“I think that limitations are the most important part of any art form”

vantrierlars(“Je pense que les limites sont la partie la plus important de tout forme d’art”)
Lars Von Trier – Setlist de la tournée Journal For Plague Lovers

Lars von Trier, né Lars Trier le 30 avril 1956 à Copenhague, est un réalisateur, scénariste et producteur danois.

Lars Trier naît au sein d’une famille de fonctionnaires communistes de Copenhague. Il fait sa première apparition à l’écran comme acteur, en 1968, dans la série télévisée L’Été mystérieux. Lars Trier ajoute la particule “von” (“de” en allemand) à son patronyme, sur l’exemple d’Erich von Stroheim, lors de ses études de cinéma à la Danske Filmskole.

Il est remarqué, en 1982, grâce à ses films d’école, lors du Festival des films d’étudiants de Munich.

Sa carrière débute avec Element of Crime, tourné en anglais, qui lui vaut d’être immédiatement reconnu comme un cinéaste majeur. Dès lors, il occupe une place à part entière dans le cinéma européen.

Lars von Trier est notamment célèbre pour être l’un des fondateurs du Dogme95, mouvement d’avant-garde qui définit d’après dix règles précises une autre manière de filmer, en réaction aux productions majoritaires de l’industrie cinématographique. Les films “dogmatiques” selon ce mouvement répondent à un style de réalisation épuré, simplifié et voulu plus authentique : pas ou peu de montage, prise de son en direct, scènes filmées caméra à l’épaule, improvisation, etc. À l’instar de son compatriote Thomas Vinterberg, réalisateur de Festen, il s’écarte plus tard de ces principes. Son film Les Idiots (1998) en est le plus représentatif.

Soucieux d’inventer un cinéma singulier, capable de réfléchir son pouvoir de figuration et de fournir de nouvelles propositions esthétiques, il crée un univers complexe, sombre et volontiers provocant, dont les préoccupations métaphysiques et la vision allégorique sont influencées par les maîtres de l’école scandinave, Carl Theodor Dreyer et Ingmar Bergman et par le réalisateur soviétique Andreï Tarkovski à qui son film Antichrist est dédié. L’individu, l’intimité, la peur et la menace d’accidents dramatiques constituent la matière première de son inspiration.

Ses réalisations, qui explorent les arcanes de la psyché, alternent pathos, ironie et humour noir et dévoilent un sens aigu de la citation, multipliant les hommages aux œuvres majeures du 7ème art. Elles synthétisent une multitude de formes puisées tant dans l’histoire du cinéma que du théâtre, de l’opéra, de la littérature et de la peinture. Sa démarche se caractérise, en conséquence, par un travail plastique novateur sur la bande sonore et les prises de vue.

Lars von Trier cherche par ailleurs fréquemment à réinterpréter, voire à réinventer des genres très codifiés tels que la comédie musicale (Dancer in the Dark), le film noir (Element of Crime) ou le film d’épouvante (L’Hôpital et ses fantômes) en leur imprimant un style très personnel qui donne une grande place à la caméra portée.

En 1984, son premier long métrage Element of Crime remporte le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique à Cannes. En 1991, il reçoit à nouveau le Grand Prix Technique lors du 44ème Festival de Cannes pour Europa, tableau fantasmagorique de l’Allemagne d’après la Seconde Guerre mondiale, alternant la couleur et le noir et blanc. Il se voit également décerner le Prix du Jury, ex-æquo avec Hors la vie de Maroun Bagdadi. En 1996, il remporte le Grand Prix à Cannes et le César du meilleur film étranger pour son film Breaking the Waves, œuvre d’un mysticisme douloureux et présentant une vision très réaliste du sacrifice amoureux et aussi des dangers de la pression sociale exercée par le presbytérianisme de John Knox, prédominant dans l’ouest de l’Écosse.

En 2000, Dancer in the Dark qui superpose les codes du mélodrame et de la comédie musicale, marque une prise de distance avec les règles dogmatiques. Le film gagne la Palme d’or à Cannes et Björk, l’actrice principale, reçoit le Prix d’interprétation féminine.

