Gigwise – 25 mai 2014 : Manic Street Preachers – Futurology

L’Europe, Berlin, Bowie, la révolution – chronique plus guide du nouvel album des Manics

9/10

“C’est le compagnon de The Holy Bible”, a dit le parolier et ministre de la propagande des Manics, Nicky Wire, décrivant leur douzième album studio vivement anticipé.

Enregistré en partie aux studios Hansa où Bowie a fait “Heroes”, et considéré comme l’alter ego du dépouillé Rewind The Film de 2013, ainsi que “le son des Manics à leur meilleur moment au monde – disque inspiré par la révolution permanente, l’art moderne et les Autobahns”, les propres échelons de grandeur des Manics montent encore plus d’un cran.

Les Manic Street Preachers est un groupe à l’histoire sans pareil : une digne d’être célébrée, mais également une qui les ancre dans une mer d’idées fausses. Est-ce que Futurology est à la hauteur de son nom et voit le groupe charger à l’horizon, ou est-ce un cri de trois artistes qui luttent pour fuir leur propre ombre ? Écoutons et renseignons-nous…

1. Futurology

De brefs bruits spatiaux et bouillonnants introduisent le titre phare avant qu’un éclat de guitares période Everything Must Go ne démarre. Le côté positif du chant de Bradfield agit comme un signe immédiat que ce ne va pas être The Holy Bible 2 – ni une continuation de n’importe quelle de leurs œuvres passées du tout. Même si c’est une merveilleuse tranche de rock de stade typiquement Manics, ce morceau possède un esprit qu’on n’a pas entendu chez le groupe auparavant.

“Nous reviendrons un jour, nous ne sommes jamais vraiment partis”, gémit Wire dans le refrain élégiaque, résumant singulièrement l’esprit des Manics en 2014. Ce n’est pas un disque de retour. Si Rewind The Film était une catharsis émouvante et Postcards From A Young Man était “une dernière tentative de communication de masse”, c’est les Manic Street Preachers complètement conscients qu’ils n’ont rien à prouver, mais farouchement déterminés à le faire de toute manière.

2. Walk Me To The Bridge

Single facile, tic-tac de jeu de guitare qui se fond dans l’un des refrains les plus glorieux que le groupe n’a écrit depuis des années. Il porte certainement le son “européen” que le groupe a décrit, et invitera probablement des théories qu’il parle du guitariste disparu Richey Edwards avec les paroles : “À plus mon ami fatal, je n’ai pas besoin que cela se finisse. J’imagine à nouveau les pas que tu as fais, toujours aveuglé par ton intelligence”.

Cependant, le bassiste et parolier Nicky Wire a dit : “Les gens pourraient avoir l’idée que cette chanson contient beaucoup de références à Richey mais ce n’est pas vraiment à propos de ça, il parle du Pont de l’Øresund qui relie la Suède et le Danemark. Il y a longtemps quand on passait ce pont, j’ai faibli et pensé à quitter le groupe (“l’ami fatal”). Il parle de l’idée des ponts qui te permettent de vivre une expérience hors du corps alors que tu pars et arrives dans des endroits différents”.

Dans tous les cas, c’est un classique prêt à l’emploi des Manics.

3. Let’s Go To War

Appel aux armes approprié mais amer, ce morceau récemment dévoilé possède le pas lourd militaires post-punk de leurs moments les plus sombres mais avec le côté hymne de stade de leur œuvre récente. Il n’en est pas moins monumental, mais sa similitude à l’air des Alton Towers a également été notée.

Il se démarque certainement somme single potentiel et futur élément de base du set live des Manics, notamment grâce aux paroles de Wire brillamment acérées : “Les squelettes de la classe ouvrière sont disséminés dans des musées, et toutes les fausses économies parlent tendrement de tes rêves”.

Les Manics sont en marche.

