Aguirre, la colère de Dieu

aguirreLes paroles de 4 Ever Delayed ont été inspirées par ce film. Comme Nicky Wire l’a dit : ”Nous sommes pris au piège dans notre histoire, thème récurrent chez nous, nous ne pouvons en échapper”.

Aguirre, la colère de Dieu (en allemand : Aguirre, der Zorn Gottes) est un film artistique d’aventure du nouveau cinéma allemand sorti en 1972 et écrit et réalisé par Werner Herzog. Klaus Kinski y apparaît dans le rôle titre. La bande originale a été composée et interprétée par le groupe progressif/Krautrock allemand Popol Vuh. L’histoire suit les voyages du soldat espagnol Lope de Aguirre, qui mène un groupe de conquistadors sur l’Orénoque et l’Amazone en Amérique du Sud à la recherche de la légendaire cité d’or, El Dorado. Utilisant une histoire et un dialogue minimaliste, le film crée une vision de folie, en contraste avec la jungle amazonienne luxueuse mais impitoyable. Bien que vaguement fondé sur ce qui est connu du personnage historique de Aguirre, l’intrigue du film est, comme l’a admis Herzog des années après la sortie du film, un travail d’imagination. Certaines personnes et situations auraient été inspirées par le récit de Gaspar de Carvajal d’une expédition amazonienne plus ancienne bien que Carvajal n’était pas du voyage historique représenté dans le film. D’autres récits déclarent que l’expédition est allée dans la jungle mais n’est jamais revenue à la civilisation.

Aguirre a été la première des cinq collaborations entre Herzog et le lunatique Kinski. Le réalisateur et l’acteur avaient des points de vue différents sur comment le rôle devait être joué, et ils sont rentrés en conflit tout au long de la production du film, tandis que les colères de Kinski terrorisaient à la fois l’équipe et les indigènes qui aidaient la production. Elle a été tournée entièrement en extérieur, et a été remplie de difficultés. Le tournage a eu lieu dans la forêt tropicale péruvienne sur le fleuve Amazone durant une laborieuse période de cinq semaines, tournant sur des affluents de la région de Ucayali. Les acteurs et l’équipe ont grimpé des montagnes, coupé de grosses plantes grimpantes pour ouvrir la voie dans les différents lieux de tournage dans la jungle, et ont descendu des rapides traîtres sur des radeaux construits par des indigènes.

Aguirre est sorti sous une grande acclamation critique, et a rapidement développé un grand statut de film culte international. On lui a donné une sortie au cinéma d’art et d’essai aux États-Unis en 1977, et demeure l’un des films les plus connus du réalisateur. Plusieurs critiques ont déclaré que le film était un chef d’œuvre, et il est apparu dans la liste du magazine Time des “100 meilleurs films de tous les temps”. Le style visuel et éléments narratifs de Aguirre ont eu une grosse influence sur le film de 1979 de Francis Ford CoppolaApocalypse Now.

En 1560, plusieurs vingtaines de conquistadors espagnols, et une centaine d’esclaves indiens, descendent de l’Empire Inca nouvellement conquis dans les Andes dans la jungle de l’Est, à la recherche du pays légendaire de El Dorado. Sous la commande de Gonzalo Pizarro (Alejandro Repullés), les hommes, vêtus à moitié en armure, tirent des canons le long d’étroits chemins montagneux et dans une dense jungle boueuse. Le jour de la Saint Sylvestre, atteignant la fin de ses provisions et incapable de continuer sans plus d’information, Pizarro ordonne à un groupe de quarante hommes de partir en éclaireurs sur un radeau sur le fleuve. s’ils ne reviennent pas au bout d’une semaine avec des nouvelles de ce qu’il y a devant, ils seront considérés comme perdus. Pizarro choisit Don Pedro de Ursúa (Ruy Guerra) comme commandant de l’expédition, Don Lope de Aguirre (Klaus Kinski) comme commandant en second, le gros noble Don Fernando de Guzmán (Peter Berling) représentant la Maison Royale d’Espagne et le Frère Gaspar de Carvajal (Del Negro) pour apporter la parole de Dieu. Accompagnant également l’expédition, à contre-cœur de Pizarro, se trouvent la maîtresse de Ursúa, Doña Onéz (Helena Rojo) et la fille adolescent de Aguirre, Florés (Cecilia Rivera, dans son seul rôle au cinéma).

