Q – juin 2009 : Manic Street Preachers – Journal For Plague Lovers – Columbia. CD/Téléchargement. Sortie le 18 mai. 5/5

Tellement plus que le dernier testament de Richey Edwards

Quand Richey Edwards, le stratégiste en chef des Manic Street Preachers au cerveau acéré, a disparu le 1er février 1995, il a laissé derrière lui un vide qu’on ne pourra jamais combler. On ne peut entendre derrière les réflexions récurrantes de Nicky Wire sur l’intrépidité des jeunes et les compromis de l’âge sans sentir une lutte pour accpeter ce qui a été perdu. En effet, l’œuvre subséquente des Manics confirme à la fois leur ténacité et leur dignité : ils n’ont pas minimisé l’importance de la mémoire de leur ami, et ne l’ont pas exploité. Ainsi vois êtes tenus à approcher un disque entièrement fondé sur les paroles d’Edwards avec une vive inqiuétude au bord de la terreur – comme, on imagine, le groupe.

Avant sa disparition, Edwards a donné à chacun de ses collègues un classeur gonflé de paroles, de notes et de torrents informes de prose, dont Wire a édité une partie en chanson et avec quoi James Dean Bradfield, aidé de Wire et de Sean Moore, a lutté pour les faire entrer dans des mélodies, guidé par l’admiration et l’affection plutôt que la révérence aux mains liées. On sait après avoir écouté quelques secondes du premier morceaux Peeled Apples – le sample de film sinistre, la basse sonnante, la guitare post-punk agaçante – que les Manics n’ont pas reculé davant les comparaisons avec leur chef-d’œuvre de 1994 dominé par Edwards,The Holy Bible. Comme ce disque, la pochette de l’album comprend une police carrée quasi soviétique et un tableau de Jenny Saville. La lignée ne pouvait être plus claire que s’ils l’avaient appelé le Nouveau Testament.

Incroyablement, il tient debout. Ce qu’il manque (et à juste titre ; les Manics ont désormais 40 ans, pas 25), c’est la destinée étouffante de The Holy Bible. Au lieu de cela, Journal… se branche sur la qualité moins remarquée de ce disque : une discipline féroce et invisible. Bradfield, dont la versatilité musculaire est continuellement sous-estimé, s’est surpassé. Par endroits, il a même surpassé son matériel source. Les références datées dans Jackie Collins Existential Question et Me And Stephen Hawking auraient pu les avoir consignées dans les limbes des faces B, mais Bradfield les noye de drame urgent.

En fait, mettons de côté l’histoire du disque un instant et c’est simplement un disque rock phénoménal. She Bathed Herself In A Bath Of Bleach pourrait être un morceau perdu des sessions In Utero de Nirvana (les deux albums partagent à la fois le producteur Steve Albini et une obsession pour la déformation physique). Le titre phare est Spirit Of Radio de Rush joué dans le veine de Pornography de The Cure. Le post-punk résonnant de Viriginia State Epileptic Colony se précipite entre Wire et le R.E.M. des débuts. Les chansons plus calmes telles que Facing Page: Top Left parfumé de folk (qui introduit “néophobie” dans le lexique de la pop) possède une chaleur souple étrangère à The Holy Bible : de l’air frais au lieu de murs empiétants.

L’écriture est encore plus impressionnante étant donné que dans sa dernière année, Edwards réussissait à faire entrer de la signification dans des phrase ultra-compactées, denses en allusion et élision, que personne excepté son auteur ne pourrait défaire. “J’ai l’impression de parler parfois en langue étrangère”, dit une ligne dans All Is Vanity. D’innombrables références aux fouets, à la crucifixion, à la maladie et à la peau brûlée et déchirée indiquent que ce n’était pas un homme en pleine santé, mais comme avec The Holy Bible, lire Journal… seulement au travers le prisme des angoisse d’Edwards est réductif. Même quand il entrait en lui-même (“Dessiner un cercle parfait, dormir dans la position du fœtus”), il était férocement engagé avec le monde extérieur de penseurs (Chomsky), d’artistes (Ingres) et de sportifs (Giant Haystacks).

Et c’est, après tout, pas seulement son disque : il n’est présent qu’à moitié. Peu importe ce qu’il voulait dire par William’s Last Words, des lignes comme “Bonne nuit, que Dieu te bénisse” et “Je te surveillerai”, chanté avec une fragilité soupirante par Wire, ont un côté poignant réel aujourd’hui. En infusant de la vie dans les dernières paroles de Richey Edwards, ses amis n’ont pas créé un monument funéraire mais une commémoration.

Dorian Lynskey

Télécharger : Peeled Apples // Journal For Plague Lovers // She Bathed Herself In A Bath Of Bleach // William’s Last Words

VOUS AIMEZ CELA ? ESSAYEZ CECI…
NIRVANA
In Utero
GEFFEN, 1993
4/5
Produit, comme Journal…, par Steve Albini, le dernier album de Nirvana était du rock de stade qui a tourné toxique, élevé par un héroïsme né du tourment.

Traduction – 14 juin 2009 phpMyVisites

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