Altsounds – 4 mai 2009 : Manic Street Preachers – Journal For Plague Lovers (Album)

Je pense d’abord que quelques clarifications à propos de Journal For Plague Lovers doivent être faites, car malgré tout ce qui a été fait circuler à propos de l’album, ce n’est pas The Holy Bible Part II et entrer dans cet album en pensant cela vous fera vous sentir quelque peu roulé ; ceci étant dit, Journal For Plague Lovers possède certainement de fortes ressemblances à l’album zénith des Manics, seulement maintenant ils ont vieilli et mûri non seulement comme personnes mais comme musiciens, leur permettant d’appliquer une discipline musicale plus habile et structurée aux paroles d’un certain M. Richard Edwards.

Ah oui, Richey Edwards, l’énigme qui a enveloppé la première incarnation des Manics et a silencieusement plané sur eux depuis lors regardant sans aucun doute de quelque part (au-dessus, en-dessous, entre les deux ?) tandis qu’ils recevaient de l’acclamation et atteignaient des hauteurs qui auraient sans aucun doute vu Edwards se délecter à l’opportunité d’outrager au plus haut niveau publique, tout en luttant pour refaire la beauté renversante et brutalité certaine de The Holy Bible, mais sans les paroles cinglantes et les divagations poétiques d’Edwards, le groupe n’a pas eu d’autre choix que de devenir un groupe complètement différent – jusqu’à maintenant.

Après qu’Edwards leur ait légué un recueil de paroles, images, citations, dessins et autres pensées et images quelques semaines avant sa disparition le 1er février 1995, les Manics restants, Nicky Wire, James Dean Bradfield et Sean Moore, les ont rangés, possiblement avec la pensée de ne jamais les laisser revoir la lumière du jour mais après que Edwards ait finalement été déclaré mort par ses parents l’année dernière, il semblait y avait un sens que peut-être sa voix avait besoin d’être entendue à nouveau par un monde et une culture bien différents de ceux qu’il a laissés et ainsi la tâche a été décidée de structurer encore une fois les écrits obscurs d’Edwards en une forme de mélodie et d’essayer de rendre justice à ses paroles. Pour cela, ils ont choisi d’enregistrer live avec Steve Albini d’une manière plus adaptée à leur style d’avant afin de donner plus d’urgence aux morceaux et cela a payé.

Dans Journal For Plague Lovers, les Manics n’ont pas seulement rendu justice à Richey Edwards en nous livrant les messages qu’ils ne pouvait transmettre lui-même mais ils ont aussi livré un hommage adapté à l’homme, permettant aux auditeurs de le célébrer à nouveau, Journal For Plague Lovers est assez possiblement l’album qu’Edwards pensait ne pouvoir faire en laissant ses paroles dans les mains de ses amis et avec eux ayant aujourd’hui le cœur et la force de les livrer, il a contribué à créer un autre point de référence dans la carrière des Manic Street Preachers.

Ces remarques Holy Bible vont resurgir dès le début avec l’intro samplée murmurée de Peeled Apples qui ouvre la voie à une basse vibrante et la guitare punk mastodonte de Bradfield qui cingle durant tout le morceau et un refrain très Edwardsien (s’il a déjà écrit des refrains ?!?!) de “chevaux sans cavalier dans le Camelot de Chomsky…” Les Manics ont pris les paroles d’Edwards et sont revenus à leur son de 1994 mais avec une approche plus raffinée que bizarrement on n’associerait pas avec Steve Albini mais sa main se retrouve partout dans Journal… dans sa perspective et son agressivité distordue. Jackie Collins Existential Question Time (titre Manics s’il y en a déjà eu un) retourne les Manics vers des sensibilités plus pop avec ses guitares résonnantes quasidisco qui s’adoucissent finalement à des couches de génie punk et bien sûr il y a le quasi roucoulement de Bradfield quand il chante “Oh maman, c’est quoi un Sex Pistol ?” pour nous attirer tous. Tandis que Me And Stephen Hawking revient au son de Everything Must Go avec son urgence et son attitude parfois laxiste envers la musique qui voit la discussion de nos tendances voyeuristes les uns envers les autres jouée sur des riffs frappants et un chant distordu.

