L’Anniversaire

l'anniversaireL’Anniversaire (1957) est la deuxième pièce de théâtre complète de Harold Pinter et l’une de ses pièces les plus connues et jouées le plus souvent. Après que sa réception hostile à Londres ait pratiquement arrêté la carrière de dramaturge de Pinter, elle est devenue un “classique”.

Produite par Michael Codron et David Hall, la première mondiale de la pièce a eu lieu au Arts Theatre de Cambridge en Angleterre le 28 avril 1958 où la pièce a été “accueillie chaleureusement” sur sa tournée pré-Londres, à Oxford et Wolverhampton, où elle a reçu également un “accueil positif” comme “l’expérience la plus passionnante que le Grand Theatre nous ait donnés depuis plusieurs mois”.

Le 19 mai 1958, la production s’est installée au Lyric Opera House d’Hammersmith (aujourd’hui le Lyric Hammersmith), pour sa première à Londres, où elle a été un échec commercial et principalement critique, poussant à l’“hystérie perplexe” et s’arrêtant après seulement huit représentations. Le weekend suivant son arrêt, la critique dithyrambique tardive de Harold Hobson, “Les vis tournent à nouveau”, est apparue dans le Sunday Times, sauvant sa réputation critique et lui permettant de devenir l’un des classiques du théâtre moderne.

Le Lyric a célébré le 50ème anniversaire de la pièce avec une reprise, mise en scène par le directeur artistique David Farc, et des événements liés du 8 au 24 mai 2008, dont un gala et une réception tenue par Harold Pinter le 19 mai 2008, cinquante ans jour pour jour après sa première à Londres.

L’Anniversaire parle de Stanley Webber, ancien pianiste trentenaire qui vit dans une pension de famille délabrée tenue par Meg et Petey Boyles dans une ville de bord de mer anglaise, “probablement sur la côte Sud, pas très loin de Londres”. Deux sinistres étrangers, Goldberg et McCann, qui arrivent soi-disant pour son anniversaire et qui semblent le rechercher, transforment la fête d’anniversaire de Stanley apparemment inoffensive organisée par Meg en cauchemar.

L’Anniversaire a été décrite (certains diront “cataloguée”) par Irving Wardle et des critiques plus tard comme une “Comédie de menace” et par Martin Esslin comme un exemple du Théâtre de l’Absurde. Elle inclut tellement de traits tels que la fluidité et l’ambiguïté du temps, du lieu et de l’identité et la désintégration de la langue.

Comme de nombreuses autres pièces de Pinter, très peu du dialogue d’information de l’Anniversaire est vérifiable ; il est souvent contredit par les personnages et sinon ambigu, et, ainsi, on ne peut prendre ce qu’ils disent pour argent comptant. Par exemple, dans le premier Acte, Stanley décrit sa carrière, disant “J’ai joué du piano de part le monde”, réduit cela immédiatement à “De part le pays”, et puis, après une “pause”, réduit encore plus les deux auto-représentations hyperboliques en déclarant “J’ai donné une fois un concert”.

Bien que le titre et le dialogue se réfèrent au projet de Meg de célébrer l’anniversaire de Stanley : “C’est votre anniversaire, Stan. J’allais garder le secret jusqu’à ce soir”, même ce “fait” est douteux, étant donné que Stanley nie que c’est son anniversaire : “Ce n’est pas mon anniversaire, Meg”, disant à Goldberg et McCann : “De toute manière, ce n’est pas mon anniversaire. […] Non, ce n’est pas avant le mois prochain”, ajoutant, en réponse à McCann qui dit “Pas selon la dame [Meg]”, “Elle ? Elle est folle. Complètement tarée”.

Bien que Meg déclare que sa maison est une “pension de famille”, son pari, Petey qui a été confronté par “deux hommes” qui “voulaient savoir si nous pouvions les accueillir une nuit ou deux” est surpris que Meg a déjà “une chambre de prête”, et Stanley (étant le seul pensionnaire supposé), répond également à ce qui lui semble être l’apparition soudaine de Goldberg et McCann comme visiteurs présumés soi-disant en “court séjour”, nie catégoriquement que c’est une pension de famille : “C’est une maison ridicule à choisir. […] Parce que ce n’est pas une pension de famille. Ce n’a jamais été le cas”.

McCann déclare n’avoir aucune connaissance de Stanley ou de Maidenhead quand Stanley lui demande “Avez-vous déjà été près de Maidenhead ? […] Il y a un salon de thé Fuller’s. J’y allais souvent. […] et une bibliothèque Boots. J’ai l’impression de vous retrouver sur la Grand Rue. […] Une ville charmante, ne pensez-vous pas ? […] Une communauté calme et prospère. J’y suis né et j’y ai grandi. Je vivais bien loin de la rue principale”, pourtant Goldberg nomme plus tard les deux commerces que fréquentait Stanley liant Goldberg et possiblement McCann également à Maidenhead : “Une petit Austin, une tasse de thé chez Fuller’s, un livre emprunté à Boots et je suis satisfait”. Bien sûr, Stanley et Goldberg auraient pu tous les deux avoir inventé ces “souvenirs” apparents comme tous les deux semblent avoir inventé d’autres détails à propos de leurs vies plus tôt, et ici Goldberg aurait pu comme par hasard extrait des détails de leur mention de Stanley plus tôt, qu’il a entendus ; comme l’observe Merritt, la base factuelle de telles correspondances apparentes dans le dialogue prononcé par les personnages de Pinter demeure ambigu et sujet à de multiples interprétations.

Les identités changeantes (voir “le thème de l’identité”) rend le passé ambigu : Goldberg est appelé “Nat”, mais dans ses histoires du passé, il dit qu’il s’appelait “Simey” et également “Benny”, et il se réfère à McCann sous le nom de “Dermot” (en parlant à Petey) et “Seamus” (en parlant à McCann). Étant donné de telles contradictions, les noms réels de ces personnages et donc leurs identités demeurent peu clairs. Selon John Russell Brown, “Les mensonges sont importants pour le dialogue de Pinter, surtout quand ils ne peuvent être détectés que pas une référence soigneuse d’une scène à une autre… Une partie des mensonges les plus flagrants sont dits avec une telle désinvolture que le public est encouragé à rechercher plus que ce qui va être révélé. C’est une partie de la double technique de Pinter du réveil du désir du public pour la vérification et décevoir de manière répétée ce désir.

Bien que Stanley, juste avant que les lumières ne s’éteignent durant la fête d’anniversaire, “commence à étrangler Meg”, elle n’a aucun souvenir de cela le lendemain matin, possiblement parce qu’elle a trop bu et était pompette ; inconsciente du fait que Goldberg et McCann ont enlevé Stanley – Petey se garde de lui dire cette information quand elle demande, “Est-il encore au lit ?” en répondant “Oui, il… dort encore” – elle finit la pièce en se concentrant sur elle-même et romantisant son rôle au cours de la fête, “J’étais la belle du bal […] Je le sais”.

Durant une tournée de A Horse! A Horse! de Lawrence du Garde, Pinter s’est retrouvé à Eastbourne sans endroit où dormir. Il a rencontré un étranger dans un pub qui a dit “Je peux vous emmener dans des chambres meublées mais je ne vous les recommanderais pas exactement”, et puis a mené Pinter dans la maison où il séjournait. Pinter a dit à son biographe officiel, Michael Billington,

“Je suis allé dans ces chambres meublées et j’ai trouvé, en gros, une femme très grosse qui était la propriétaire et un petit homme, le propriétaire. Il n’y avait personne, à part un pensionnaire solitaire, et les chambres meublées étaient vraiment sales… J’ai dormi dans le grenier avec cet homme que je venais de rencontrer au pub… On a partagé le grenier et il y avait un sofa au-dessus de mon lit… calé alors je regardais ce sofa duquel des poils et de la poussière tombaient constamment. Et j’ai dit à l’homme, Que faites-vous ici ? Et il a dit, Eh bien, j’étais… Je suis pianiste. Je jouais durant la fête-concert ici et j’ai laissé tomber… La femme était un personnage assez vorace, toujours à lui ébouriffer les cheveux, à la chatouiller, à lui donner un coup sur les fesses et elle ne le laissait jamais tranquille. Et quand je lui ai demandé pourquoi il restait, il a dit, Il n’y a nulle part où aller”.

