient l’idée de ce gros véhicule audacieux qui avançait en grondant portant leur message. Tandis que Sean a pris un peu d’ombrage”.

Le batteur Sean – co-compositeur de la musique avec James – a été bouleversé de voir cette influence hard rock s’infiltrer dans la musique de son groupe de toutes parts. “Richey était dans la même année que moi. Dans nos cours de musique, on apportait des trucs comme les Fall, Perverted By Language, il explique. Puis il a découvert tout ce heavy métal alors [au fils des années] Skid Row, Pantera et tout ça s’est infiltré. Richey écoutait Dogs d’Amour quand on était en studio à enregistrer Generation Terrorists. Je pense qu’il en aimait plus l’histoire que la musique parfois”.

La dispute McCarthy contre les Guns était, selon Wire, le pivot de la genèse du groupe : “On commençait à écrire des chansons comme You Love Us et Born To End  – tout ça avant qu’on signe chez Sony – et c’était vraiment que des chansons rock”.

“Les chansons se sont alourdies, dit James, et même si j’étais toujours un énorme fan de McCarthy, des deux anges sur mon épaule, GN’R a gagné”.

Cela était sensé. McCarthy étaient mystérieux, aimables, asexuels. Les Manics étaient de Blackwood, du Sud du Pays de Galles. Post-industriel. Petite ville. Fiers. Brutaux. Qu’est-ce qu’elle a ma gueule mec. “J’étais là, Ah, allez, on est gallois, raconte Bradfield, on vient de milieux ouvriers – notre réalité physique doit être représentée”.

La dispute a continué “pendant des heures et des heures”, estime Wire. À la fin, James était si frustré qu’il a pris son exemplaire original d’Appetite et l’a éclaté en petits morceaux. “Voilà ! il adit. Merde ! C’est fini…”

“Mais tu sais, continue Sean, il est sorti après s’en acheter un autre exemplaire quinze jours après”.

Parce que ce n’était pas fini, bien sûr. C’était juste le début.

* * *

Les Manic Street Preachers était le groupe le plus contraire du rock’n’roll. Groupe violemment intelligent amoureux de gros rock bête qui fusionnait l’intelligence lyrique de Morrissey et de McCarthy avec les guitares de Michael Schenker et de Slash. Un groupe qui ne nourrissait de la colère, qui a critiqué son public tout comme ils se moquaient de leurs détracteurs avec une chanson intitulée You Love Us. Un groupe qui citait Rimbaud, Larkin et Plath et qui pourtant racontait au plus indé que cela tu meurs NME que leur héro de 1991 était “Sebastian Bach pour Monkey Business et Wasted Life”. Armé d’une chanson qui pouvait finalement les voir passer le territoire Kerrang!, ils ont fait un clip homoérotique – malgré le fait qu’aucun d’entre eux ne soit gay. Sur la scène de Glastonbury, Nicky Wire a dit à la foule béatifique : “Construisons un peu plus de putains de déviations sur ce trou perdu de merde”. À New York, il a lancé malicieusement, “La seule bonne chose aux États-Unis, c’est que vous avez tué John Lennon”.

Là où la plupart des groupes cherchent l’adulation, les Manics cherchaient la confrontation. “On n’a jamais été intéressés par se faire des amis, vraiment, dit Sean. Même à 44 ans, il y a toujours un élément où je veux juste la déchirer vraiment, la fracasser”.

James l’a ignoré : “J’ai grandi dans les putains de vallées, explique-t-il. L’antagonisme, c’est juste des préliminaires”.

Nicky Wire, la source de la grande partie des emmerdes, est plus contrit : “Tu sais quand les gens se retournent sur la version plus jeune d’eux-mêmes et font, Je ne regrette rien, je n’ai aucun regret ? J’en ai juste des tonnes. Je me souviens de moi de façon frappant et – j’aimais ma vie domestique, ma mère et mon père étaient géniaux, je n’ai jamais eu de problèmes –  Mais dès que je suis entré dans le groupe, je parlais sans cesse comme un gros connard tout le temps bordel. C’est toujours en moi maintenant. Je n’ai pas changé, c’est juste que je contrôle ça”.

