NME – 4 juin 2014 : Manic Street Preachers, Futurology – Première écoute

Aussi bon qu’était Rewind The Film de l’année dernière, il y avait toujours une sensation tenace que les Manic Street Preachers avaient quelque chose de plus explosif sur quoi ils travaillaient : que bien que le son largement acoustique de leur 11ème album studio était un retour gentil et sophistiqué, ce serait sur l’album numéro 12 qu’ils reviendront à la passion, la fureur et la rage qui en faisaient une institution tellement aimée.

Et ainsi nous avons Futurology : un album qui est aussi bizarre que Rewind… était subtil, débordant d’idées et de nouveaux sons et nourri par la rage et le regret. Pour mon argent, c’est l’un des albums les plus intéressants depuis très, très longtemps…

Futurology

Les Manics font la guerre aux fléaux de la société moderne : la corruption, l’avidité, l’apathie et les gens bourrés de fric. Ce sont les mêmes maux répugnants qu’ils se sont mis à détruire et démonter il y a pratiquement 30 ans, mais la chose vraiment perturbante ici, ce n’est pas qu’ils soient toujours là aussi méchants et communicatifs que d’habitude – c’est qu’il y a si peu d’artistes (gens, point) prêts à s’y attaquer. Et ainsi Futurology – pour moi, au moins, à la première écoute – n’est pas juste une attaque sur ceux qui perpétuent cette inégalité “coincé dans la merde”, mais une riposte à tous ceux qui restent là à rien faire en la laissant se passer.

Le titre phare, alors, sert de manifeste pour tout ce qui suit : une déclaration de positivité pour lancer le reste du LP et un rappel que le bien peut battre le mal à la fin. Il y a une urgence, une brillance et une vitalité pétillantes ici qui manquaient à Rewind The Film, et un refrain qui est un mantra pour une croyance dans le bien de tous : “Nous revendrons un jour, nous ne sommes jamais vraiment partis / Un jour, nous reviendrons, peu importe combien ça fait mal – et ça fait mal”.

Walk Me To The Bridge

Elle commence de manière agitée, froide, sombre et humide, avec des paroles qui laissent entendre le suicide (“Roulant doucement vers le pont, avec rien d ‘autre de plus à donner / Nous sourions au monde malade, ça ne t’a jamais allé”). Et puis, de nulle part, il y a un ÉNORME pont vers le refrain : un coup de poing brillant et exaltant qui vient comme du Simple Minds et un refrain qui se ressent comme un souvenir heureux oublié depuis longtemps qui éclate brusquement dans votre cerveau : “Salut mon ami fidèle / Je n’ai pas besoin que ça se finisse / J’imagine à nouveau les pas que nous avons faits / Je suis toujours aveuglé par ton intellect”. À la fin, le sombre début sera envoyé vers le ciel par un solo de saxo qui possède le même espoir “nous contre le monde” que Springsteen période Born To Run.

Let’s Go To War

Un riff de guitare qui frappe de côté qui a des nuances de Public Image Ltd et qui semble être un cousin sinistre et plus chic de la mélodie au clavier qui sonne comme un koto de Tsunami sur This Is My Truth Tell Me Yours se frotte sur un rythme austère et dur. Le titre, la friction maussade et tendue et le fait que le refrain soit scandé continuellement produit quelque chose de menaçant et intimidant, mais il apparaît comme quelque chose de très marrant, aussi – surtout quand la voix de James Dean Bradfield explose quand il braille “On a besoin de partir en guerre À NOUVEAU”. Coup contre le manque de créativité et de prise de risques dans la musique moderne, et une demande pour que l’art se souvienne de son art et ne commerce pas simplement une fois de plus.

The Next Jet To Leave Moscow

De la power-pop vaseuse qui gronde et qui passe rapidement du net au flou, mais sur le plan des paroles, c’est l’une des chansons les plus tranchantes et plus acerbes de tout l’album et elle a en son cœur la propre histoire des Manics plutôt que la polémique variée : “Alors tu as joué à Cuba, tu as aimé frérot ? Je parie que tu t’es senti fier petit connard”. Si tu vas te battre contre le passé, alors n’est-il pas mieux de commencer par son propre héritage ? Une minute avant la fin, elle est illuminée par une fantastique ligne de guitare légèrement crasseuse qui rappelle un peu Gold Against The Soul.

Europa Geht Durch Mich

Jusqu’ici, l’une des raisons principales pour lesquelles tomber amoureux de Futurology, c’est la volonté des Manics de soutenir leurs paroles : ce serait inutile de critiquer les autres de n’avoir aucune idée ou aucun idéal si eux-mêmes se contentaient de faire à peu près la même chose. Europa Geht Durch Mich, alors, est la preuve qu’ils sont déterminés à se diversifier et à abandonner leurs zones de confort. C’est une chanson au rythme lourd, tourbeux, bourdonnant et industriel avec des chœurs robotiques (et en allemand) de la part de Nina Hoss. Une merveille bizarre.