Voyageant dans les rapides, l’un de quatre radeaux s’est pris dans un tourbillon, et les autres sont incapables de l’aider à se libérer. Cette nuit-là, des coups de feu se font entendre du radeau piégé ; le matin, les hommes à bord sont retrouvés morts, avec deux manquants à l’appel. Ursúa veut que les corps soient ramenés au camp pour être proprement enterrés. Sachant que cela ralentirait l’expédition, Aguirre laisse entendre à Perucho (Daniel Ades) d’“éloigner la rouille du canon”. Perucho tire le canon sur le radeau, le détruisant et jetant les corps dans le fleuve.

Durant la nuit, les radeaux restant sont balayés par le fleuve montant. Le temps s’est écoulé pour la mission des éclaireurs, et Ursúa décide de retourner dans le groupe de Pizarro. Aguirre mène une mutinerie contre Ursúa, racontant aux hommes que d’incalculables fortunes les attendent, et leur rappelle que Hernan Cortez a gagné un empire au Mexique en désobéissant aux ordres. Ursúa tente d’enchaîner Aguirre, mais lui et un de ses soldats sont blessés par balles. Inéz soigne Ursúa. Aguirre contraint les soldats d’élire le gros et fainéant Don de Guzman comme nouveau leader de l’expédition. Aguirre proclame de Guzman Empereur du nouveau pays, et déclare Philippe II détrôné. Un jugement farce de Ursúa résulte en sa condamnation à mort, mais de Guzman surprend Aguirre en accordant à Ursúa la clémence.

Aguirre se révèle être un leader oppressif, si terrifiant que certains protestent sa qualité de dirigeant. Seule Inéz a le courage de parler franchement contre lui. Sachant que certains soldats sont toujours loyaux à Ursúa, Aguirre l’ignore simplement.

Sur le radeau à nouveau, le groupe d’hommes qui sont progressivement affamés et fébriles commencent à ne plus croire ce qu’ils voient, même quand on leur tire des flèches dessus. Le groupe regarde incrédule un bateau en bois perché dans les plus hautes branches d’un grand arbre, que Aguirre demande à être descendu et réhabilité, mais Frère Carvajal refuse.

L’expédition continue sur un seul grand radeau nouvellement construit. Un couple d’Indiens approchant en paix en canoë est capturé par les explorateurs, et quand l’homme exprime de la confusion quand on lui présente une Bible, Frère Carvajal (Del Negro) les tue pour blasphème. Fernando dîne avec le peu de provisions qu’il reste tandis que les hommes meurent de faim, et fait pousser hors du radeau le seul cheval qu’il reste de l’expédition parce qu’il l’énerve. Peu après, il est retrouvé étranglé près de la remise du radeau. Après la mort de Fernando, Aguirre se proclame leader. Ursúa est alors débarqué et pendu dans la jungle. Le groupe attaque un village indien, où plusieurs soldats sont tués par des lances et des flèches. Une Inéz bouleversée rentre dans la jungle et disparaît.

Sur le radeau à nouveau, le groupe d’hommes fébriles qui meurent progressivement de faim commencent à ne plus croire ce qu’ils voient, même quand on leur tire des flèches dessus. Le groupe regarde incrédule un voilier perché dans les plus hautes branches d’un grand arbre, qu’Aguirre ordonne d’être descendu et réparé, mais Frère Carvajal refuse. Dans une série d’attaques finales par des assaillants invisibles, les survivants restants dont la fille d’Aguirre sont tués par des flèches. Aguirre seul reste vivant sur le radeau qui dérive doucement. Le radeau est envahi par des singes. Aguirre, fou, leur dit : “Moi, la Colère de Dieu, j’épouserai ma propre fille et je fonderai la dynastie la plus pure que la terre n’ait jamais portée. Ensemble, nous allons régner sur ce continent entier. Nous allons réussir. Je suis la Colère de Dieu ! Qui est prêt à me suivre ?”