Et quand ils ne dérangeaient pas les gens, Nicky et Richey les stupéfiaient (et faisaient flipper complètement James) avec un chapelet de déclarations bizarres :

“Dans un an, on fera Wembley en tête d’affiche…”.

“On va faire un album meilleur que Never Mind The Bollocks…”

“On va écrire un double album, en vendre 16 millions d’exemplaires, et après on splittera…”

“Il n’y a pas de gloire à être dans les charts indés, il n’y a pas de gloire à être dans le Top 30. Tu dois être numéro 1. On veut juste être le point de référence le plus important des années 1990. C’est tout”.

Oh, c’est tout ? Un an plus tard, ils n’ont pas fait la tête d’affiche de Wembley, ils jouaient au Roadmenders de Northampton. Generation Terrorists n’a pas eu l’impact culturel de Never Mind The Bollocks, ni est devenu numéro 1, ni s’est vendu à 16 millions d’exemplaires, et les Manic Street Preachers ne se sont pas séparés. Il est également douteux que dans les décennies à venir, quelqu’un les considérera comme le point de référence le plus important de la musique des années 1990 (bien que leur troisième album bouleversant, The Holy Bible, et la disparition de Richey Edwards en 1995 pourront être mentionnés en gros, pris en sandwich entre le grunge, la mort de Kurt, Oasis contre Blur, OK Computer, le métal rap, et, vous savez, toute cette merde).

Mais c’est dommage, parce que les Manics étaient une collision unique de forces culturelles, musicales et politiques qui en ont fait l’un des groupes les plus violemment intelligents, musicalement avertis et palpitants de la décennie. “On était un groupe bizarre de loulous, admet James. Mon premier amour était ELO, et puis je suis devenu un bon môme indé pendant un moment avec des groupes comme Big Flame, Jasmine Minks, The Bodines. Puis c’était le Clash, Magazine, Wire, les Pistols, les Skids et puis tout à coup, je me suis réveillé et il y avait les Guns N’Roses et Public Enemy en même temps”.

Sean se souvient des racines de James de manière différente : “On a rencontré Paul McCartney une fois, dit-il en gloussant, et James lui a dit, J’aime Pipes Of Peace On pouvait voir McCarney avoir une sorte de mouvement de recul, pensant Oh bon Dieu ! Probablement mon pire album. Tu sais, The Frog Chorus et tout ça. James achetait des disques de Elton John et Billy Joel et tous ces sortes de trucs. Diana Ross, Motown. Bizarrement, pour moi, c’était plus jazz : Charlie Parker, Miles Davis et puis c’était indé – craiment de la musique alternative”.

La musique, la littérature et les films faisaient tous partie de leur grande évasion. Ils échangeaient des livres, faisaient une fixation sur des films, étaient scotchés pour le 10ème anniversaire des célébrations du punk à la télé et dans la presse musicale, et se sont trouvés des modèles peut-être peu vraisemblables dans les Guns N’Roses et Public Enemy.

“Je me souviens d’entendre les paroles de Welcome To The Jungle, dit James, et de penser Ce n’est pas du métal chevelu. C’est du vrai rock and roll. Ils n’ont pas oublié le punk, ils n’ont pas oublié les Stones – c’est ce que devrait être le rock’n’roll. Ce n’était pas Cherry Pie [de Warrant]. C’était complètement révolté, nihiliste. Et puis je me suis souvenu d’avoir entendu Bring The Noise de Public Enemy et d’avoir pensé, C’est comme ça que je me sens. En oubliant tous les trucs sur Louis Farrakhan [le leader séparatiste des musulmans afro-américains], le message essentiel, c’est en gros sur quelqu’un qui s’est fait chier toute sa vie et maintenant c’est son heure putain. On pensait que It Takes A Nation Of Millions [de PE] et Appetite étaient un seul et même disque d’une étrange manière, même s’ils étaient à l’extrême opposé l’un de l’autre. Il semblait juste que c’était leur moment. Comme, Putain, quelque chose se passe !

