Mojo – juin 2009 : Le nouveau testament

Produit par Steve Albini et écrit par Richey Edwards, le neuvième album des Manics possède des mélodies assorties au sous-texte, dit Keith Cameron

Manic Street Preachers
4/5
Journal For Plague Lovers
COLUMBIA

En 1994, avec Richey Edwards à The Priory et les Manic Street Preachers avançant dans les festivals en vacillant en trio, le statut de non performance a été sugérré pour leur fer de lance perturbé. Les modèles étaient Brian Wilson et Bob Stanley de Saint Etienne. Richey a dit : “Je ne sais pas si je peux être Brian Wilson mais je pourrais définitivement être Bob Stanley !”

Quinze ans plus tard, Richey Edwards a disparu, présumé mort, pourtant cette routine Bob Stanley fonctionne à merveille. Toutes les paroles de Journal For Plague Lovers sont extraites de fichiers qu’il a donné aux trois autres Manics juste avant de disparaître en février 1995. Un cynique pourrait considérer le retour vers elles aujourd’hui comme cynique : une évocation explicite du chef d’œuvre de 1994, The Holy Bible, leur dernier avec Edwards en tant que membre actif. Alternativement, convoquer d’une manière aussi flagrante un tel esprit est risqué : la pochette comprend encore une fois l’art de Jenny Saville, tandis que la musique est un acte conscient d’hommage. Nous entendons des échos de Magazine, des Banshees, de Killing Joke, des Skids, tous des groupes qui équilibraient une dystopie lyrique avec des guitares héroïques et des rythmes brutaux. Pourtant tout est bon. Bien qu’ils excellent à dignifier la flatulence rock classique, quand les Manics se relocalisent sur les pierres de touche post-punks de la jeunesse, nous entendons un groupe qui s’aligne avec ses impulsions les plus pures.

Comparez le seul véritable moment plat de l’album avec l’un des nombreux pics hérissés. La vision du titre phare de Spirit Of Radio de Rush joué par John McGeoch trahit trop de râlement ; c’est un morceau mineur de Foo Fighters. Pourtant le moment où James Dean Bradfield se vérouille dans le motif gyroscopique de All Is Vanity, son attaque est inéluctable. L’endossement du chanteur-guitariste de l’assaut de son groupe est spectaculaire, pas plus que sur l’électro à la PiL de Marlon J.D., l’endroit où Brando et Bradders ne font qu’un.

C’est une expérience bien plus chaleureuse que Bible ; voire amusante. Au lieu du suicide, des tueurs en série et la Shoah, il y a Me And Stephen Hawking (“Nous avons manqué la révolution sexuelle quand nous avons échoué à la physique”), une critique de la modification génétique avec le lutteur Giant Haystacks. La capacité d’Edwards à comprimer de la signification labyrinthique en des tracts de mots spartans demeure impressionnante, mais les faits sinistres de son histoire ont évidemment obscurcis un talent pour l’humour surréaliste.

Enregistrer avec Steve Albini est un triomphe. L’ouverture Peeled Apples a la majesté brute des Jesus Lizard, mais l’union convient tout autant aux aspects élégiaques des Manics. Le génie d’Albini élève en quelque sorte la posture découragée de Doors Closing Slowly. Sur le plan lyrique, c’est un clair aperçu dans le psyché assiégé de Edwards (“Tu te rends compte combien c’est solitaire ? Ça va à l’encontre du but recherché, oh putain ouais”), bien que tous ceux qui recherchent des “indices” de son projet subséquent se fixera sans aucun doute de manière plus proche sur William’s Last Words, chantée avec une grâce tremblante par Nicky Wire. Son discours d’adieu riche est corrompu par le morceau caché qui suit, Bag Lady, tout en guitares astringentes à la Keith Levene et la déclaration d’ouverture : “Je ne suis pas mort…”.

Dans l’index d’exploitation “c’est ce qu’il aurait voulu”, Kurt Cobain a eu son journal intime transformé en baskets ; Richey Edwards a eu ses paroles mises sur la meilleure musique que ses collègues aient faite depuis leur dernier album ensemble. Si c’estce qu’il voulait ou pas, les Manics ont assurément fait la bonne chose.

*

“Il y avait une sorte d’envie”
Nicky Wire parle à Keith Cameron

Pourquoi avez-vous décidé de travailler à nouveau avec Richey ?
“Il y avait une sorte d’envie. Avec Send Away The Tigers [de 2007], on avait fait un album rock glorieux, Technicolour et légèrement à jeter. Il semblait qu’on s’était justifiés à nouveau. James a dit : J’ai regardé ces paroles et je pense que c’est la bonne chose à faire. Ce n’est pas quelque chose que j’ai beaucoup regardé, le dossier qu’il m’a laissé. Il possèdait quelque chose qui m’effrayait. Mais ayant regardé les paroles, j’ai immédiatement su qu’elles devaient être utilisées. Je ne pense pas qu’il y ait du cynisme là-dedans”.

Était-ce comme partir sur un voyage de découverte ?
“Ce l’était. Et j’ai vraiment aimé le côté quasi académique de ça. On n’essayait pas de comprendre ces paroles. Ce sont les paroles d’un homme de 27 ans. Ça nous a vraiment revigorés. Ça nous a fait sentir… la magie”.

Pourquoi as-tu chanté William’s Last Words ?
“La raison principale, c’est que j’ai écrit la musique. James a dit : Je pense que tu devrais chanter celle-là, ça résonera bien plus. Il n’y a pas de catharsis impliquée, c’était vraiment sympa. C’est les seules paroles que j’ai vraiment étudiées : Richey était obsédé par Archie Rice dans le Cabotin, le film d’Olivier sur le showman qui avait la grosse tête. Si c’est autobiographique ou pas ou une sorte d’analogie, je ne sais pas, mais évidemment, elle sonne comme ça”.

Vous avez enregistré au Pays de Galles avec Steve Albini. A-t-il apporté ses micros et son bleu de travail ?
“Oui. Il a porté son bleu tous les jours. Il jouait au baseball. J’en ai filmé beaucoup et je l’ai en fait fait rire parfois ! Il nous a vraiment poussés. Ce n’est pas exactement M. Je me répands en compliments, mais c’est ce qu’on voulait. Ça a marché. Il a sorti la puissance du groupe. Je ne pense pas qu’on aurait pu avoir cette puissance si on n’écrivait pas pour les paroles de Richey, parce qu’on a tous changé, on a des mômes… Tu te sens pareil, tu sais juste que tu ne peux te comporter pareil. À bien des égards, c’est un album tribute et on est à l’aise avec ce qu’on a réalisé pour le gamin”.

Traduction – 13 septembre 2009 phpMyVisites

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