NME- 16 mai 2009 : Journal For Plague Lovers Morceau par morceau

Peeled Apples
NW : “Elle commence par un extrait audio de The Machinist. Si jamais on faisait un film sur nous, Christian Bale serait la seule personne qui pourrait jouer Richey. Ou peut-être Michael Sheen. Tous les deux gallois. Tous les deux timbrés. Évidemment Richey ne l’a jamais vu, mais il donne le ton”.

JDB : La figure huit à l’envers, c’est l’infinité. C’est les Scalextric de son esprit : faire la course, parfois se crasher mais revenir après”.
NW : “Il était obsédé par le cercle parfait et la figure huit de Van Gogh et tout ça. C’était une sorte de thème récurrent auquel il ne semblait jamais s’y attaquer. Mais je ne sais pas si on s’y identifie ou pas non plus. Il se pourrait que ce soit juste comme James a dit, le maelstrom interne…”
NW : Des chevaux sans cavalier dans le Camelot de Chomsky. Ça revient à FasterJe suis plus fort que Mensa, Miller et Mailer / J’ai craché Plath et Pinter. J’aime l’ambition insensée de son intellect”.

Jackie Collins Existential Question Time
NW : 
“Beaucoup de personnes dans les années 1970 portaient des badges, on le voit beaucoup dans les photos, qui demandaient Mummy, what’s a Sex Pistol ? dessus. C’est juste une sorte de point de référence culturelle, je ne sais pas si c’est plus poussé que ça. La chanson, je trouve, est assez impénétrable. Greil Marcus a été une influence massive sur nous tous… ça semble normal [le livre de Marcus, Lipstick Traces, explorait les liens entre le situationnisme et les Sex Pistols]. La manière dont tout semble être connecté. Et England’s Dreaming de Jon Savage… Lipstick Traces était bien plus qu’un simple livre sur la musique, je pouvais définitivement voir ça, la même idée de récurrence”.
JDB : “La plupart des chansons, j’en ai une idée définie de ce que je pense de ce dont elles parlent. C’est la seule où je suis très, très incertain”.

Me And Stephen Hawking
NW : 
“Il y a la ligne folle 100 000 personnes regardent Giant Haystacks se battre à Bombay. C’était évidemment un célèbre catcheur à notre époque, c’était le méchant contre Big Daddy. J’aimerais savoir si Giant Haystacks s’est battu à Bombay devant 100 000 personnes. Parce que si c’est vrai… Je ne sais pas de quoi ça parle, putain. C’est juste ce mélange étonnant, Richey n’avait jamais peur de mélanger l’art bas et l’art haut. Et c’est pourquoi ce n’est jamais élitiste, c’est juste de la connaissance”.

This Joke Sport Severed
JDB : 
“Cette chanson, c’était comme une fleur morte pour moi, parce qu’elle a la possibilité de juste abandonner les relations conjugales ou l’amour. Et cette émotion n’est pas tournée vers quelqu’un en particulier à part lui-même. Elle dit juste : Peut-être que je ne suis pas digne d’amour, ou l’amour dans les relations ne fonctionne pas pour moi”.
NW : “J’ai simplement pensé que c’était une autre qui semblait arriver à une conclusion après un processus. Je me suis évertué / À trouver un endroit où je me suis détaché, on dirait qu’il avait regardé les possibilités et une grande partie des conclusions ne sont pas jolies ni positives, mais elles sont… rationnelles. C’est juste sympa de savoir, je pense, enfin, je sais des 10 derniers jours qu’on était avec lui, qu’il avait atteint un endroit où il était bien plus… pas plus heureux…”
JDB : “Plus calme”.

Journal For Plague Lovers
JDB : 
“Je pense qu’elle parle de quand la maladie ne correspond pas à la cure. Et comment la cure parfois homogénéise la personne. Comme : Interdit aux moins de 12 ans, toutes les coupures floues… la cure parfois se concentre de manière terne à ce qui est un vrai problème”.
NW : “Parce que, bien sûr, The Priory est un mélange de toutes ces conneries religieuses de pseudo Dieu et les médecins essayent de te soigner. Il s’est rapidement rendu compte que la cure signifiait devoir détruire toute l’entité que tu es. Et je ne pense pas qu’il est prêt à faire ça pour survivre… [ironiquement] dans le monde moderne. Putain, ça tourne en session de thérapie, ça. Bien que quand il était à The Priory et qu’Eric Clapton était là et qu’il a proposé de faire un bœuf ensemble, c’était un de ces moments où on n’aurait pu écrire quelque chose de plus marrant, dans une situation tragique”.
JDB : “Que Dieu bénisse Clappo, il n’était pas méchant…”
NW : “Non… Il a juste pensé : Hey, musicien de rock’n’roll, viens. J’aurais adoré être une petite souris pour voir le Euh, peut-être pas… poli de Richey. Surveillant, apporte ma Strat, ferme la porte. Et Richey : Putain, je me casse d’ici !”

