“A craving for freedom and independence is generated only in a man still living on hope.”

lamortheureuse(“Le souci de liberté et d’indépendance ne se conçoit que chez un être qui vit encore d’espoir”.)
Albert Camus (1913-1960) – La Mort Heureuse

Écrivain et philosophe pieds-noirs. Connu pour ses romans L’Étranger et La Peste. Il explique sa philosophie dans ses deux recueils d’essais intitulés Le Mythe de Sisyphe et L’Homme révolté.

Voir la section Littérature pour une biographie complète.

La Mort heureuse est le premier roman d’Albert Camus écrit entre 1936 et 1938 et resté inédit jusqu’à sa mort. Il a paru le 4 avril 1971 aux éditions Gallimard.

La Mort heureuse a été entrepris vers 1936, à l’époque où Camus écrit L’Envers et l’Endroit et Noces. L’auteur en abandonnera l’écriture bien que largement terminée, pour se consacrer à L’Étranger. Le roman est paru seulement en 1971 soit onze ans après la mort de son auteur.

Camus a commencé à prendre des notes pour La Mort heureuse dès l’année 1936. Camus a dit lui-même que son principal défaut était celui d’un premier roman, l’auteur voulant aborder trop de sujets à la fois sans connaître clairement ses intentions, voulant tout dire, tout aborder. C’est aussi un roman fortement autobiographique où l’on reconnaît son itinéraire de jeunesse, où il ne parvient pas vraiment à s’extraire de ses souvenirs qui prennent le pas sur la maîtrise de sa pensée. Ainsi, on reconnaît le quartier populaire de Belcourt où Camus a passé sa jeunesse, la bataille de la Marne où est mort son père, la tuberculose qu’il a traîné toute sa vie, le voisin tonnelier sourd et à demi muet qui n’est autre que son oncle et la présence de la Maison devant le Monde.

La trame est celle d’un pauvre employé Patrice Mersault qui rencontre un riche infirme, Zagreus, que lui présente Marthe, leur maîtresse commune. Sachant qu’il a préparé son suicide, Mersault le tue, arrange la scène de façon convaincante et prend son argent, une somme considérable. C’est d’ailleurs la théorie de Zagreus de considérer que le crime est acceptable s’il est un moyen pour accéder au bonheur. Le meurtre n’est pas découvert et, sans remords, l’esprit tranquille – “Sans colère et sans haine, il ne connaissait pas de regret, écrit Camus” – il part en voyage, visite Prague et Gênes avant de revenir à Alger. Il y connaît un certain bonheur avec celles qu’il appelle les trois “petites bourriques” dans cette “Maison devant le monde” sur les hauteurs d’Alger, pour y avoir résidé durant sa jeunesse.

Mais il devient instable, aime une femme, en épouse une autre, Lucienne, qu’il renvoie bientôt. Il part s’installer seul dans le “Chenoua”, “à quelques kilomètres des ruines de Tipasa”, dans une maison face à la mer où il peut admirer son cher Tipasa. Mais cette vie de rentier ne dure pas, il tombe malade et meurt rapidement. Ce qu’il a appris sur le bonheur, basé sur la volonté d’être heureux lui permet de trouver une mort heureuse. Peut-on vraiment atteindre le bonheur, est-ce au prix d’un crime ? Il a en tout cas sa petite philosophie personnelle quand il dit : “Avoir de l’argent, c’est avoir du temps. Je ne sors pas de là. Le temps s’achète. Tout s’achète. Être ou devenir riche, c’est avoir du temps pour être heureux quand on est digne de l’être”.

Si Camus a écrit le roman à la troisième personne, son héros lui ressemble par bien des traits. C’est toute l’ambivalence du roman que ce “il” qui oblige Camus à rester tantôt extérieur au personnage quand il parle de ce qu’il fait mais aussi à l’intérieur quand il évoque ce qu’il pense. Ce roman est cependant comme l’annonce la présentation, “riche de descriptions lumineuses de la nature et de réflexions qui sortent de l’ordinaire”.

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