En dehors de Londres, l’influence de la presse musicale avait progressivement diminué. Les Goths, les punks, les psychobillies, les bikers et les mômes indés se côtoyaient dans les “discothèques alternatives” où le DJ passera le Clash suivi de AC/DC, les Cramps, Hanoi Rocks et les Sisters Of Mercy, et la piste de danse était un mélange confus de danse des canards, de pogos, de cheveux crêpés et de patchouli. Après des années de Thatcher, la grève des mineurs et le chômage, le NME s’attendait à ce qu’on s’excite sur des gens en gilets qui se comportaient comme des enfants, tandis que Kerrang! avait la gaule sur du métal industriel ? Ouais, c’est cela.

“On avait l’impression de vivre dans un vide, raconte James. Tout ce qu’on nous avait dit qui était vraiment génial de là d’où on venait avait été détruit – sur le plan économique et culturel. Alors tu commences à regarder d’autres choses, dans cette terre aride des années 1980, et la musique était le choix évident. Parce que tout d’abord, elle semblait complètement étrangère à l’environnement dans quoi tu avais grandi.

“Je pense que le journalisme n’a jamais bien vendu l’angle futuriste de la musique à guitare. Que ce soit Rush, les Guns des débuts, le Clash ou Magazine, je ne pense pas que le journalisme ait effectivement capturé la qualité de déplacement de ce que la musique à guitare était effectivement à ce moment de nos vies. Ça ne sonnait pas comme tout ce qu’on avait vécu. Ça semblait effectivement être quelque chose qui était arrivé complètement formé du futur et qui était étonnant pour nous. Les gens pourraient se moquer de ça aujourd’hui, mais c’était quelque chose qui te secouait en fait, te réveillait et te donnait une nouvelle raison d’être”.

* * *

Les Manics ont transformé leurs vies par pure volonté. En 1990, Richey a envoyé un exemplaire de New Art Riot, leur chaotique premier single quatre titres, à Philip Hall, directeur de la société de Relations Publiques Hall Or Nothing, et l’a convaincu de venir au Pays de Galles pour les écouter. En personne, ils se sont tellement défendus qu’il a offert d’être leur manager. (Note aux cyniques : oui, ils étaient managés par un chargé de com.)

Ils ont signé sur Heavenly Records, alors en première ligne du crossover indie-dance, avec des disques de Flowered Up et de Saint Etienne derrière eux. Ils sont apparus dans la presse musicale avec des chemises mal peintes au pochoir, des coupes au bol et se sont faits méprisés, comme ils savaient que cela allait se passer. Motown Junk, explosion en quatre minutes de riffs de dernier gang en ville et de paroles iconoclastes (“J’ai rigolé quand Lennon s’est fait buter”) a fait dresser les oreilles de la grande populace de part et d’autre du pays, mais les a toujours vus rejetés comme des revivalistes du Clash.

À l’apogée de l’antipathie de la presse musicale, ils sont sorti une délicieuses chanson “majeur tendu” intitulée You Love Us qui sonnait comme les Guns N’Roses qui martelaient joyeusement I Feel Alright des Stooges. “Nous ne sommes pas vos pêcheurs”, chantait James. “Nos voix sont pour de vrai”. Peu après, Richey – exaspéré par le refus du journaliste du NME, Steve Lamacq, de les prendre plus au sérieux que les groupes feu de paille de la New Wave Of The New Wave comme Birdland ou These Animal Men – s’est gravé l’expression “4 REAL” (“POUR 2 VRAI”) sur le bras avec une lame de rasoir en pleine interview. Tout à coup, les Manics ne semblaient pas si risibles que cela. (À part peut-être au Pays de Galles : “D’où on vient”, a raconté Nicky peu après, “Les gens sortent du pub, se battre entre eux, cassent leurs biens, puis battent leur femme ou compagne. Alors, quand les gens là-bas ont entendu parler de Richey, ils se sont bien marrés”.)

Avec beaucoup d’encre coulée, à la place de tubes, à leur actif, ils ont signé sur Columbia et ont fait équipe avec le producteur Steve Brown. L’homme qui a fait passer The Cult de l’obscurité goth-rock aux charts avec l’album Love, et produit le colosse sous-estimé de 1988 des Godfathers, Birth School Work Death, il s’est mis à remodeler le groupe à l’image qu’ils avaient choisi – Guns N’Roses croisés avec McCarthy – avec un album qui, même s’il ne s’est pas vendu à 16 millions d’exemplaires, soutenait au moins le courage.