4. The Next Jet To Leave Moscow

Des innombrables chansons autobiographiques du répertoire des Manics, ce pourrait être la plus auto-référentielle. Des accords discordants rappelant Love Will Tear Us Apart de Joy Division accueillent un rythme krautrock qui soutient un ode à “un vieux coco blasé” qui est “le plus gros hypocrite vivant sur Terre”.

L’analyse oblique par Wire du passé controversé du groupe continue par “alors tu as joué à Cuba, tu as aimé frérot ? Je parie que tu t’es senti fier, petit connard. Et tous les rêveurs des Sixties t’ont traité d’Anglais, en disant qu’on a commencé quelque chose qu’ils ne pouvaient finir”.

5. Europa Geht Durch Mich

Déjà favorite chez les fans après avoir été jouée sur leur récente tournée, c’est la bande sonore de lorsqu’on fonce sur l’Autobahn, dans un hommage revigorant aux “ciels européens, désirs européens, rêves européens, cris européens” – exprimé avec un peu d’aide de la part de l’excellent actrice allemande Nina Hoss. Elle-même glamour, politicisée, intransigeante et la fille d’un syndicaliste, cela semble être une rencontre parfaite.

Cela suffit à ce que Nigel Farage mouille son pantalon en tweed, mais c’est également un tournant impressionnant et surprenant pour un groupe qui est déjà passé par tant de réinventions. La charge motorik infuse à ce morceau incroyable l’une des interprétations les plus vives que le groupe n’ait enregistrée depuis des années.

6. The Divine Youth

Merveilleux duo avec la gagnante du Welsh Music Prize Georgia Ruth, celui-ci tire son nom d’un slogan qui a orné un t-shirt de Wire et son jumeau glamour Richey Edwards qui s’est retrouvé dans les grandes enseignes il y a quelques années. L’un des morceaux les plus tendres et plus lents de l’album, mais il est clair quant à pourquoi il n’était pas sur le prédécesseur folk Rewind The Film, puisque derrière “Les victoires et les échecs que je remporte et perds au quotidien” se trouve une tapisserie très trilogie berlinoise de sons futuristes et d’échos aliens spectraux.

7. Sex, Power, Love And Money

Waou. D’où cela vient ? Tous ceux qui craignaient que les Manics s’étaient radouci récemment devraient juste être dirigés vers ce morceau – mélange cinglant d’un beat disco bizarrement dansable durant les couplets avant un refrain complètement monolithe.

C’est un ode d’angoisse bruyante aux seules quatre certitudes de ce monde tandis que Bradfield crache “pas de noir, pas de blanc, pas de gauche, pas de droite – juste quatre petits mots qui ne seront pas niés”. Le mantra perçant de Wire de “obsession, possession, confession, récession” mène dans un des refrain les plus secouants de Bradfield en date tandis qu’il hurle le titre. “On aurait pu être des héros, mais l’échec, c’est plus marrant” sera génial sur un t-shirt aussi.

C’est le plus proche que le groupe n’ait été de la méchanceté, l’irascibilité, la menace et la passion de The Holy Bible sur tout l’album, avec la déchirure qui conclut le morceau qui rappelle un peu Archives Of Pain. Emballez le tout avec le jeu de guitare typique de JDB punk croisé avec GnR et vous avec les ingrédients de ce qui pourrait être le meilleur moment de Futurology.

8. Dreaming A City (Hugh Eskova)

C’est là où l’influence des studios Hansa se ressent le plus, avec cette odyssée spatiale instrumentale construite autour du même modèle proto-post-rock que Speed Of LifeA New Career In A New Town ou n’importe quel moment d’interlude de la trilogie berlinoise de Bowie. C’est une merveille piquante, aiguisée et chatoyante tel un cristal qui permet à la maestria sous-estimée des Manics de vraiment briller.