Le cinéaste se lance ensuite dans la réalisation du premier volet d’une trilogie intitulée USA – Land of Opportunity, conçue comme une allégorie de l’écrasement du faible par le fort et comme une virulente critique de la société américaine. Le tournage se déroule en Europe avec une distribution essentiellement anglo-saxonne. Dans cet opus, le réalisateur réinterprète avec ironie de nombreux symboles bibliques et parodie la structure de récits naturalistes. Il utilise notamment des artifices de littérature par la position d’un narrateur extérieur à l’action et par un découpage en chapitres. Il fait également appel à des procédés venus du théâtre expérimental et des théories de Bertolt Brecht (théâtre épique, distanciation…), réduisant au strict minimum les objets de représentation (scène nue et fond noir) et étiquetant des éléments de décor à la craie sur le sol. Dogville, au casting remarqué (Nicole Kidman, Lauren Bacall, James Caan…) est présenté au Festival de Cannes 2003. Manderlay suit la même trace en 2005. Mais l’exploitation de ce dernier film est un échec commercial. Le troisième volet, Wasington reste à l’état de projet.

Il change complètement de registre avec une comédie en danois Le Direktør (2007) qui se présente comme une satire du monde de l’entreprise.

À cette période, Lars von Trier est victime d’une profonde dépression qui lui fait envisager de ne plus réaliser de film. Cette période influence la noirceur de son film suivant : Antichrist, mélange de drame psychologique et de film d’horreur à l’imagerie gothique. Les visions hallucinatoires qu’il y expose s’inspirent de tableaux de Jérôme Bosch et de séquences du classique scandinave La Sorcellerie à travers les âges (Häxan) de Benjamin Christensen. Ce film, très controversé, est tourné en anglais avec Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg, récompensée par le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2009. Il débute et s’achève sur une aria du Rinaldo de Georg Friedrich Haendel.

En 2010, il tourne en Suède un film d’anticipation qui prend pour thème la catastrophe, la fin du monde et la dépression : Melancholia, interprété par Kirsten Dunst – qui obtient le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2011 – Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling, Alexander Skarsgård, Stellan Skarsgård et Udo Kier. L’œuvre s’ouvre et se clôt sur l’ouverture de Tristan und Isolde de Richard Wagner.

Lars von Trier réalise, fin 2012, Nymphomaniac, fresque poétique et tragique consacrée à la vie d’une nymphomane, de sa naissance à son cinquantième anniversaire, inspirée de récits du Marquis de Sade et interprétée entre autres par Charlotte Gainsbourg et Shia LaBeouf.

Il est le créateur de la société Zentropa (en 1992) et de sa branche X, Puzzy Power, produisant des films pornographiques destinés aux femmes et homosexuels voulant rompre avec certains clichés de la production actuelle dans ce genre.

Dans les années 1980 et 1990, Lars von Trier a également entrepris un projet atypique intitulé Dimension : filmer régulièrement des acteurs pendant plus de vingt ans à raison de deux à trois minutes chaque année. Ce film à la trame policière dont l’histoire est écrite au fur et à mesure aurait dû être achevé en 2024, mais il a renoncé à ce projet au bout de 6 ans et les 20 minutes tournées ont été incluses à un DVD sorti en 2010.

Il a été marié à Cæcilia Holbek de 1987 à 1995, avec qui il a deux enfants, puis à Bente Frøge depuis 1997, avec qui il a également deux enfants.

Depuis le début de sa carrière, Lars von Trier adopte régulièrement une attitude polémique ou provocatrice, soit dans ses films soit dans ses interviews. Dès son premier long métrage, Element of Crime (1984), il déclare : “J’espère de tout cœur que le film sera vu comme immoral. […] Je ne tiens pas à contenter les gens, je veux qu’ils prennent position”.

En 2009, son film Antichrist est vu comme un film misogyne, ce qui lui vaut pour cette raison un “anti-prix” du Jury œcuménique au Festival de Cannes. La controverse cannoise porte également sur l’extrême violence de certaines scènes où se côtoient sexe et mutilation génitale. À la conférence de presse, Lars von Trier refuse de se justifier sur sa vision. Devant l’insistance des journalistes et après un moment de silence, il déclare : “Je suis le meilleur réalisateur au monde”. Lors de sa sortie en France, deux associations qui considéraient le film comme une atteinte à la dignité humaine parviennent à retirer provisoirement le film de la distribution ; néanmoins cette annulation provisoire de la distribution n’est pas rendue possible à cause des motivations des associations en question mais à cause d’un vice de procédure dans l’attribution du visa d’exploitation, lequel est alors vite corrigé.

