Uncut – juin 2009 : Manic Street Preachers – Journal For Plague Lovers – Columbia – 4/5

Les paroles perdues de Richey mises en musique ? Cela ne devrait pas fonctionner, mais d’une quelconque manière, si, dit Sam Richards

Avec toutes les paroles sélectionnées dans les cahiers de Richey Edwards et une pochette montrant un tableau de Jenny Saville, les Manics semblent vendre Journal For Plague Lovers comme un successeur de leur chef d’œuvre tourmenté, The Holy Bible, paru en 1994.

C’est une tactique risquée – imaginez si New Order annonçaient qu’ils avaient trouvé un tas de nouvelles paroles de Ian Curtis et qu’ils projetaient d’enregistrer Unknown Pleasures 2. Pourtant les Manics ont dû agoniser pendant des années à propos d’utiliser les vers perdus de Richey : lourds de sens mais poétiques, crépitants d’intelligence, lugubres mais souvent aussi très amusants, ils sont bien supérieurs à tout ce que Nicky Wire a sorti depuis This Is My Truth Tell Me Yours. Ce n’est seulement maintenant, avec Edwards déclaré officiellement mort en novembre, que le groupe s’est senti à l’aise à propos de les mettre en musique.

S’il y a un malaise insistant à propos de cette tentative, il est instantanément dissipé par les premiers accords féroces. Richey serait sûrement fier de la manière dont ses paroles ont galvanisé le reste des Manics à faire leur musique la plus vitale depuis des années.

Juste comme le bon vieux temps, Peeled Apples est annoncé par une voix samplée (extrait de The Machinist, le film pour lequel Christian Bale a perdu 30 kilos). Puis vient un grondement de basse foreuse, une ligne de guitare post-punk virulante et un tas d’aphorismes de Richey indiscutables : La figure huit à l’envers, c’est l’infini ; Le Levi’s a toujours été plus costaud que l’Uzi ; Les faucons attaquent les pigeons dans l’aile ouest la nuit.

C’est une ouverture pulsante. Les Manics ont recapturé cette urgence tendue, accomodant/abritant à la fois leurs instincts punks et leurs fioritures de rock de stade. Une partie du crédit pour cela doit aller au producteur Steve Albini, employé en partie parce que le groupe espérait ouvertement émuler In Utero de Nirvana. En pratique, cependant, la musicalité innée des Manics les placent plus proches des Smashing Pumpkins des débuts que Nirvana, plus Killing Joke que Pere Ubu. Wire le proclame quand il dait du terrifique titre phare : “L’idée était d’écrire de la musique inspirée par Rush puis prétendre qu’on était Magazine qui la jouait”.

Jackie Collins Existential Question Time est un numéro plus jovial, avec sa ligne de refrain sonnante “Oh maman, c’est quoi un Sex Pistol ?” qui nous rappelle l’esprit mordant qui vacillait souvent derrière la grimace aux joues creuses d’Edwards. Me And Stephen Hawking – popsong vive et nerveuse, la meilleure des Manics depuis PCP – fournit une chute à cette vieille blague : “Qu’a dit l’anorexique au quadriplegique ?” (“Nous avons manqué la révolution sexuelle quand nous avons échoué à la physique” – roulement de tambour) Si tout cela sonne comme trop d’amusement, il y a She Bathed Herself In A Bath Of Bleach – dissection grungy de l’amour en tant que masochisme.

Le phénomène de James luttant vaillamment pour enrouler ses gencives autour de la prose noueuse de Richey nous a manqué. Facing Page: Top Left – duo acoustique de harpe légèrement maladroit – le trouve en train de se débattre avec protection teintée contre le UV et néophobie descendante. Sur l’électrifiante Pretension/Repulsion, on dirait qu’il chante Won’t release my address ; les paroles doivent être consultées pour découvrir qu’il se réfère en fait au portrait de 1814 aux courbes controversées, Grande Odalisque, de Ingres.

La fermeture de l’album, William’s Last Words, ne sonne comme rien que les Manics ont écrit auparavant, et non pas parce que Nicky Wire la chante. L’inquiètude que Wire ne peut pas vraiment chanter est circonvenue par une bande sonore acoustique merveilleuse, tous en accords paisibles et cordes affaiblies, ce qui le fait sonner comme Lawrence de Felt. Lyriquement, c’est un adieu poignamment stoïque au monde, et il est difficile de résister à la tentation de le lire comme la note de suicide de Richey.

Bien sûr, il y a quelque chose de légèrement ridicule chez Journal For Plague Lovers – comme, en effet, il y en avait chez The Holy Bible – ce qui le rend peu probable d’attirer de nouveaux convertis. Mais c’est aussi un disque courageux et irrésistible qui se tient coude à coude avec le meilleur des Manics. Même s’ils se batteraient pour faire un aure album aussi bon que celui-ci sans les paroles de Richey, Journal… fournit un sens satisfaisant de dénouement.

* * *

Questions/Réponses à James Dean Bradfield

Pourquoi choisir mainteant d’utiliser les paroles de Richey ?
C’est quelque chose dont on a toujours parlé. Avec le temps, il est devenu clair qu’il nous a délibérément donné ces paroles très peu de temps avant de disparaître – il nous les a léguées je suppose – alors j’imagine qu’il les conçues comme des chansons des Manic Street Preachers. J’avais été intimidé au début mais de plus en plus, j’ai commencé à sentir un sens de la responsabilité qu’on devrait faire quelque chose avec.

Combien les paroles ont dicté le style et l’humeur de la musique ?
Complètement et entièrement. Il y avait aussi d’autres choses dans le livret – des collages, des citations, etc. – alors dans un sens, Richey nous a laissé une démo visuelle de comment il voulait que le disque soit.

Quelles sortes d’émotions as-tu traversées quand tu chantais les paroles de Richey ?
Ce n’était pas comme refouler les larmes, bien qu’il y avait certaines paroles qui me conduisaient vers une réponse émotionnelle à la situation qu’on a eu avec Richey depuis qu’il a disparu. Je me souviens d’entendre Nick chanter William’s Last Words en studio et de penser : “Je suis content que ce n’est pas moi” parce que je me sentais assez affecté par elle. Mais je dois dire qu’en général, on aurait cru que Richey était de retour dans la pièce. Je suis juste content qu’on a suivi ce qu’on a imaginé être ses souhaits.

Interview : Sam Richards

Traduction – 6 septembre 2009 

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