She Sells Sanctuary pour nous était un excellent disque rock, raconte Nicky. C’est l’une des raisons principales pour laquelle on a travaillé avec Browny. Et une fois qu’on est allés avec lui, on a suivi un modèle – c’est la manière dont sera le disque”.

Le single Stay Beautiful a indiqué l’ascension. Chargés par Brown d’écrire une grande chanson qu’ils pouvaient s’imaginer passer à la radio – c’est à dire, sans juron dessus – ils ont livré une démo d’un hymne punk métal avec le refrain “Mais va te faire foutre !” Avec un professionnalisme parfait, Brown a travaillé sur la chanson avec le groupe, puis, à la dernière minute, a remplacé le “foutre” par un riff de guitare grinçant. Le groupe a admiré son culot. Sur scène, le public fournissait le “foutre”. Il est allé dans le Top 40.

Brown, selon James, avait “un encadrement vraiment bon, un bon sens du contact” et savait comment tirer le meilleur des gens à sa charge. “Il n’arrêtait pas de nous donner cet indice qu’il y avait quelque chose là et qu’on devait le traquer”, explique James. Pour la première chanson de l’album, Slash ‘N’ Burn, par exemple, il a pris ce qui était “une chanson indée rock traînante” et l’a travaillée violemment en une chanson rock déchirée remplie de riffs.

James : “Il était là, Non, elle doit avoir des lignes droites, elle doit être violente ! Elle doit avoir de la violence et de la grâce ! C’était son truc : la violence et la grâce. Il m’a fait écrire ce pont – ce morceau à la Michael Schenker. Et comme il a produit Love, on lui a fait implicitement confiance”.

Primal Scream avait emmené le crossover rock dance dans les charts avec Loaded en mars 1990. Les Manics étaient en décalage avec les modes prédominantes mais violemment compétitifs. “On regardait Creation Records, Primal Scream, et tous ces groupes qui commençaient à entrer dans le Top 40, dit Sean. Travailler avec Steve était une opportunité d’apparaître enfin sur Top Of The Pops. Il était temps de monter d’un cran. On venait de signer chez Columbia, Sony, alors c’était vraiment, C’est le grand moment maintenant”.

La philosophie de Brown était simple : tu dois pouvoir baiser dessus, danser dessus et conduire dessus. Tout à coup, raconte Sean, faire de la musique, c’est devenu “boîtes à rythmes et mixage serré de morceaux – créer cette pop song parfaite pour la radio”.

En tant que batteur, il avait un grand virage à faire en matière d’apprentissage : après avoir passé toute une semaine à essayer d’obtenir un son de charleston sur la chanson Crucifix Kiss, ils se sont rendus compte qu’enregistrer le groupe dans les conditions du live n’allait pas fonctionner. “Steve Brown avait cette approche quasi Mutt Lange, Def Leppard. On a fait quelques sessions avec une programmateur de batterie et j’ai regardé ça en faisant, Ooh, les choses commencent à me filer entre les doigts”.

Au lieu de jeter ses baguettes à l’autre bout de la pièce, Sean s’est assis derrière le mec pendant une session et a posé des questions. “Et puis je suis sorti acheter tout le kit et je me suis posé un weekend pour apprendre à m’en servir. Et je ne suis pas revenu en arrière”.

* * *

Generation Terrorists n’est pas le plus grand album du groupe. Il est trop long, inconsistant et comprend Condemned To rock ‘N’ Roll – titre génial étouffé par des millions de riffs, à la recherche d’une mélodie (bien que pour être juste, les 60 dernières secondes sont parmi les plus excitantes de l’album). Mais c’était toujours un triomphe. Certains rockeurs traditionnels le préfèrent à The Holy Bible, le troisième album du groupe plus célébré mais intense, et on peut le comprendre : malgré toute la désolation lyrique et du pointage de doigt de la génération inutile, le premier album des Manics était radieux et jubilatoire, le son d’une groupe qui se rendait compte qu’il avait un avenir.