Lors du Festival de Cannes 2011, le 18 mai, Lars von Trier multiplie les provocations, à l’occasion de la projection de son film Melancholia. Lors du “photocall”, il commence par tendre son poing droit où il s’est fait tatouer le mot “FUCK”. Ensuite, lors de la conférence de presse, il affirme entre autres son intention de faire un film pornographique de 3 ou 4 heures avec Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg sur requête de celles-ci. Une journaliste du Times revient ensuite sur des propos qu’il avait tenus dans une interview récente pour un magazine danois, dans laquelle il avouait son “goût pour l’esthétique nazie et notamment pour Albert Speer. Il commence alors par revenir sur ses propres origines qu’il avait longtemps cru juives avant de découvrir que son père était allemand, affirmant alors en faisant l’amalgame : “J’ai alors découvert que j’étais un nazi, car ma famille est allemande”. Il poursuit alors en accentuant sa provocation en parlant d’Hitler : “Aussi ça m’a fait plaisir. Que puis-je dire, je comprends Hitler, mais je pense qu’il a fait beaucoup de mal. Je crois que je comprends l’homme, l’homme n’est pas intrinsèquement bon, mais je le comprends dans un sens”. “J’ai un peu d’empathie pour lui”. “Mais je ne suis pas pour la Seconde Guerre mondiale, je ne suis pas contre les juifs, surtout pas”. Il complète ses propos avec un commentaire sur la situation actuelle : “Je suis très en faveur des juifs, non pas trop car Israël pose des problèmes”. Prenant apparemment conscience de l’ambiguïté de ses propos, il annonce “Je ne sais pas comment je vais me sortir de cette phrase” avant de conclure “OK je suis un nazi !” dans un rire parfois interprété comme de la gêne. Il revient également sur la question de départ de la journaliste en expliquant à propos d’Albert Speer : “Même s’il ne fut peut-être pas l’une des meilleures créatures de Dieu, il avait ce talent qu’il a pu exercer [grâce au régime nazi]”.

Peu de temps après la conférence, sur demande de la direction du festival, il publie un communiqué d’excuses : “Si j’ai pu blesser quelqu’un par les propos que j’ai tenus ce matin, je tiens sincèrement à m’en excuser. Je ne suis ni antisémite, ni raciste, ni nazi. La direction du festival fait savoir dans un autre communiqué que le cinéaste s’est “laissé entraîner à une provocation” et “tient à réaffirmer qu’elle n’admettra jamais que la manifestation puisse être le théâtre, sur de tels sujets, de semblables déclarations”. La presse s’empare rapidement des propos polémiques du réalisateur danois et en diffuse des extraits sans toujours les contextualiser ni retranscrire le ton du réalisateur. Le lendemain, malgré les excuses de Lars von Trier, la direction du festival, à l’issue d’un conseil d’administration extraordinaire, le déclare “persona non grata”, tout en laissant son film Melancholia en compétition. Tout en répétant ses excuses, Lars von Trier a accepté la décision en se disant “fier d’avoir été déclaré persona non grata”, soulignant que “c’est peut-être la première fois dans l’histoire du cinéma que cela se produit”, ce que Gilles Jacob a par ailleurs confirmé. La productrice de Melancholia, Meta Foldager, a alors déclaré : “Il essayait de faire de l’humour mais c’est tombé à côté”. Par la suite, Lars von Trier s’est plus longuement expliqué en affirmant avoir seulement souhaité faire preuve d’un humour volontairement choquant, regrettant que celui-ci ait été mal interprété, avouant que “c’était vraiment bête” et réitérant alors ses excuses et son respect envers la direction du festival et envers leur décision. Il a aussi souligné qu’il considérait la Shoah comme “le pire des crimes jamais perpétrés”, estimant toutefois que son éviction du festival s’expliquait par le fait “que les Français ont eux-mêmes maltraité les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale [et que] c’est un sujet sensible pour eux”. Enfin, il a précisé que son goût pour l’esthétique nazie n’était lié à aucune conviction politique.

Il retire cependant ses excuses ultérieurement.

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