L’idée du film a commencé quand Herzog a emprunté un livre sur des aventuriers historiques à un ami. Après avoir lu une demi-page consacrée à Lope de Aguirre, le cinéaste a été inspiré et a imaginé immédiatement l’histoire. Il a fabriqué la plupart des détails de l’intrigue et personnages, bien qu’il ait utilisé certains personnages historiques de manière purement fictive.

Herzog a écrit le scénario “dans une frénésie” et l’a fini en deux jours et demi. La majeure partie du scénario a été écrite durant un voyage en bus de 320 kilomètres avec l’équipe de football d’Herzog. Ses coéquipiers étaient soûls après avoir remporté un match et l’un d’entre eux a vomi sur plusieurs pages du scénario d’Herzog qu’il a immédiatement jetées par la fenêtre. Herzog déclare qu’il ne se rappelle pas de toutes les choses qu’il avait écrit sur ces pages.

Le scénario a été tourné comme écrit, avec quelques petites différences. Dans une première scène dans laquelle Pizarro demande à Ursúa de mener l’équipe d’éclaireurs sur le fleuve, dans le scénario Pizarro mentionne qu’au cours de l’expédition Ursúa pourrait découvrir ce qui est arrivé à l’expédition de Francisco de Orellana, qui avait disparu des années auparavant (voir plus loin). Plus tard dans le scénario, Aguirre et ses hommes trouvent un bateau et les restes morts depuis longtemps des soldats d’Orellana. Plus loin sur le fleuve, ils découvrent un autre bateau logé dans la cime d’un arbre. Dans le scénario, Aguirre et d’autres hommes explorent le bateau mais ne trouvent aucun signe d’orellana ou de ses hommes. Herzog a fini par éliminer du film de telles références à l’expédition d’Orellana. La séquence avec le bateau pris dans les hautes branches d’un arbre reste, mais comme si c’était simplement une vision hallucinatoire.

La fin est complètement différente du scénario original de Herzog. Le réalisateur se rappelle : “Je me souviens seulement que la fin du film était totalement différente. La fin, c’était qu’en fait le radeau atteignait l’océan et été ramené par le courant sur la terre ferme, parce que sur de nombreux kilomètres, on a un contre-courant, l’Amazone revient en fait en arrière. Et il était balancé en avant et en arrière. Et un perroquet criait : El Dorado, El Dorado…”

Le premier choix de Herzog pour le rôle d’Aguirre était l’acteur Klaus Kinski. Les deux s’étaient rencontrés de nombreuses années auparavant quand le jeune acteur aux faibles moyens louait une chambre dans l’appartement familial de Herzog, et les singeries souvent terrifiantes et dérangées du pensionnaire durant les trois mois qu’il y a vécu ont laissé une impression durable sur le réalisateur. Des années plus tard, Herzog s’est souvenu de l’acteur lunatique et savait qu’il était le seul homme capable de jouer Aguirre le fou, et il a envoyé à Kinski un exemplaire du scénario. “Entre trois et quatre heures du matin, le téléphone a sonné, se rappelle Herzog. Ça m’a demandé au moins quelques minutes pour me rendre compte que c’était Kinski la source de ce cri inarticulé. Et après une heure de ça, il m’est venu à l’esprit qu’il avait trouvé le scénario le plus fascinant en voulait être Aguirre”.

Dès le début de la production, Herzog et Kinski se sont disputés à propos de la bonne manière de représenter Aguirre. Kinski voulait jouer un “fou sauvage qui râle”, mais Herzog voulait quelque chose “de plus calme, de plus menaçant”. Afin d’obtenir la performance qu’il désirait, avant chaque tournage, Herzog énervait délibérément Kinski. Après avoir attendu que l’inévitable colère de l’acteur colérique “s’éteigne”, Herzog lançait alors la caméra.