9. Black Square

Le refrain allemand par Hoss de Europa Geht Durch Mich revient pour présenter un morceau plus lent à la “Heroes” – en ajoutant une couche au sentiment général de mouvement de l’album en glissant d’un pâmoison cinématique en un solo de guitare krautrock tout droit sorti de Blade Runner avant de retomber dans une douce berceuse lugubre de “soutiens incessants qui passent toujours doucement”.

10. Between The Clock And The Bed

La légende Green Gartside de Scritti Politti prend le micro sur cette chansonnette plutôt lente délicieusement curieuse, mélangeant des rythmes mécaniques, une ligne de basse sinueuse, un clavier scintillant et une guitare agitée. Bradfield livre un refrain sincère avant de prononcer le vers tellement Wire et tellement gallois de “la haine et l’échec grandissent parfaitement ensemble comme les vivants et les tristes – beaux et maudits. Je revis ces moments encore et encore, ces images répétitives d’ennemis et d’amis”.

11. Misguided Missile

Une ligne de basse de Nicky Wire presque mécanique introduit le morceau avant qu’un mélange à la Eno de synthés et de cordes ajoute un élément cinématique de grande envergure derrière la batterie post-punk de Moore. Sur le plan des paroles, c’est un portrait malin de doute et de haine de soi (“Je suis un idiot égocentrique, égocentrique et blessé”). Voletant entre les genres avec un petit solo de guitare et un refrain chorale, Misguided Missile est un bijou caché sur l’album – et un qu’on met beaucoup de temps à apprécier.

12. The View From Stow Hill

Hommage acoustique à un endroit de Newport dans le Pays de Galles, son son émouvant et clin d’œil à leur pays natal aurait eu facilement sa place sur Rewind The Film, mais la toile de fond en click-track et les subtilités futuristes ajoutent un sens ancré d’équilibre ici. C’est une belle manière de s’approcher de la fin de Futurology, cependant la déclaration maladroite et crispante de “les tweets malavisés, l’usage triste de Facebook, la mauvaise qualité m’entoure, mais je ne regarde pas”, fournit un rare trou sur le disque.

13. Mayakovsy

Autre instrumentale tranchante à la Bowie, concluant Futurology avec un mouvement approprié de locomotive avant une déferlante à 100 km/h d’accords de guitare et l’écho des “ciels européens, désirs européens, foyers européens, espoirs européens” de Hoss.

VERDICT

2014 est l’année où les Manics célèbrent le 20ème anniversaire de leur œuvre phare The Holy Bible – disque qui définirait la plupart des groupes pour le reste de leurs jours, et un monument qui les consumera. Cependant, cela semble être un détail sans importance aux Manics en 2014 – voire hors sujet. Futurology hurle le défi au visage d’une culture de géants du rock de pantomime en tournée. Voici un groupe qui invente toujours, qui se lance toujours des défis, qui refuse toujours de marcher dans d’autres traces que les siennes – finalement, c’est la preuve que les Manics ont toujours de l’importance, et en auront toujours.

Non, ce n’est pas The Holy Bible 2, et cela n’en a jamais été l’intention. Les Manic Street Preachers n’ont jamais fait deux fois le même album, et en conséquence, leur éclectisme et l’éventail varié de domaines et sons couverts ont souvent été négligés. Mais ce que vous trouverez ici, c’est un groupe qui s’inspire d’une large palette vibrante de sons, et qui y appose sa personnalité inimitable dessus.

Certainement leur meilleur disque depuis Journal For Plague Lovers, mais pour son côté pure aventure, nous avancerons que c’est leur meilleure réussite depuis Everything Must Go. Bravo les Manics.

En tant que disque qui épouse le sens constant du mouvement et du progrès en Europe, il établit le groupe comme des artistes en révolution constante. En 2014, célébrez leur passé oui, mais de manière plus importante leur présent et leur futur. Célébrez Futurology – célébrez les Manic Street Preachers.

Futurology par les Manic Street Preachers sort le 7 juillet 2014.

Andrew Trendell

Traduction – 13 juin 2014

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :