The Quietus – 3 juillet 2014 : Un chef d’œuvre : Simon Price à propos de Futurology par les Manic Street Preachers

Acclamons tous les Manics, écrit Simon Price, car en Futurology, ils ont finalement livré un album qui est complètement ce qu’ils avaient dit serait.

Ils l’ont fait. Enfin, ils l’ont véritablement fait. Depuis le changement de millénaire, durant la période qui précède en gros chaque album des Manic Street Preachers, Nicky Wire a eu l’habitude, dans les interviews publiques et les cartes postales privées, de faire la promotion du disque non entendu et non enregistré comme “Notre album européen, Bowie de Berlin croisé avec Goldfrapp croisé avec PiL” ou des mots du genre. En fait, aussi lointain que 1994, cette sorte de discussion était déjà en l’air : dans une chronique live de la tournée The Holy Bible pour le Melody Maker, j’ai écrit “Alors où allons-nous maintenant ? Une rumeur dit que les Manics abandonnent l’Americana comme mauvaise idée, et s’immergent dans l’Europe stylisée des années 1980 (James donnait des exemplaires de Empires And Dances de Simple Minds en cadeau)”.

Et pourtant, avec une certitude infaillible, le disque, quand il émerge finalement, sonne tout juste comme un album des Manics. Même le froid et détaché Lifeblood (qui reprenait essentiellement certains thèmes musicaux de This Is My Truth Tell Me Yours). Même le brillamment brutal Journal For Plague Lovers (retour direct et conscient à The Holy Bible). C’est l’un de leurs charmes durables, en fait : une incapacité, malgré tous leurs efforts, de sonner comme personne d’autre. Cela, jusqu’à Futurology, album qui, à la première écoute d’un promo avancé il y a plusieurs mois, a sauté immédiatement à la troisième place ex-eaquo dans ma hiérarchie personnelle des MSP, et pourrait, quand j’aurai vécu avec plus longtemps, grimper plus haut encore.

Mais avant de parler de ce qu’est Futurology, définissons ce qu’il n’est pas. Il y a moins d’un an, les Manics ont srti l’album avec qui il forme un diptyque, Rewind The Film. Vous n’aviez qu’à jeter un coup d’œil à RTF, sans même l’écouter, pour savoir ce qu’on allait vous servir (peu de groupes comprennent le pouvoir d’une image visuelle mieux que les Manics). La pochette comprenait un Polaroid traité en flou cinétique (pris par Wire) de la barrière du pont de la Severn. Pour un Gallois, c’est ce qu’on voit quand on rentre chez soi, et rentrer chez soi, c’était dont parlait Rewind The Film. La palette de couleurs, aussi, était dans les bleus pastels, se faisant l’écho des pochettes de Everything Must GoThis Is My Truth Tell Me Yours et Send Away The Tigers, signe codé que cela allait être l’une des œuvres les plus conventionnelles et moins effrayantes des Manics.

Disque gentil, pastoral et chaleureux, qui citait à la fois Lénine et Lennon, comprenait le merveilleux Richard Hawley et samplait The Dust Blows Forward And The Dust Blows Back de Captain Beefheart (enfin, sur le promo original, avant que la famille Van Vliet leur refuse l’autorisation), il était énormément recommandable. Surtout pour le fait qu’il donnait un prétexte pour le réalisateur interne des Manics, Kieran Evans, récompensé par les BAFTA, de faire une trilogie véritablement déchirante de clips comprenant une narration avant/durant/après à propos de l’impact de la Grève des Mineurs dans les Vallées du Sud du Pays de Galles. Il comprenait également une démonstration du jeu de guitare à la complexité la plus impressionnante de James Dean Bradfield en date. Il y avait, néanmoins, une sensation que les Manics ne faisaient rien que nous n’avions pas entendu d’eux auparavant – un autre album plein de paroles sur combien Nicky Wire se sentait déconfit et crevé, et combien Richey lui manquait – et également une sensation que, si on se retrouve à faire la promotion de la compétence du guitariste comme argument de vente, quelque chose n’allait pas bien. Il procurait au fan loyal beaucoup de choses à apprécier, sans que vous ayez envie de crier ses louanges sur les toits ou d’attraper le col des non convaincus jusqu’ici ou des non pratiquants depuis longtemps en demandant qu’ils l’écoutent.

Tout ce que n’est pas Rewind The FilmFuturology l’est : un disque qui effrayera les chevaux, qui fait vraiment quelque chose que nous n’avons pas entendu des Manics auparavant, et vous donne envie d’accoster des quasi-inconnus et les ennuyer à moitié à mort en disant combien il est génial.

Le premier singe que l’album frère de Rewind The Film serait une proposition différente était, encore une fois, visuel. Les adeptes des Manis en accord avec la sémiologie auront remarqué l’indice quand les pubs ont commencé à apparaître dans les magazines musicaux pour la tournée de mars/avril 2014 du groupe, comprenant cette police minimaliste, pseudo-soviet avec les R à l’envers de The Holy Bible (volée, bien entendu, du susmentionné Empires and Dances de Simple Minds), avec un triptyque de photos de Wire-Bradfield-Moore en dessus tel un écho conscient du tableau Strategy (South Face/Front Face/North Face) de Jenny Saville, comme utilisé sur cet album. Le message était clair, pour tous ceux qui le lisaient : CETTE version des Manics était de retour, et Futurology allait être l’un de CES albums.

Et oh mon dieu, ce l’est vraiment. Il n’y a pas beaucoup d’artistes auxquels je pense qui soient capables de livrer quelque chose d’aussi vital que Futurology sur leur douzième album studio. En fait, historiquement il n’y en a qu’un : David Bowie. Et le douzième album de Bowie était Heroes. Ainsi il est approprié que les Manics aient en effet utilisé les studios Hansa à Berlin où ces deux albums ont été enregistrés, comme leur douzième effort.

Mais c’est également un album imprégné de germanophilie, de russophilie et d’europhilie en général, du côté Europe de l’Est de plusieurs titres de chansons à la pochette gris ciment du CD promo (la finale, par l’artiste allemande Catrine Val, comprend une fille sculpturale dans un parc glacial bordé de sapins, habillée pour un climat différent que celui dans lequel elle est). Ce n’est seulement juste alors, qu’ils devaient aller là-bas le faire. C’est là où se trouvaient leurs têtes, alors ils pouvaient aussi envoyer leurs corps les rejoindre.

Les Manics n’ont jamais peur de porter leurs influences comme des médailles de guerre, alors faisons un petit moulinage de chiffres ici. Dans les notes explicatives que Nicky Wire a fait circuler aux journalistes, il n’y a pas moins de trois mentions chacun pour David Bowie, Simple Minds et Public Image Ltd, deux pour Can, un chacun pour les compatriotes Krautrock de Can, Popol Vuh, Cluster et Tangerine Dream ainsi pour les néos-Krauts Stereolab et Kreidler, et il y a une couleur distinctement Europaïsch/années 1980 aux autres groupes nommés comme Bill Nelson, Goldfrapp, Propaganda, Skids, Prefab Sprout, Colourbox, U2, Thomas Dolby et Robert Fripp (avec seulement une poignée, comme Faith No More, Andy Weatherall, Ike & Tina Turner, Nirvana, les Rolling Stones et Y Niwl, qui ne rentraient pas dans le motif émergeant).

La manière dont les déclarations de mission vont, cette liste ne pourrait être plus claire. Cependant, le morceau d’ouverture – et titre phare – fait tout pour vous prendre à contre-pied en vous faisant croire que c’est comme d’habitude pour les Manics. Futurology st un hymne “contre eux tous” des Manics vieille école. Sa ligne d’ouverture, “Défenseurs de la foi”, est un morceau classique de détournement des Manics, le titre traditionnel de la monarque britannique fidei defensor (vu en abrégé sur toutes les pièces britannique) détourné par un groupe de républicains impénitents qui ont une fois sorti un single avec le refrain “Répétez après moi / Merde à la Reine et au pays”.

À partir de ce moment, cependant, Futurology est résolument à la hauteur de toutes les déclarations faites par la grande gueule à la basse. Walk Me To The Bridge, avec sa ligne de basse tic-tac au métronome incessant et ses gros crescendos New Gold Dream bercés de soleil, est accompagné par un autre clip de Kieran Evans, situé à Berlin et lourdement influencé par le film de Tom Tykwer de 1998, Cours, Lola, cours, et la chanson elle-même nous emmène profondément en territoire européen. À l’origine inspirée par la traversée de l’énorme et futuriste pont de l’Øresund (qui relie le Danemark à la Suède), elle se réfère apparemment également à Die Brücke (“le pont”), groupe d’artistes expressionnistes allemands actif depuis 1905 dont le but était de construire “un pont vers le futur”, la plaçant dans la lignée du côté arts visuels souvent ignoré des Manics, qui s’étend à des chansons sur Vincent Van Gogh et Willem De Kooning sur Gold Against The Soul et Everything Must Go respectivement. Futurology, comme toutes les meilleures œuvres des Manics, est riche de cette sorte de références culturelles, politiques et artistiques. Cela crée un musée en pop-up dans l’esprit, envoyant l’auditeur dans un voyage exploratoire potentiellement sans fin, poursuivant les indices et chassant les pistes.

Néanmoins, si Futurology a un moment “Richey nous manque”, c’est Walk Me To The Bridge. Wire s’est démené pour clarifier que la chanson ne parle pas de cela, tout en reconnaissant que d’autres supposeront que oui. Et, avec des vers comme “Salut mon ami fatal, je n’ai pas besoin que cela se finisse, j’imagine à nouveau les pas que tu as faits, toujours aveuglé par ton intelligence, accompagne-moi jusqu’au pont…”, c’est une supposition qui est incroyablement difficile à éviter. En effet, avec des couplets comme “Accompagne-moi jusqu’au point avait une autre signification / Chante le fort à la discothèque indée”, c’est assez évident que peu importe les démentis et feintes qu’a pu faire Wire, aucune lecture saine de Walk Me To The Bridge ne peut arriver à une autre conclusion.

Le troisième morceau de Futurology est un monstre funk-noir absolu. Du tout premier coup de batterie de Sean Moore, qui nous en met plein la vue ici, Let’s Go To War est le côté le plus PiL de l’album : le riff principal soude la Marche slave de Tchaïkovski et Dans l’antre du roi de la montagne de Grieg exactement de la même manière dont Lydon, Wobble, Levene & co. ont chapardé le Lac des cygnes pour Death Disco (la similitude est tellement scandaleuse que ce doit être une reconnaissance délibérée). Wire l’a nommée “la dernière partie de la trilogie You Love Us/Masses Against The Classes”, et sur le plan lyrique, cela tient le coup : avec des vers tels que “Les points de vue vont s’assombrir / Les lames vont s’aiguiser”, c’est un appel aux armes kamikaze nihiliste contre les classes élevées anglaises qui ont, selon Wire, “transformé le rock en choix de carrière”. Si elle comporte une comparaison musicale à un morceau plus vieux des Manics, cependant, c’est un cousin gothique de Miss Europa Disco Dancer, cette beauté fort critiquée de Know Your Enemy. Le morceau à l’addiction la plus instantanée de l’album, et un qui vous fait absolument rayonner de délectation indirecte de combien ils aiment cela.

The Next Jet To Leave Moscow est un foutage de gueule critique à l’égard de soi-même par Wire de lui-même légèrement plus jeune, avec ses qualificatifs “vieux coco blasé” et “petit connard”, et ses mentions de Cuba et de la Place Rouge. Le couplet “Avec des yeux de rediffusion d’autrefois / Je suis le plus gros hypocrite vivant que tu ne verras jamais” s’accorde avec la montée de l’Ostalgie en Allemagne, mot valise combinant Ost (l’Est) et la nostalgie, qui décrit un désir chez les jeunes de revenir aux attributs de l’ancien bloc soviétique. Il est débattable si oui ou non les Manics ont été coupables d’une telle chose eux-mêmes : Richey avait ses moments quasi-Trotskistes, comme All Is Vanity, qui semblait fantasmer sur la vie au sein d’une économie projetée communiste (“Je préférerais aucun choix / Un pain, un lait, une seule nourriture, c’est tout . Je suis perplexe, je ne veux qu’une vérité / Je m’en fiche vraiment qu’on me mente…”) mais la politique de Wire semble invariablement plus proche du slogan des Redskins (emprunté au Socialist worker Party) “le Socialisme non pas de Wahsington, ni de Moscou, mais international”. Encore une fois, l’auto-flagellation pour défauts politiques n’est rien de nouveau pour Nicky Wire, l’un des deux plus grands tubes du groupe, If You Tolerate This Your Children Will Be Next étant en partie une critique de sa propre lâcheté et son manque d’engagement.

Europa Geht Durch Mich (“l’Europe me traverse”) ne ressemble pas simplement à Goldfrapp : C’EST Goldfrapp la vache, au point où on ne peut qu’éclater de rire la première fois qu’on entend cette intro électro-glam de schaffel, un klaxon synthétisé sonnait chaque huit beats, et qu’on se rend compte que ce n’est pas en fait une reprise de Train. Wire peut essayer d’induire les gens en erreur en la nommant un “Nutbush City Limits industriel/dominateur” jusque ce qu’il se fâche tout rouge, mais il ne trompe personne. Hymne au “mouvement en tant que salut”, elle commence en citant directement le putain de morceau neuro-disco que dévore le Moroder de Simple Minds, I Travel, dans on vers d’ouverture (“Europe had a language problem”) et son refrain principal répète les expressions “European skies – European desires – European roads – European hopes – Europeans sons – European love – European dreams – European screams” encore et encore jusqu’à ce que, dans le deuxième quart de la chanson, l’actrice Nina Hoss, qui d’une coïncidence nette (nan ?) a joué aux côtés de Franka Potente de Cours, Lola, cours dans l’adaptation des Particules élémentaires de Houellebecq, entonne les paroles de Wire, après que Bradfield les ai chantées, dans des tons teutoniques qui rappellent inévitablement Nina Hagen ou Lene Lovich. C’est put-être la chose sur l’album la plus proche du galvaudé et dans le mille, mis si quelqu’un était à côté de la plaque jusqu’ici, au moins ce n’est plus le cas.

Si une chanson sur Futurology aurait pu se sentir à l’aise sur Rewind The Film, c’est Divine Youth, méditation sur “la propriété d’entreprise de la révolte et du calme”, duo avec la chanteuse-harpiste lauréate du Welsh Music Prize Georgia Ruth (l’un des nombreux musiciens gallois à apparaître sur l’album, dont Cate Le Bon et Cian Ciaran des Super Furry Animals), et le moment le plus tranquille jusqu’ici. En contraste, Sex, Power, Love And Money est une véritable fanfaronnade. C’était, selon Wire, une tentative de fusion de “Nirvana / Undercover Of The Night / The Skids” avec un “chant rappé à la Joe Strummer / Mick Jager” et c’est à peu près cela. Il ne mentionne pas les wood-blocks (je crois) de Mooro, qui sont du pur Charlie Watts, mais tous ceux qui connaissent Undercover n’auront pas besoin d’explications détaillées, tout comme tous ceux qui savent que les Manics adolescent sont allés à Bristol voir les Bunnymen comprendront facilement la référence à The Back Of Love.

Le titre de Dreaming A City (Hughesovska) instrumentale qui sonne comme du Simple Minds pré-perte de crédibilité qui compose le générique d’un film d’espionnage de la Guerre Froide, se réfère au nom original de la ville ukrainienne de Donetsk, où des ouvriers de Merthyr Tydfil ont été envoyés par bateau au XIXème siècle par l’entrepreneur des mines John Hughes, en l’honneur de qui la colonie a été nommée Yuzovka. Des noms de famille dérivés de Evans, Williams et Davies se retrouvent toujours dans la région, et la célèbre équipe de football Shakhtar Donetsk (“shakhtar” significant mineur”) peut se tracer à ses colons gallois. Comme la mention de la Patagonie dans Ready For Drowning, ou le fermier qui tire sur les lapins et qui rejoint la Brigade Internationale dans Tolerate, c’est une autre petite éducation dans l’histoire des Gallois dans le grand monde – pas une simple réussite pour un morceau qui n’a pas de paroles.

Black Square, encore une fois, admet une influence Simple Minds (même si j’entends des échos mélodiques de Wishing de A Flock Of Seagulls) et creuse encore une fois dans la fascination des Manics pour le monde de l’art. La maxime du grand expressionniste abstrait autrichien que “l’art n’est jamais moderne, l’art est tout d’abord éternel” est paraphrasé ici, comme l’est “l’art n’est jamais fini, seulement abandonné” de Paul Valery (souvent attribué par erreur à De Vinci ou Picasso), et l’impératif de Kasimir Malevitch de “Libérez-vous de la tyrannie des objets”. Le titre est une référence au Carré noir sur fond blanc de Malevitch, opéra futuriste russe concernant la capture et le meurtre du soleil et la fin du temps, et une toile de fond carrée, noire, qui fonctionnait comme son troisième acte (comme expliqué dans la récente interview de Nicky Wire par Robert Barry pour The Quietus). Et, si Futurology est caractérisé par un “son berlinois”, Black Square comprend littéralement le son de Berlin : la discussion de clients de cinéma avant une projection de Django Unchained, furtivement enregistré par Moore sur son iPhone.

Chaque critique sait qu’un million de mots de la théorie de l’art (comme celle explorée dans la chanson préférée) peuvent être vaporisés par un moment de beauté artistique transcendante, et comme convenu, un arrive. Between The Clock And The Bed, intitulé d’après un auto-portrait des années crépusculaires de Edvard Munch, comprend le chant mielleux de Green Gartside de Scritti Politti, autre héros gallois qui a utilisés l’entrisme pour faire passer de grandes idées dans les charts pop. Chanson gentille et somptueuse de douce pop des années 1980, elle vous enlace dans une rêverie qui semble arrêter le temps lui-même. Même si, quand Gartside arrive au vers “construisant toujours la dérivation dans ma tête”, tous ceux qui se souviennent de la notoire citation de Wire à Glastonbury en 1994 – “Je dis, construisons plus de putains de dérivations sur ce trou perdu” – ne peuvent s’empêche d’éclater de rire.

Misguided Missile est le morceau au son le plus ouvertement Krautrock, et est, pour être franc, un peu la version germanique de Foux De Fafa des Conchords sur le plan lyrique, remplie des expressions allemandes que les Britanniques connaissent (“sturm und drang”, “schadenfreude”, on s’attend à “vorsprung durch technik” à tout moment). Elle renvoie, cependant, à The Holy Bible, dont l’ADN se retrouve dans Futurology (de la police susmentionnée au fait que Alex Silva, qui a travaillé sur cet album légendaire, a été ré-employé pour celui-là). Sur Faster, Richey Edwards a écrit “Le dégoût de soi, c’est l’obsession de soi, chérie”. Ici, Wire via Bradfield commence “Je suis un imbécile obsédé par moi-même”, et cette fois, le dégoût n’a pas besoin d’être expliqué.

Les leçons apprises du voyage sont bonnes à rien si elles ne peuvent s’appliquer à son retour. The View From Stow Hill, qui a une touche du Lullaby des Cure (ainsi que le U2 période Unforgettable Fire que Wire reconnaît dans ses notes), est un rappel que le propre passé récent de la Grande Bretagne est plus sanglant et plus rempli d’insurrections et de bouleversements que la sérénité majestueuse que sa classe gouvernante préfère dépeindre. De la même manière dont les villes européennes – Barcelone, Belfast, Berlin – portent des cicatrices visibles de conflit, c’est aussi le cas d’une métropole industrielle oubliée comme Newport, la ville de longue date de Wire. “On peut toujours voir les impacts de balle / On peut toujours ressentir un peu d’espoir / Des rêves écrasés et les martyres aussi” est une référence directe au soulèvement chartiste de novembre 1839 et le massacre d’innocents qui a suivi, comme le commémorait une fresque sur John Frost Square qui a été détruite de façon controversée par la mairie en 2013, poussant la star de cinéma et pote des Manics (et parfois collaborateur) Michael Sheen, né à Newport, à écrire une lettre ouverte glorieusement en colère. Fresque ou pas fresque, chanson ou pas chanson, les impacts de balle dans le mur du Westgate Hotel sont les témoins éternels de ce qui s’est passé.

Mayakovsky, qui referme l’album, nommée d’après le poète et dramaturge futuriste russe qui s’est tué d’une balle à 36 ans, est une autre instrumentale (à part quelques cris scandés du nom de famille de son sujet), avec un léger côté Seven Nation Army. Elle se terminé par une voix féminine qui récite le refrain “European hopes…” de Europa Geht Durch Mich, cette fois dans les tons froids d’une annonce au haut-parleur à une station de U-Bahn. Le message de tout l’album grésille de manière forte et claire sur ces haut-parleurs : le pouvoir qui transforme et inspire du transit sur l’esprit humain est tel que même le banal et le quotidien devient sublime et instructif.

Pour un groupe si souvent accusé par leurs détracteurs cyniques de ne pas le faire comme ils le disent, il y a quelque chose de glorieusement défenseur des droits à la vue de Bradfield, Wire et Moore faisant exactement ce qu’ils avaient dit qu’ils allaient faire ici. Les Manic Street Preachers, un quart de siècle depuis leur première sortie, présentent un visage au monde aussi héroïque que ceux dans tout poster de propagande constructiviste soviétique. Et Futurology est plus que CETTE version des Manics, et un de CES albums. C’est un chef d’œuvre authentique solide comme du granite.

Simon Price

Traduction – 2 août 2014

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