The Holy Bible était rempli d’assauts qui ne s’adoucissaient jamais et c’est là où Journal… diffère tandis qu’on nous offre des moments calmes de relâche avec This Joke Sport SeveredDoors Closing Slowly et Facing Page: Top Left avec la première se contorsionnant finalement dans des cordes et mettant en valeur le martèlement consistant de Sean Moore sur sa batterie tandis que la dernière est une affaire bien plus calme tout en harpe et chants apaisants sur la néophobie entre autres et pourtant les deux morceaux montrent vraiment qu’Edwards s’éloignait tout doucement du son cinglant narcissique vers une construction plus tendue comme entendue également sur Small Black Flowers That Grow In The Sky.

Le titre phare parait comme un Learn To Fly des foo Fighters plus profond, ce qui est par moments déconcertant mais la voix de Bradfield et la manière dont le refrain change de tact vous fait passer la pilule. Elle précède She Bathed Herself In A Bath Of Bleach qui voit encore une fois Albini permettre adroitement un assaut sonore qui est livré via le tour de main de Bradfield de créer de bonnes mélodies pop, donnant au morceau une qualité bizarre et aussi nous donne à tous un refrain assez morbide. Les Manics ont toujours professé leur amour de chansons disco et de cette période musicale et s’y sont déjà essayés auparavant et encore une fois ici, ils ont choisi un rythme disco qui a été perverti par The Cure pour nous donné Marlon J.D., c’est un morceau aussi perturbant proche de The Holy Bible mais avec une pointe de funk ajoutée qui ouvre la voie aux citations mêlées et une fin avec une guitare déchaînée.

All Is Vanity est conduite par la basse de Wire et un son dur qui rappelle les Manics d’antan, c’est un morceau explosif avec l’excellente ligne “C’est une vie foutue, rayon de soleil” mais comme une grande partie des morceaux sur Journal…, il y a un courant sous-jacent d’intensité sévère et de malveillance qu’il est difficile de changer même dans des moments qui ne devraient pas porter cette sorte de menace tels que Pretension/Repulsion qui est innocent comme il convient dans son débit musical mais contient des cris tels que “Born.a.graphic vs Pornographic” qui servent à troubler le flot de la chanson mais en ajoute quand même à la signification et l’intention. Virginia State Epileptic Colony sert de moment le plus entraînant de l’album avec son refrain de “Pig, Pig, Piggy / V.S.E.C.” tout enveloppé dans ses accents punky et son piano ondulant qui est entrecoupés de l’esprit et des citations Manics habituels.

Le final est presque déchirant puisque dans William’s Last Words, Nicky Wire chante presque une balade qui est aussi proche d’un au-revoir que nous n’aurons jamais de Richey Edwards et elle est livrée par Wire avec un côté poignant et une tristesse tandis que la douleur d’Edwards nous est expliquée. “Ne me retiens pas plus longtemps parce que je suis vraiment fatigué / Je veux juste aller dormir et me réveiller heureux” et pour ceux d’ente nous qui ne s’en étaient pas rendus compte la première fois, c’est votre chance de finalement vous rendre compte quel poète était Richard Edwards, pas un guitariste, ni un chanteur, ni un parolier, c’était le poète d’une génération d’une manière que peu le sont.

Journal For Plague Lovers est un morceau de poésie inéluctable qui contient la pure sensibilité et les sentiments de doute d’un homme désormais disparu, c’est son épitaphe et il est juste que ses trois meilleurs amis aient livré ses paroles qui ont encore du sens dans un monde qui a tellement évolué loin du sien. Quant aux Manic Street Preachers, eh bien, peut-être que c’est un poids sur leurs épaules après toutes ces années mais en vérité, je pense que c’était une partie nécessaire de leur évolution et une dont ils peuvent être fière parce que c’est une réalisation renversant et monumentale qui mérite d’être classée aux côtés de son parent distant de 1994.

mark191082

Traduction – 12 septembre 2009

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