Divine Youth

Rewind The Film était un rappel que les Manics son de plus en plus à l’aie à laisser les projecteurs se braquer sur d’autres : quand j’ai parlé à James avant la sortie de l’album, il maintenait que les tons suaves et velouteux de Richard Hawley apporteraient quelque chose de spécial au morceau, ce qui n’aurait été possible s’il l’avait chanté seul. Divine Youth est une ballade qui l’oppose à la chanteuse galloise Georgia Ruth, et c’est une chanson impressionnante : une interprétation bizarre et tordue de Tubular Bells voire Stay Another Day de East 17 avec des claviers déments et dissonants et une étrange ballade SF qui a le pouvoir d’entreprise et la domination à l’esprit.

Sex, Power, Love And Money

L’un des brics-à-bracs les plus étranges de l’album : le riff, c’est du sale grunge rappelant Nirvana et le refrain est rendu dans un étrange rap aboyé qui est l’un des chants les plus non-Bradfield que je n’ai jamais entendus. Mais ensuite, il y a un crissement géant de guitare et un refrain fracassant de “SEXE… POUVOIR, AMOUR ET ARGENT” et tout semble avoir du sens : une chanson qui est délibérément tapageuse, qui fait rimer “obsession” avec “récession” et qui culmine en un solo de guitare entendu pour la dernière fois sur Generation Terrorists.

Dreaming A City (Hugheskova)

Nous sommes toujours dans le domaine SF, ici – et c’est si ampoulé que soit on pense que c’est débile (les chiants) ou remarquable (moi). Il y a toutes sortes d’atmosphères futuristes “ville la nuit” en jeu qui vous font penser à Blade Runner, les Jetson, Coruscant ou Dieu sait où, mais tout est lié par une ligne de basse incessante qui gronde et des riffs intergalactiques. Un moment de répit après Sex, Power, Love And Money, mais toujours plutôt outrancier.

Black Square

L’un des morceaux les plus directs de l’album – et également l’un des meilleurs et plus sincères. Lettre d’amour au pouvoir de l’art (comme la majeure partie de Futurology, c’est aussi important pour les Manics de trouver une solution pour répondre à la merde qui les entoure que de juste la montrer du doigt en se bouchant le nez) qui n’est pas d’accord avec la simplification de la culture : thèmes classiques pour une chanson des MSP au son classique.

Between The Clock And The Bed

De la douce pop tape-à-l’œil avec un chant onirique de la part du leader de Scritti Politti, Green Gartside, et l’un des morceaux les plus gentils et chaleureux de l’album. “Oui, je suis aussi coupable que le reste / Un homme de peu d’importance”, soupire Gartside avant qu’un refrain façon baume n’éclos et Jams reprenne le chant. Comme une grande partie de Futurology, il a le conflit à l’esprit, et il est coincé dans la même sorte de boucle temporelle que Billy Pilgrim dans Abattoir 5 : “La haine et la peur grandissent parfaitement ensemble… Je revis ces moments encore et encore / Des images qui se répètent d’ennemis et d’amis”.

Misguided Missile

Une intro piquante et succincte qui me rappelle – bizarrement – la bande originale de The Social Network par Trent Reznor : elle possède la même tension fragile et irritée et la même sensation de malaise effrayant. Et puis il y a un super refrain à reprendre en chœur : “Je suis le Sturm Und Drang / Je suis la Schadenfreude”. Pour ceux qui ne sont pas au courant, Sturm Und Drang était un mouvement littéraire allemand qui chérissait l’émotion extrême et la subjectivité, et qui insistait sur le fait qu’ils avaient toujours une place dans la société malgré la logique clinique des Lumières. Sur un plan superficiel, bien sûr, Futurology a été enregistré à Berlin et il y a des pointes de l’œuvre de Bowie dans la même vile que l’on retrouve tout le long, mais il semblerait qu’il y ait une signification plus profonde ici, aussi : l’idée que la passion et l’espoir peut battre le cynisme las est un thème clé. Cela a toujours été un thème clé pour les Manics.

The View From Stow Hill

Inquiétant mais apaisant en même temps : une guitare acoustique contenue qui a le charme simple d’une comptine qui se mélange à des forces plus sombres et plus fortes – des brides de sons électroniques et de rythmes tordus qui rappellent des groupes électroniques allemands comme Tangerine Dream et Kreidler. “Comment cette vielle a-t-elle autant vieilli ?” chante James, écrasé sous le poids de l’histoire. “L’air que je respire paraît si lourd et froid”.

Mayakovsky

Et ainsi, convenablement, nous finissons avec une autre instrumentale : un coda chaotique pour l’album des Manics le plus radical depuis des années, et un ramassis d’idées bizarres et gênantes et de gribouillis sonores qui, selon le groupe, ont été influencés par tout le monde de Robert Fripp à Can en passant par les chemins de fer trans-sibériens. Ce pourrait paraître étrange de leur part de terminer un album aussi net et précis sur le plan des paroles avec un morceau avare en paroles à part quelques beuglements du titre, mais maintenant, on dirait qu’aucune autre fin n’aurait eu de sens : que de mieux pour refléter la saturation et la confusion qu’un méli-mélo d’idées excentriques et une musique qui ressemble à la bande originale d’un hybride de Star Wars et des Sept Mercenaires ?

Futurology sort le 7 juillet 2014.

Ben Hewitt

Traduction – 27 juin 2014

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