She Bathed Herself In A Bath Of Bleach
JDB : 
“Il y a des personnes qu’il a rencontrées quand il était dans l’un des deux endroits où il a été traité et je pense qu’il a simplement digéré les histoires et les expériences d’autres personnes”.
NW : “Surtout l’hôpital public à Cardiff. Évidemment tout le monde essayait vraiment, mais ce n’était pas un endroit sympa où être. Lui rendre visite, ça flétrissait ton âme. Je ne sais pas, est-ce que cette chanson est à propos de ça ? Il était capable d’une sorte de mesquinerie envers toute idée de mariage ou d’amour, ou de relation. Il y a une manière plus profonde, mais il y a aussi… il ne comprenait pas du tout ça, tu sais ? Ce n’était pas pour lui. À l’université, quand je me faisais larguer par une fille, il riait et se foutait sans pitié de moi pendant des semaines. De manière marrante, mais d’un manière (rit) sauvage aussi”.

Facing Page : Top Left
NW : 
“L’institutionnalisation de la beauté, et essayer d’être toutes ces choses que tu ne seras jamais. Elle semble dire : J’ai laissé tomber toutes ces conneriesJe suis passé depuis longtemps à un autre palier – je pense que cette ligne de 4st 7lb compte vraiment. Sur cet album, il atteint vraiment ce palier de… le dégoût s’est peut-être transformé en prise de conscience ultime. Il a dépassé le dégoût et a [calmement] atteint simplement un nouveau niveau”.

Marlon JD
NW : 
“Une partie des paroles sont volées, enfin, empruntées au film Reflets dans un œil d’or. Marlon Brando dit réellement dedans (adopte la respiration bruyante de Brando), J’aimerais vivre sans désordre, vivre sans luxe. Le film lui-même est superbement tourné. Richey était fasciné par l’idée de Brando, par quelqu’un qui était si beau”.
JDB : “Il l’aimait parce que c’était l’idéalisation dans son esprit de ce que l’homme idéal pouvait être, mais aussi parce qu’il est devenu si merdique”.
NW : “Exactement, ouais. L’idée qu’il se baladait sur son île avec une couche, mangeant et baisant…”
JDB : “C’est pourquoi c’est sa sorte de modèle parfait, parce qu’il rejetait sa beauté et son talent innés et s’est transformé en Jabba le Hutt”.

Doors Closing Slowly
NW : 
Le silence n’est pas un sacrifice, la crucifixion, c’est la vie facile. C’est juste une ligne classique de Richey. C’est lui qui presse des boutons qu’il sait qu’il presse. Son obsession religieuse ou son rejet de ça est assez étrange”.
JDB : “C’est plus profond qu’on aurait pensé”.
NW : “C’était vraiment profond et ce n’est pas quelque chose qu’on ait ressenti. L’oppression religieuse, on ne s’en est pas rendus compte à notre époque, dans notre pays”.
JDB : “(En blaguant) non, on a toujours pensé qu’il y a une séparation vraiment bonne entre l’Église et l’État”.
NW : “(Rit) Exactement. Je veux dire, il est allé au catéchisme pendant quelques années et il a toujours parlé de combien il détestait ça, mais il semble que ça a eu plus d’un impact que juste ça”.
JDB : “Je pense que la beauté censée dans l’art religieux, comme la représentation de la mort comme étant belle et glorieuse, ça l’a en quelque sorte perturbé et l’a inspiré en même temps”.

