Mojo – août 2009 : Serrez à gauche

Du nihilisme, des solos de guitare, des mini-jupes ?! Le concert des Manics pour la MOJO Honours List voit un groupe qui se délecte de sa propre mythologie.

Manic Street Preachers
HMV Forum, Londres

Il y a treize ans, les Manic Street Preachers exprimaient le désir “d’échapper à notre histoire”. Ils ne sont pas allés très loin. Peu importe leur toile de fond représentant la pochette de leur nouvel album Journal For Plague Lovers, disque qui s’engage volontairement avec le passé en utilisant des paroles léguées par le disparu Richey Edwards. À une dizaine de mètres du Forum se tient le Bull & Gate, l’une des nombreuses salles du circuit des toilettes de Londres dans laquelle les iconoclastes adolescents ont joué durant leurs premières excursions en dehors du Pays de Galles. Avant une rare performance de Sorrow 16, face B de leur second single, Nicky Wire note la proximité de la mecque indée et se souvient d’y avoir joué la chanson en 1990, un concert si mauvais que “notre manager avait demandé au NME de ne pas le chroniquer”.

Malgré tout leur succès commercial soutenu depuis lors, ou leur facilité avec les grands gestes rock, une bouffée d’essence du Bull & Gate – sorte de merde noble – s’accorche toujours aux Manics. Elle est là au milieu de l’humilité rampante de James Dean Bradfield : ayant livré Facing Page: Top Left en solo acoustique époustouflant, qu’il décrit comme “la Revanche de Richey” pour le défi que son collègue d’autrefois lui a laissé de convertir sa collection d’épigrammes rassemblés en une chanson d’une belle poésie, il murmure alors que la version sur le nouvel album est bien mieux. Bradfield à la tête de ce groupe est une alliance de talent technique et d’esprit de corps pugnacieux, pourtant sa modestie signifie toujours qu’il est heureux que Wire prenne les feux de la rampe. Ce paon de bassiste ne se laisserait pas prier normalement ; il peut avoir 40 ans, être père de deux enfants et ne plus être le provocateur à la grande gueule d’antan, mais Wire est suffisamment gravé dans la même éthique avec laquelle il a formé le groupe il y a 20 ans pour croire qu’un concert nécessite de lui qu’il porte quelque chose de tape à l’œil, en plein dans le tissu diamanté et de prendre des poses. Ce soir, cependant, il est toujours handicapé par l’hernie discale qui l’a forcé à s’asseoir durant les concerts précédents, et son répertoire de scissor kicks et star jumps est mis en veilleuse. En leur absence, on note que ce joueur autrefois rudimentaire est aujourd’hui changé : la troïka morose d’ouverture du set de chansons de Journal est tout aussi fondé sur son bruit sourd blessé que le déchiquetage de six cordes du virtuose Bradfield.

Surmontant quelques problèmes de son au début, le trio noyau amène le guitariste auxiliaire Wyne Murray et Sean Read au clavier pour des ébats lourds de vieux tubes. Dès le moment où Bradfield pousse le public à poser leurs téléphones et de se bouger sur Motorcycle Emptiness, toujours l’hymne existentiel à la jeunesse vouée sans égal, c’est une succession de moments uniquement Manics. Quel autre groupe reconnaîtrait les résultats des élections européennes de la veille, tandis que Bradfield introduit l’élégie à la guerre d’Espagne, If You Tolerate This Your Children Will Be Next ? Wire, pendant ce temps, a une étincelle dans les yeux tout au long, cet enthousiaste de Dyson renommé sans doute fortifié par le fait que le concert coïncide avec le 140ème anniversaire du brevet du premier nettoyant par succion. Il tient une pancarte faite à la main comprenant la citation d’ouverture de Faster extraite du film adapté de 1984 d’Orwell – “I hate purity. Hate goodness. I don’t want virtue to exist anywhere…” – et ensuite la lit de manière hilarante dans un débit monotone d’un garçon des Vallées en préface de l’énergie sauvage de la chanson. Durant l’intense suppuration de No Surface All Feeling, Wire braille à Bradfield : “Tu es mon putain de guitar hero !” Et juste au moment où l’interlude acoustique de Bradfield a laissé les yeux humides, Wire revient avec une jupe à falbalas imprimée léopard. “Ouais, j’ai fait des folies chez Hennes aujourd’hui”, sort-il. Même le stoïque batteur Sean Moore sourit.

Rien de cela ne voudra dire quelque chose à un non-croyant, mais les concerts des Manics ont depuis longtemps été des actes de communion pour les fidèles. Qui sont aujourd’hui une grande Église impressionnante, des ados au premier rang aux plus matures, certains avec leur barda de leur boulot, tenant à prouver que sous l’extérieur respectable se cache toujours un terroriste de génération ; ils se sentent pareil. Et ils sentent que les Manics le sentent aussi. Tandis que A Design For Life clôt la cérémonie sur une note émotive comme il convient, Wire tient deux autres pancartes. Sur l’une d’elle, il a décrit : “THIS IS THE END”. Sur l’autre, on lit : “KNOWLEDE IS POWER”. Véritable faute ou blague ? Dans les deux cas, cela prouve que l’on peut retirer le garçon du Bull & Gate, mais cela ne le rend pas moins un Manic Street Preacher.

Setlist
Peeled Apples / Jackie Collins Existential Question Time / Me And Stephen Hawking / This Joke Sport Severed / Motorcycle Emptiness / Your Love Alone Is Not Enough / No Surface All Feeling / Sorrow 16 / Tsunami / Faster / If You Tolerate This Your Children Will Be Next / Little Baby Nothing / Ocean Spray / From Despair To Where / Facing Page: Top Left / You Stole The Sun From My Heart / Stop In The Name Of Love / Motown Junk / Autumnsong / You Love Us / A Design For Life

Keith Cameron

Traduction – 14 septembre 2009 phpMyVisites

Article suivant
Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :