NME – 16 mai 2009 : Le dernier mystère de Richey

Quand Richey Edwards a disparu, il a laissé un livre de paroles dans les mains sécurisées de Nicky wire et James Dean Bradfield. Aujourd’hui, juste pour le NME, les Manics éclaircissent la dense brillance des paroles du guitariste utilisées sur leur nouvel album

La responsabilité, l’envers de l’amour, peut être un poids terrible. Ou il peut être aussi léger qu’un classeur A4. Juste un modeste legs placé dans les mains de Nicky Wire, James Dean Bradfield et Sean Moore par leur ami d’enfance et guitariste Richey James Edwards au début de l’année 1995. Le classeur contenait des paroles, tapées sur l’encombrante machine à écrire Olivetti adorée d’Edwards. Certaines étaient courtes telles des haikus. D’autres étaient des pages et des pages de prose dense. Certaines étaient impénétrables.

“Il y en avait certaines qui semblaient en fait que la clé de la signification de ces chansons avait juste été balancée”, dit James, gigotant dans un coin inondé de lumière du bureau du NME.

“Il lisait six putains de livres par semaine !” ajoute Nicky, nerveusement impérieux avec ses lunettes de soleil à la Hepburn, griffonnant furieusement entre les réponses. “Il avait une insomnie vraiment terrible. Il semblait juste avoir une complète inaptitude à se déconnecter… Tu auras besoin de faire beaucoup de recherches juste pour repérer les références”.

“Dans le passé, juste parce qu’il te donnait des paroles qui semblaient impossibles à mettre en musique, ça ne signifiait pas qu’elles n’avaient pas été écrites en tant que paroles”, dit James.

Nicky Wire glousse. “Il n’était pas après un Ivor Novello, hein, le gars ? Il était après un prix Pulitzer”.

“Il ne cherchait pas à être comparé à un autre parolier”, ajoute James.

“Non, dit Nicky, calmement. Il voulait juste être JG Ballard”.

Polémiqueur rusé et audacieux au centre uni de l’un des groupes rock les plus ambitieux et incessamment fascinants qui n’aient jamais peint un slogan à la bombe, Edwards était dans une spirale vers le bas. Après la sortie du monolithe de négation du groupe, The Holy Bible, il avait passé un moment en soins psychiatriques dans un hôpital à Cardiff et à The Priory. Les nouvelles paroles qu’ils avait écrites étaient à peine joviales, mais elles prenaient un ton différent de la rage dirigée vers tout ce The Holy Bible. Une partie des chansons avaient été mises en démo aux studios House In The Woods dans le Surrey en janvier 1995. Quelques semaines plus tard, bien sûr, Richey a disparu.

Passons la douleur et la confusion de cette période, et suivons le sort de ce cahier à la place. Cinq des paroles se sont retrouvées sur Everything Must Go, l’album étonnant et gracieux avec lequel le groupe a magistralement porté sur ses épaules son nouveau statut involontaire de trio. Le reste, environ 25 au total, a été mis de côté. Pas oublié, mais placé de côté tandis que le groupe sondait ses nouvelles frontières.

“La version de Nick du carnet, l’original est parfaitement impeccable car il l’a persévéré, tandis que le mien est tout chiffonné, parce que je n’arrête pas de le sortir tous les ans et de le remettre dans le tiroir parce qu’il était trop effrayant. Comme cette scène de Friends, mettant une copie de Shining au congel parce qu’il fait trop peur. Et je pouvais sentir le tiroir qu faisait (mime un tremblement violentBang-bang-bang… laisse moi sortir !” dit James en riant.

Le carnet a finalement eu raison de lui : un an après que Richey Edwards a été légalement déclaré mort, les Manics sortent leur neuvième album, Journal For Plague Lovers, avec des paroles entièrement écrites par Richey, avec une petite édition minimale de Nicky. “J’avais oublié combien il me manquait en tant que parolier, combien je suis fan de son intellect, sa critique féroce et rigoureuse de la culture”, dit-il.

“C’était un soulagement de ne pas faire réellement du commerce de rumeurs, de mythe ou de spéculation, dit James. On peut essayer d’interpréter quelque chose que Richey ait effectivement fait. Quelque chose qu’il ressentait vraiment”.

Pour créer un véhicule qui aille bien avec cette interprétation, le groupe s’est mis à créer une symétrie puissante avec The Holy Bible, considéré précédemment comme la déclaration définitive de Edwards. Il avait 13 morceaux ; Journal For Plague Lovers a 13 morceaux. The Holy Bible comprenait un tableau sévère de Jenny Saville sur sa pochette. Ce nouvel album comprend également une pochette peinte par Saville. Le producteur est Steve Albini – il a produit In Utero de Nirvana, sorti quelques mois après The Holy Bible, et de quoi tous les Manics étaient d’énormes fans. Une cassette de In Utero a été retrouvée dans l’autoradio de la voiture que Richey a abandonnée à côté du Severn Bridge.

Cependant, ceux qui viennent à l’album en attendant The Holy Bible Deuxième Partie n’auront pas cela : Journal For Plague Lovers est une bête assez différente.

“Les paroles sont différentes de celles de The Holy Bible, confirme Nicky. Il y a un sens de plus calme. C’est comme s’il était passé par ce processus de douter de tout et de remettre tout en question. Et les conclusions qu’il a atteintes, elles ne sont pas particulièrement heureuses. Mais elles sont… rationelles, non ?”

Journal For Plague Lovers, alors, est une capsule temporelle toujours fermée de prophéties, de questions non résolues et de mystères non résolus. Ce qui est peut-être le plus fascinant, cependant, c’est la manière dont les paroles, coincées dans une époque et une mentalité très lointaines des Manics mûrs, réagissent de manière fascinante avec leur son plus neuf et subtil, les poussant parfois dans les formes plus irrégulières et féroces de leur jeunesse, coulant parfois volontairement dans des mélodies plus lentes et apportant une sorte étrange de conversation, sinon résolution, entre le passé et le présent. “Ça nous a tous donné une chance d’être, d’une manière étrange, des musiciens. Simplement des musiciens interprétant les paroles de quelqu’un d’autre”, dit James.

Bien que réfractaires comme on peut le comprendre à donner toute interprétation définitive des paroles sans Edwards présent pour les expliquer, ses amis les plus proches et partenaires en intellect sont mieux placés que quiconque pour éclaircir les énigmes de Journal…. Voici leur vérité… vous pouvez trouver la vôtre…

Emily Mackay

Traduction – 20 août 2009

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