All Is Vanity
JDB : 
“J’ai aimé J’aurais préféré aucun choix, un pain un lait une nourriture. Ça montre son côté légèrement démodé, son côté autoritaire de gauche : Parfois, je préférerais vivre dans une culture utilitaire du bloc de l’Est où je n’aurais pas besoin de m’inquiéter de choix et de combien je pourrais glorieux ou glamour, je souhaite juste être restreint”.
NW : “Et ça résonne toujours en nous si profondément aujourd’hui. L’idée qu’il y a tant de choix aujourd’hui, que quand on applique ça à la musique, les gens pensent que c’est génial qu’il y ait tant de musique et ce n’est manifestement pas le cas parce qu’une grande partie, ce sont de grosses imbécillités”.

Pretension/Repulsion
JDB : 
“Elle mentionne Une Odalisque de Ingrès [tableau qui a causé un scandale au XIXème siècle à cause de la manière dont la femme nue est tordue de manière non naturelle], et parle de l’idéalisation de la beauté, ou Quelle est la laideur ? J’aime la manière dont All Is Vanity traite d’un problème et Pretension/Repulsionsemble le résoudre. Demande tordue”.
NW : “C’est l’un des plus grands couplets de l’histoire du rock : Des tessons, oh des tessons, l’androgynie échoue / L’Odalisque d’Ingrès, des os en plus à vendre. Personne d’autre ne pourrait sortir ça. Ça ne devrait pas marcher, mais si. Je m’incline devant l’autel de ces paroles”.

Virginia State Epileptic Colony
JDB : 
“C’est le cynisme complet du traitement essayant de subjuguer l’intelligence du patient. Quelqu’un disant : Il n’y a pas une seule chose que tu m’as dit qui va me guérir. C’est le cynisme complet de quelqu’un disant Putain, laisse moi juste sortir de ma chambre et laisse moi essayer de résoudre ces problèmes moi-même. Et elle est lourdement arrosée de sarcasme. Je pense aussi que c’est Richey qui fait un peu de recherche ici et qui intègre l’histoire de la Virginia State Epileptic Colony [hôpital américain qui a volontairement stérilisé 4000 patients jugés inaptes à la reproduction entre 1920 et 1972] dans sa propre expérience”.

William’s Last Words
JDB : “C’est important en tant que paroles, qu’elles soient demi-autobiographiques ou à propos de quelqu’un d’autre, parce que tu passes le temps d’un disque à écouter parfois Richey s’exprimer dans des langues inconnues, et dans ces paroles, on a une véritable chaleur traditionnelle. C’est presque comme lire un poème de Gerard Manley Hopkins ou quelque chose dans le genre. Et ça vous donne l’indice que, durant le processus d’écriture de toutes ces paroles, Richey n’avait pas perdu son humanité essentielle. Ça sonne ampoulé, mais c’est l’impression que j’ai… C’était la seule fois que j’ai été aussi près de ce qu’on pourrait appeler un moment de film de série B en flou artistique dans le studio. Gros plan : verra-t-on une larme couler de son œil ?”
NW : “Il y a deux manières comment la regarder. Soit c’est véritablement à propos de quelqu’un d’autre, parce que je sais que quand il était en institution à Cardiff, il écrivait beaucoup. Soit ça, ou c’est une analogie géante du Cabotin et Archie Rice, cette tristesse à la fin de la carrière. Je sais qu’il aimait ce film et ça me rappelle ça. Mais je n’ai pas choisi ces lignes délibérément, ce n’est pas comme si je voulais les rendre plus applicable à la situation et sur le plan musical, parce que j’écris des chansons assez simples. Quand je l’ai jouée à James et Sean, ils n’étaient pas choqués, mais leurs gorges étaient serrées. Il y a un sens de calme dedans”.

Bag Lady (morceau caché)
JDB : 
Bag Lady est le morceau qui rappelle le plus The Holy Bible. C’est peut-être pour ça qu’on répugnait à la mettre sur le disque, aussi pour de simples raisons symétriques esthétiques. Sur le plan sonore, elle sonne réellement comme The Holy Bible, sonne plus claustrophobe, bourrée de trop de choses. Et aussi parce que ce n’est pas aussi résolu, les paroles en elles-mêmes. Ce sont les seules paroles qui m’ont vraiment tourmenté, je ne voulais pas habiter trop ces paroles. La poussée et l’attraction entre la prétention et la répulsion, entre être vain et rejeter toute notion de ce qui est laid ou beau, ça a dû être épuisant à ce moment. Sur le disque, il rejette l’idéologie, Dieu, l’amour, la possibilité. Voilà ! L’album parfait pour notre pire récession économique de tous les temps”.

Emily Mackay

Traduction – 20 août 2009

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