À une occasion, irrité par le bruit d’une hutte où des acteurs et des membres de l’équipe technique jouaient aux cartes, l’explosif Kinski y a tiré trois coups de feu, faisant sauter le bout d’un doigt d’un figurant. Par la suite, Kinski a commencé par quitter le lieu de tournage dans la jungle (suite au refus de Herzog de renvoyer l’assistant au son), changeant seulement d’avis après que Herzog ait menacé de tirer d’abord sur Kinski puis sur lui-même. Ce dernier incident a donné naissance à la légende selon laquelle Herzog a fait tourner Kinski pour lui sous la menace d’une arme. Cependant, Herzog a nié à plusieurs reprises cette déclaration durant des interviews, expliquant qu’il n’a fait qu’abuser verbalement de Kinski sous le feu du moment, dans une tentative désespérée d’éviter qu’il ne quitte le plateau. Le célèbre incident est parodié dans Incident au Loch Ness, que Herzog a co-écrit.

Le film a été réalisé pour 370 000 $, avec un tiers du budget payant le salaire de Kinski. Il a été tourné en extérieur dans la forêt tropicale péruvienne, au Machu Picchu (les marches en pierre de Huayna Picchu) et sur les affluents de l’Amazone de la région d’Ucayali. Aguirre a été tourné en cinq semaines, suivant neuf mois de pré-production. Le film a été tourné en ordre chronologique, comme Herzog croyait que le progrès de l’équipe du film sur le fleuve reflétait directement le voyage des explorateurs de l’histoire. Le réalisateur, ses acteurs et son équipe technique ont flotté sur des radeaux le long des rivières Huallaga et Nanay dans la vallée d’Urubamba au Pérou.

Tous les acteurs ont dit leur dialogue en anglais. Les acteurs et l’équipe venaient de seize pays différents, et l’anglais était la seule langue commune à tous. De plus, Herzog pensait que tourner Aguirre en anglais améliorerait les chances du film à être distribuer sur le plan international. Cependant, la petite quantité d’argent qui avait été mise de côté pour la post-synchronisation “a quitté le Pérou avec l’homme responsable du processus ; les deux s’éclipsant en route”. La piste anglophone a été finalement remplacée par une version germanophone de plus grande qualité, qui a été synchronisée après la fin de la production. Herzog déclare que Kinski demandait aussi trop d’argent pour le doublage, alors ses répliques ont été interprétées par un autre acteur.

Le petit budget a empêché l’utilisation de cascadeurs ou d’effets spéciaux élaborés. Les acteurs et l’équipe technique ont grimpé des montagnes, crapahuté dans une jungle épaisse et descendu de féroces rapides amazoniens sur des radeaux construits par des indigènes. À un moment, une tempête a causé l’inondation d’un fleuve, recouvrant les plateaux avec plusieurs centimètres d’eau et détruisant tous les radeaux construits pour le film. Cette inondation a été immédiatement incorporée dans l’histoire, comme une séquence incluant une inondation et la reconstruction subséquente des radeaux a été tournée.

La caméra utilisée pour le tournage du film a été volée par Herzog de l’École de cinéma de Munich. Des années plus tard, Herzog s’est rappelé :

“C’était une caméra 35 mm très simple, une utilisée sur de nombreux autres films, alors je ne le considère pas comme un vol. Pour moi, c’était véritablement une nécessité. Je voulais faire des films et j’avais besoin d’une caméra. J’avais un certain droit naturel à cet outil. Si on a besoin d’air pour respirer, et qu’on est enfermé dans une pièce, on doit prendre un burin et un marteau et faire tomber un mur. C’est votre droit absolu”.

Pour obtenir les singes utilisés dans la séquence climatique, Herzog a payé plusieurs locaux pour piéger 400 singes ; il les a payés la moitié en avance et devait payer l’autre moitié à la livraison. Les trappeurs ont vendu les singes à quelqu’un à Los Angeles ou Miami, et Herzog est arrivé à l’aéroport juste au moment où les singes étaient chargés pour être envoyés hors du pays. Il a prétendu être vétérinaire et a déclaré que les singes avaient besoin d’être vaccinés avant de quitter le pays. Déconcertés, les dresseurs ont débarqué les singes, et Herzog les a chargés dans sa jeep et est parti, les a utilisés dans le plan où ils étaient demandés, et les a relâchés après dans la jungle.