“Ça n’a jamais pris sur tout un album jusqu’à The Holy Bible, dit James. Avec GT, il y avait un peu de grande folie dedans, définitivement, de l’ambition qui fait mal. Mais ça a en quelque sorte payé sur certaines chansons. Sur d’autres, on peut entendre les coutures qui craquent un peu. C’est un groupe en gestation qui essaie d’y arriver. Et je l’aime pour ça. J’aime sa naïveté. On n’obtient pas cet idéalisme féroce sans être naïf. Parce qu’on ne peut jamais être violemment idéaliste sans croire complètement en ce que tu fous. Et on ne peut pas complètement croire en ce que tu fais sans être malavisé”, il rit et se reprend. “Nan, nan, si ?”

Generation Terrorists est allé à la 13ème place des charts albums britanniques. Il ne s’est pas vendu à 16 millions d’exemplaires comme ils visaient mais à ce moment tout le monde s’en foutait un peu. Enfin, sauf le groupe. “Faire une déclaration comme ça en sachant que tu vas te planter en tous points, c’est la lose, dit James. Et ne pas faire partie de cette décision est assez bizarre”.

Était-il en colère là-dessus ? “Non, j’ai pensé, C’est pour quoi j’ai signé. Je connaissais Nick et Richey et je sais ce qu’il se passe dans leurs têtes, je n’ai aucun contrôle dessus. Mais ça fait partie de l’excitation d’être dans le groupe, savoir que je pouvais être derrière 99.90 pour cent de tout ce qu’ils pouvaient dire ou imaginer et peut-être même donner vie à ça. Mais ça m’a foutu les jetons. En même temps, rien n’aurait pu plus me pousser. C’est probablement pourquoi j’ai continué sur Motorcycle, c’est probablement pourquoi j’avais tellement de foi en Little Baby Nothing… Cette peur de l’échec était probablement la plus grande chose qui me motivait”.

“Si on avait fait les 16 millions, dit Sean, je suis sûr qu’à l’époque on aurait dit, Voilà, merde. Définitivement. C’était notre objectif total. On croyait véritablement que c’était toute notre déclaration de mission. Ça aurait été parfait”.

Alors tu étais dégoûté quand ça ne s’est pas fait ?

“Oh absolument. Dévasté”.

Mais le bon côté des choses, c’était que tu avais toujours un boulot et un groupe..

“On voulait être fidèles à cet objectif, dit-il fermement. Alors, si le deuxième album s’était autant vendu, alors ça aurait été fini. Le problème, c’est que ça a continué encore et encore. On est encore là”.

Generation Terrorists édition 20ème anniversaire est sorti chez Sony.

Scott Rowley

*

MA GÉNÉRATION

Et si GT avait été un album simple à l’idée de pochette originale ?

L’idée de pochette originale de Generation Terrorists était d’utiliser Piss Christ d’Andres Serrano, photographie d’un crucifix dans un vase de l’urine de l’artiste. Est-ce que GT se serait vendu à des millions d’exemplaires s’il avait été réduit à un album simple avec cette pochette : plus difficile et plus méchant, plus Alice In Chains que Skid Row ?

“Ça aurait été définitivement la pochette, dit Moore. Mais on était signés chez une major et on comprenait qu’on ne pouvait pas faire absolument tout ce qu’il y avait dans nos têtes”.

“On est passés à côté de l’art rock avec une partie de la production et la pochette, admet Bradfield. L’une des idées initiales de la maison de disques était un Exocet qui atterrissait sur une scène. Alors ça nous a un peu paniqué. [Avec cette pochette] je pense que Richey était juste à court de temps. Elle possède une sorte de flou artistique, un côté homoérotique, chic soft metal. Je l’aime bien. Mais, ouais, Piss Christ aurait été autre chose”.

Comme album single, modelé sur la durée de 53min44 de Appetite For DestructionGT aurait pu contenir : Slash ‘n’ BurnNat West-Barclays-Midlands-LloydsBorn To EndMotorcycle EmptinessYou Love UsLove’s Sweet ExileLittle Baby NothingStay BeautifulRepeatSpectator Of Suicide (Heavenly Version)Methadone PrettyCondemned To Rock ‘N’ Roll. Se serait-il vendu autant que Appetite ?

“Euh, non”, dit James.

Traduction – 2 mars 2013

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