Un amour insensé

amourinsenséunUn amour insensé est un roman japonais écrit par l’écrivain japonais Jun’ichirō Tanizaki (1886-1965). L’écriture du roman a commencé en 1924, et de mars à juin, le journal Osaka Asahi Shinbun a publié les premiers chapitres en feuilleton. Quatre mois plus tard, le périodique Josei a commencé à publier les chapitres restants. Divers éditeurs ont recueilli les chapitres et les ont publié en un livre depuis 1947.

Narré à la première personne par le protagoniste, un salaryman nommé Joji, le roman suit sa tentative de transformer une jeune fille aux traits eurasiens, Naomi, en femme occidentale. Un Amour insensé est une œuvre importante dans sa représentation comique de la culture japonaise de l’époque et sa fascination pour l’Occident. Le clash entre l’ancienne et la nouvelle génération à propos des représentations plus progressives des femmes, telles que Naomi, a été considéré comme un clash à propos de la transition du Japon dans la période moderne.

L’histoire de un Amour insensé se focalise sur l’obsession d’un homme pour une modan garu ou fille moderne. Le personnage principal, Joji, est un Japonais instruit qui est ingénieur électrique en ville, et qui vient d’une riche famille de propriétaires. Joji souhaite se détacher de sa culture japonaise traditionnelle, et s’immerge dans l’étrange nouvelle culture occidentalisée qui commençait à se former au Japon. La représentation physique de tout ce qui est occidental est incarné par une jeune fille nommée Naomi. Joji voit Naomi pour la première fois dans un café et tombe tout de suite amoureux de ses traits “eurasiens” exotiques, son nom à consonance occidentale et ses manières sophistiquées. Comme l’histoire de la pré-pubescente Murasaki dans le roman classique le Dit du Genji, Joji décide qu’il fera de Naomi, serveuse de café de 15 ans, sa femme parfaite : dans ce cas, il la façonnera en une fille occidentale glamour comme Mary Pickford, célèbre actrice canadienne de l’époque du cinéma muet.

Joji installe Naomi chez lui et commence ses efforts à en faire une épouse occidentale parfaite. Elle s’avère être une élève très disposée. Il paie son éducation anglaise et, bien qu’elle ait peu de talents grammaticaux, elle possède une belle prononciation. Il finance ses activités occidentales, dont son amour pour le théâtre, de la danse et des magazines. Au début du roman, Joji ne fait aucune avance sexuelle à Naomi, préférant la transformer selon ses désirs et l’observer de loin. Cependant, son projet de nourrir des idéaux occidentaux comme l’indépendance en elle se retourne contre lui de manière dramatique tandis qu’elle vieillit.

Joji commence le roman en étant le dominateur. Cependant, au fur et à mesure que le temps avance et que son obsession s’accroche, la manipulation de Naomi l’a met dans une position de pouvoir sur lui. Lentement, Joji retourne le pouvoir à Naomi, concédant à tout ce qu’elle désire. Il achète une nouvelle maison pour eux, et bien qu’ils soient mariés, Joji dort dans une chambre à part, tandis que Naomi divertit des visiteurs occidentaux dans une autre chambre. Le livre se finit avec Naomi ayant le contrôle complet de la vie de Joji, même s’il déclare être satisfait tant que son obsession pour elle est repue.

Joji, le protagoniste, est un homme instruit de 28 ans issu d’une famille de riches propriétaires. Il souhaite se détacher de la tradition, et s’installe en ville pour s’occidentaliser. Il rencontre Naomi alors qu’elle a 15 ans, et la prend sous son aile pour l’éduquer. Il devient obsédé par la jeune fille et lui donne tout ce qu’elle désire. Plus tard, il épouse Naomi et se fait dominer par elle.

Naomi, l’antagoniste, est une belle jeune fille aux nombreux traits occidentaux dont son nom. Elle n’a pas d’éducation mais incarne la culture occidentale. Naomi aime les activités occidentales comme aller au théâtre ou regarde les photos des magazines occidentaux. C’est l’exemple parfait d’une fille moderne (moga) avec peu d’inhibitions et très agressive sur le plan sexuel. Naomi est extrêmement manipulatrice et réussit à prendre contrôle de sa relation avec Joji, commençant comme subordonnée pour devenir une dominatrice.

Avant que Jun’ichirō Tanizaki n’écrive un Amour insensé, il vivait à Yokohama, ville située près de Tokyo et remplie d’influence occidentale. Cependant, il a été forcé de déménager après que le séisme de 1923 de Kantō ait dévasté la majeure partie de Yokohama. Des feux se sont déclarés et ont détruit de grandes parts de Tokyo. Le séisme a causé de gros dommages, et de nombreux occupants de Tokyo et d’autres villes majeures ont dû être déplacés. Tanizaki s’est installé à Osaka où il a passé le reste de sa vie à écrire des œuvres de fiction. Tanizaki a remporté le prix culturel impérial, plus grand honneur donné aux artistes au Japon, pour ses diverses œuvres de littérature. Il a été nommé pour un prix Nobel pour l’ensemble de sa carrière avant sa mort en 1965.

Tanizaki a écrit un Amour insensé dans sa jeunesse, durant la révolution industrielle japonaise où les influences occidentales prenaient racine au Japon, contrairement à la période Meiji où les idées occidentales ont été introduites pour la première fois. Durant ce moment, le Japon était en transition d’une nation non industrialisée en une super-puissance économique industrialisée. Le roman reflète la perspective d’un homme alternant entre le Japon moderne et traditionnel, et les conflits associés à l’époque.

Selon Anthony H. Chambers dans son introduction à la première édition du livre, le personnage de Naomi a été fondé sur la belle-sœur de Tanizaki qui avait appris à danser avec un ami occidental et qui a inspiré son intérêt pour la danse.

Durant la révolution, le rôle d’une femme dans la société était drastiquement en train de changer. Durant les premières étapes de la restauration Meiji, les femmes étaient limitées à travailler dans les usines de textile. Ces usines fournissaient des dortoirs pour les ouvrières qui envoyaient leurs salaires à leurs famille à la campagne. Cependant, durant la révolution, les femmes ont commencé à faire d’autres travaux tandis que plus de population s’installait en ville. Le passage de la vie à la campagne à la ville urbaine moderne, avec l’adoption croissante de la culture occidentale a créé une nouvelle niche dans la société pour les femmes. L’arrivée de la mode et des cosmétique occidentaux a engendré de nombreuses opportunités de travail. Les femmes sont devenues vendeuses dans les grands magasins, ou alors travaillaient dans le service (dans le cas de Naomi, serveuse). Cette transition de style de vie de la campagne à la ville a permis à de nombreuses femmes à devenir indépendante vis à vis de leur famille et employeurs. Le geste de ces femmes qui commencent à choisir leurs propres hommes a créé plus de choc que leur indépendance de carrière. Elles vivaient seules sans être subordonnée à aucun homme (dont les pères et les maris). Le personnage de Tanizaki, Naomi, fille de 15 ans vivant seule dans la ville, est un exemple parfait de cette nouvelle classe de femme. Les critiques culturelles ont choisi le terme de Tanizaki modan garu, de l’anglais “modern girl”, pour décrire cette nouvelle classe de femme. Les “filles modernes” peuvent être décrites comme indépendantes, détachées des traditions et conventions, manquant de grâce japonaise mais ayant beaucoup de vitalité, et tenant des opinions apolitiques (ne s’intéressant pas au vote des femmes).

L’écriture de Tanizaki est ornée de symbolisme impliquant les relations japonaises avec les puissances étrangères. Le nom de Joji sonne maladroitement comme le nom commun “George” en anglais, représentant le désir de Joji d’être occidentalisé tout en conservant sa culture japonaise traditionnelle. Le nom Naomi, cependant, est traduit couramment entre l’anglais et le japonais. Dans le premier chapitre, Naomi est écrit avec trois caractères chinois ; cependant, il sonne si occidental que, durant le reste du roman, le nom de Naomi est représenté en katakana, l’alphabet japonais réservé à l’écriture des mots étrangers.

L’ironie rentre en jeu quand les lecteurs apprennent que bien que la connaissance de Joji de l’anglais soit excellente, son accent l’empêche de véritablement maîtrise l’anglais. Inversement, Naomi prononce l’anglais très bien, mais ne peut enchaîner une phrase cohérente. Naomi aime également la superficialité et est passionnée par le théâtre et la culture occidentaux. Un exemple de la manière dont Naomi aime la culture occidentale mais n’en fait pas réellement partie sont ses achats de magazines occidentaux, malgré ne pouvoir que regarder les photos à cause de son incapacité à lire l’anglais. Tanizaki dépeint l’homme japonais traditionnel séduit par le chant de la sirène de la culture occidentale seulement pour s’y faire piéger.

L’écriture de Tanizaki est applaudie par les critiques littéraires pour sa capacité à transformer une serveuse sexy aux traits eurasiens en une succube manipulatrice. Il montre l’ironie de la conquête à la fois sexuelle et culturelle, et la résume dans le paragraphe d’ouverture de son livre : “Tandis que le Japon devient de plus en plus cosmopolite, les Japonais et les étrangers se mélangent impatiemment ; toutes sortes de nouvelles doctrines et de philosophies sont introduites ; et les hommes et les femmes adoptent des modes occidentales d’aujourd’hui”.

Un amour insensé a rencontré de la controverse à sa publication. Quand le Osaka Morning News l’a publié en 1924, des réactions opposées au roman se sont élevées de deux démographies différentes. La jeune génération a embrassé le style de vie des modan garu incarnées par Naomi, qui fournissait un rôle modèle pour les jeunes femmes indépendant dans les villes japonaises. Cependant, la sexualité agressive du personnage et la manipulation représentée ont choqué l’ancienne génération des Japonais, qui trouvait que l’histoire était trop obscène et risquée pour être publiée. L’Osaka Morning News a arrêté l’histoire à cause de la pression extensive mise sur eux par leurs lecteurs. Cependant, suite à la popularité de l’histoire, le magazine Female a récupéré l’histoire de Tanizaki et publié le reste du roman.

La sortie de un Amour insensé a suscité les jeunes femmes de l’époque à entrer dans une révolution culturelle. Il y a eu un boom de moga ; ces jeunes femmes ouvrières qui travaillent et choisissent des hommes pour elles-mêmes, on pas pour leurs familles. Traditionnellement, les jeunes femmes qui désiraient travailler vivaient dans des dortoirs d’usine et envoyaient leurs salaires à leur famille. Les mogas travaillaient pour maintenir leur style de vie à la mode, vivant en ville et étant indépendantes. Tout le monde parlait d’elles dans le Japon des années 1920. Les médias discutaient de leurs caractéristiques, les caractérisant de différentes manières ; un groupe de média a suggéré que les filles modernes étaient des filles indépendantes non traditionnelles ; un autre suggérait que les filles modernes parlaient comme des hommes. Tous les groupes étaient d’accord sur le fait que les filles modernes étaient des femmes occidentalisées qui refusaient de reconnaître les frontières des genres et des classes. Le mouvement des filles modernes au Japon était d’une similitude frappante au mouvement garçonne aux États-Unis à la même période.

L’autre classe explicitement montrée dans un Amour insensé, c’est les cols blancs de la classe moyenne. Dans l’histoire, Joji est connu comme un travailleur instruit issu d’une famille aisée de propriétaires. Il incarne une nouvelle classe de salaryman japonais. Après la restauration de Meiji, les hommes éduqués se sont installés dans les villes pour aller à l’université et devenir des cols blancs à la différence des fermiers, artisans et marchants du passé. Joji est inhabituel parce qu’il appartient à un niveau supérieur. Dans le roman, il travaille dur rarement, allant au bureau seulement quelques heures par jour. En contraste, le salaryman moyen travaille de longues heures avec peu de prestige, et peu d’espoir de monter dans la hiérarchie.

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