La musique de Aguirre a été interprétée par Popol Vuh, groupe progressif/Krautrock allemand. Le groupe s’est formé en 1970 par le claviériste Florian Fricke, qui connaissait Herzog depuis plusieurs années avant la formation du groupe. Il était apparu en tant qu’acteur dans le premier long métrage du réalisateur, Signes de vie (1968), jouant un pianiste. Aguirre n’était que la première des nombreuses collaborations entre le groupe et le réalisateur.

La “musique hypnotique” de Popol Vuh pour Aguirre a eu considérablement d’acclamation. Rogert Ebert a écrit : “La musique a donné le ton. Elle est hantante, ecclésiastique, humaine et pourtant autre chose… La musique est cruciale à Auguirre, la colère de Dieu…” AllMusic a noté : “Le motif central du film mélange du Moog pulsant et des voix spectrales sorties de l’orgue chorale lié au Mellotron de Florian Fricke pour atteindre quelque chose de sublime, dans le sens le plus pur du mot : il est difficile de ne pas trouver la beauté impressionnante et irrésistible de la musique tout aussi perturbante. La puissance de la légendaire séquence d’ouverture du film de Herzog… doit autant à la musique de Popol Vuh que de la mise en scène du réalisateur.

Herzog a expliqué comment le son de chorale a été créé, “On a utilisé un étrange instrument qu’on a appelé un orgue chorale. Il a dedans trois dizaines de bandes différentes qui jouent en même temps en boucle… Et il y a un clavier sur lequel on peut en jouer comme un orgue de manière à ce que ça ressemble à une chorale humaine mais pourtant, en même temps, c’est très artificiel et vraiment assez étrange”.

En 1975, Popol Vuh a sorti un album intitulé Aguirre. Bien qu’apparemment bande originale du film de Herzog, le LP six titres ,n’incluait que deux chansons (Aguirre I (L’Acrime Di Rei) et Aguirre II) extraites de Aguirre, la colère de Dieu. Les quatre autres morceaux dérivaient de divers enregistrements faits par le groupe entre 1972 et 1974. Au moment de Aguirre, les membres du groupe étaient Fricke (piano, Mellotron), Fichelscher (guitare électrique, guitare acoustique, batterie), Djong Yun (chant) et Robert Eliscu (hautbois, flûte de pan).

Le film a été produit en partie par la chaîne de télévision allemande Hessischer Rundfunk qui a diffusé le film le même jour qu’il est sorti au cinéma en Allemagne. Herzog l’a rendu responsable du relativement pauvre succès commercial du film en Allemagne. Cependant, en dehors de l’Allemagne, le film est devenu un “énorme film culte” dans “des endroits comme le Mexique, le Venezuela et Alger”. Le film est resté à l’affiche quinze mois à ParisAguirre est sorti au cinéma aux États-Unis en 1977 chez New Yorker Films. Il est devenu immédiatement un film culte, et New Yorker Films a rapporté quatre ans après sa sortie initiale que c’était le seul film de son catalogue qui n’a jamais été retiré de la circulation.

En Allemagne, le Süddeutsche Zeitung a décrit le film comme “un tableau en mouvement trempé de couleurs et violemment physique”. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a décrit le jeu de Kinski comme “trop théâtral” pour incarner la colère de Dieu.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le film a reçu des critiques principalement positives à sa sortie. Vincent Canby, écrivant dans le New York Times, l’a nommé “Absolument épatant… M. Herzog voit toute la procédure avec un détachement fixe. Il reste calme. Il ne prend pas parti. Il pourrait même être légèrement amusé. Principalement, c’est un poète qui nous surprend constamment avec des juxtapositions inattendues… C’est une œuvre splendide et hantante”. Dans le Time, Richard Schickel a fait remarquer que “[Herzog] donne au public l’honneur de lui permettre de découvrir les cécités et les obsessions, les folies sobres qu’il étale silencieusement à l’écran. Bien joué, plus notamment par Klaus Kinski dans le rôle titre, glorieusement photographié par Thomas Mauch, Aguirre est, pour ne pas trop faire l’emphase dessus, un film qui réclame avec conviction la grandeur”. Tony Rayns de Time Out a noté : “… chaque scène et chaque détail sont affûtés dans leurs traits essentiels. À ce niveau, le film anticipe avec efficacité l’analyse en s’analysant tandis qu’il se déroule, admettant aucune ambiguïté. Pourtant en même temps, le flair de Herzog pour les images chargées d’explosif n’a jamais eu de rênes plus libres, et le film est riche en moments oniriques”.

La réputation du film au fils des années n’a cessé de grandir. J. Hobrman a écrit que Aguirre “n’est pas juste qu’un grand film mais un essentiel… Le troisième long métrage de Herzog… est à la fois un film de référence et une magnifique métaphore sociale”. Danny Peary a écrit : “Voir Aguirre pour la première fois, c’est découvrir un véritable chef d’œuvre. C’est irrésistible, ensorcelant ; au début onirique, puis hallucinatoire”. Roger Ebert l’a ajouté à sa liste de “Grands Films”, et en 2002, dans un sondage dans Sight & Sound de critiques et de cinéastes sur les meilleurs films jamais faits, Ebert l’a listé dans son top dix. Dans le même sondage, le critique Nigel Andrews et le réalisateur Santash Sivan l’ont également placé dans leur top dix. En 1999, Rolling Stone a inclut le film dans la liste des “100 films marginaux des 100 dernières années” du magazine. Aguirre a été inclus dans les “100 Meilleurs Films de tous les Temps” de Time Magazine, compilés par Richard Schickel et Richard Corliss. Entertainment Weekly l’a nommé 46ème plus grand film culte jamais réalisés. Le film s’est placé à la 19ème place des “100 meilleurs films du cinéma mondial” dans le magazine Empire en 2010.

Le film de 1979 de Francis Ford CoppolaApocalypse Now, adapté de la nouvelle de 1902 de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, a également été influencé par Aguirre, étant donné qu’il contient des “citations” visuelles sensiblement délibérées du film de Herzog. Coppola a lui-même noté : “Aguirre, avec ses images incroyables, a été une influence très forte. Je serais négligent si je ne le mentionnais pas”.

Plusieurs critiques ont noté que Aguirre semble avoir eu une influence directe sur plusieurs autres films. Martin a écrit que “parmi les films fortement influencés par Aguirre se trouvent Apocalypse Now de Coppola et le nouveau Monde de Terrence Malick (2005)”. J. Hoberman était d’accord, notant que “le rêve fébrile sui generis amazonien” de Herzog était “l’influence dont le nouveau Monde super enflé de Malick ne peut se débarrasser”. Channel 4 était d’avis que “C’est un étonnante épopée, à la simplicité fausse et la taille de poche dont l’influence, à la fois sur le plan du style et de la narration, se voit dans des films aussi divers que Apocalypse NowMissionPredator et le Blair Witch Project (1999)”. De plus, le film de 2008 de Nicolas Winding Refn, le Guerrier silencieux, est un hommage à Aguirre.

Bien que des détails de l’intrigue et de nombreux personnages de Aguirre viennent directement de l’imagination de Herzog, des historiens ont fait remarquer que le film incorpore à juste titre certains événements et personnages historiques du XVIème siècle dans une narration fictive. Les personnages principaux du film, Aguirre, Ursúa, Don Fernando, Inéz et Florés, ont effectivement été impliqués dans une expédition en 1560 qui a quitté le Pérou pour trouver la cité de El Dorado. Commissionnée par le gouverneur du Pérou, Ursúa a organisé un groupe d’expédition de 300 hommes pour voyager sur le fleuve Amazone. Il était accompagné de sa maîtresse métisse, Doña Inéz. À un moment au cours du voyage, Aguirre, soldat professionnel, a décidé qu’il pouvait utiliser les 300 hommes pour détrôner le règne espagnol du Pérou. Aguirre a fait assassiner Ursúa et a proclamé Fernando “Prince du Pérou”. Fernando lui-même a fini par être tué quand il a remis en question le complot d’Aguirre de voguer jusqu’à l’Atlantique, conquérant le Panama, traversant l’isthme et envahissant le Pérou. De nombreux hommes qui ont tenté de se rebeller contre Aguirre ont également été tués. Les soldats survivants ont conquis l’île de Margarita près de la côte du Venezuela et se sont préparés à attaquer le continent. Cependant, à ce moment les autorités espagnoles avaient appris les projets d’Aguirre et quand les rebelles sont arrivés au Venezuela, les agents du gouvernement ont offert le pardon total aux hommes d’Aguirre. Tous ont accepté. Immédiatement avant son arrestation, Aguirre a tué sa fille Florés, qui était restée à ses côtés durant tout le voyage. Il a alors été capturé et démembré.

Le scénario de Herzog mélangeait l’expédition de 1560 avec les événements d’un voyage plus ancien en Amazonie en 1541-42. Comme Ursúa, Gonzalo Pizarro et ses hommes sont entrés dans le bassin amazonien à la recherche de l’El Dorado. Divers problèmes ont affligé l’expédition et, certain que El Dorado était très proche, Pizarro a monté un petit groupe mené par Francisco de Orellana pour s’éloigner du groupe principal et avancer en amont, puis revenir en expliquant ce qu’ils avaient trouvé. Ce groupe a utilisé un brigantin pour descendre le fleuve. Accompagnant Orellana, Gaspar de Carvajal a tenu un journal des expériences du groupe. L’historique Gaspar de Carvajal (1500-1584) était un moine dominicain espagnol qui s’était installé au Pérou et se consacrait à la conversion des Indiens. Son attitude générale envers les Indiens était consistante avec la bienveillance de son frère dominicain plus connu, Bartolome de la Casas. Cette personnalité est en désaccord avec la description dans le film où Carvajal est représenté comme un prêtre lâche qui “se range toujours avec le plus fort”. Après avoir échoué à la découverte de la cité légendaire, Orellana a été incapable de revenir à cause du courant et lui et ses hommes ont continué à suivre le fleuve jusqu’à atteindre l’estuaire de l’Amazone en 1542. D’autres expéditions espagnoles en dehors de l’Amazone ont influencé l’histoire, la conversation durant laquelle les Indiens refusent une Bible vient d’événements avant la Bataille de Cajamarca, durant laquelle l’empereur Ica Atahualpa aurait rejeté le Requerimiento. La chronique de Alvar Núñez Cabeza de Vaca, La Relación (“Le récit”), mentionne l’apparition d’un bateau dans la cime d’un arbre après une forte tempête à Hispaniola :

Le lundi matin, nous sommes descendus au port et n’avons pas trouvé les bateaux. Nous avons vu leurs bouées dans l’eau, de quoi nous nous sommes rendus compte qu’ils étaient perdus, et sommes allés le long de la côte afin de voir si nous pouvions trouver des signes d’eux. Puisque nous n’avions rien trouvé, nous sommes allés dans les bois, et un quart de lieu plus loin, nous avons trouvé l’un des canots du bateau dans les arbres.
– Alvar Nuñez Cabeza de Vaca

La folle interprétation de Kinski avait des similitudes avec le véritable Aguirre. “Véritable mégalomaniaque homicide”, de nombreux de ses soldats considéraient ses actions comme celles d’un fou. L’utilisation d’un boitement par Kinski reflétait l’un qu’avait effectivement Aguirre, conséquence d’une blessure de guerre. Les discours fréquemment courts mais passionnés d’Aguirre à ses hommes dans le film étaient fondés avec précision sur la “capacité rhétorique simple mais efficace” notées de l’homme.

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