Selon Billington, “le pensionnaire solitaire, la propriétaire vorace, le mari calme : ces personnages qui ont fini par devenir Stanley, Meg et Petey, ressemblent à une carte postale de bord de mer à la Donald McGill”.

Goldberg et McCann “représentent non seulement les religions les plus tyranniques de l’Occident, mais ses races les plus persécutées”. Goldberg a plusieurs noms, parfois Nat mais quand il parle de son passé, il mentionne qu’il s’appelait “Simey” et également “Benny”. Il semble idolâtrer son oncle Barney comme il le mentionne plusieurs fois durant la pièce. Goldberg est représenté comme un Juif ce qui est renforcé par son nom typiquement juif et son utilisation approprié des mots en yiddish. McCann est un prêtre défroqué et a deux noms. Petey se réfère à lui sous le nom de Dermot mais Goldberg l’appelle Seamus. Le sarcasme dans l’échange suivant évoque une certaine distance dans leur relation :

McCANN : Vous avez toujours été un véritable Chrétien.

GOLDBERG : D’une certaine manière.

Stanley Webber est “un nom manifestement juif, accessoirement – est un homme qui consolide son sens précaire du soi via le fantasme, le bluff, la violence et sa propre forme manipulatrice de jeu de pouvoir. Son traitement de Meg au début est dur, enjoué, moqueur… mais une fois qu’elle fait la révélation fatidique qui change l’humeur – “Je dois préparer les choses pour ces deux hommes” – il est aussi dangereux qu’un animal piégé”.

Lulu est une femme qui a la vingtaine “que Stanley essaie de violer en vain” durant la fête d’anniversaire du deuxième Acte.

Selon le biographe officiel de Pinter, Michael Billington, dans Harold Pinter, reflétant la propre perspective de Pinter d’elle, l’Anniversaire est “une pièce profondément politique à propos du besoin impératif de résistance de l’individu”, pourtant, selon Billington, bien qu’il “doute que ce soit conscient de la part de Pinter”, c’est également “une œuvre privée et obsessive sur le temps passé ; à propos d’un monde disparu, réel ou idéalisé, dans lequel tous les personnages à part un s’échappent volontiers… dès le tout début, la qualité définissante d’une pièce de Pinter n’est pas tant la peur et la menace – même si elles sont sans aucun doute présentes – qu’un désir ardent d’un paradis perdu comme refuge loin du miasme du présent incertain”.

Comme le cite Arnold P. Hinchliffe, le critique polonais Grzegorz Sinko fait remarquer que dans l’Anniversaie, “nous voyons la destruction de la victime du point de vue de la victime :

“On a envie de dire que les deux bourreaux, Goldberg et McCann, représentent tous les principes de l’État et du conformisme social. Goldberg se réfère à son travail dans un langage officiel typiquement Kafkaïen qui prive les crimes de tout sens et de toute réalité”. … [De l’enlèvement de Stanley, Sinko ajoute :] “Peut-être que Stanley y trouvera la mort ou peut-être qu’il ne recevra qu’un lavage de cerveau conformiste après lequel on lui promet… beaucoup d’autres cadeaux de civilisation…”

Dans une interview avec Mal Gussow, qui parle de la production de l’Anniversaire de 1988 de la Classic Stage Compagny, plus tard jumelée à Langue de la montagne dans une production de la CSC en 1989, Gussow a demandé à Pinter : “L’Anniversaire a la même histoire que un Dernier pour la route ?”

Dans l’interview originale publiée la première fois dans le New York Times le 30 décembre 1988, Gussow cite Pinter disant : “Le personnage du vieil homme, Petey, dit l’une des répliques les plus importantes que je n’ai jamais écrites. Alors que Stanley est enlevé, Petey dit, Stan, ne leur dites pas ce que vous faites. J’ai vécu cette réplique toute ma satanée vie. Aujourd’hui encore plus que jamais”.

En répondant à la question de Gussow, Pinter se réfère aux trois pièces quand il dit : “C’est la destruction d’un individu, la voix indépendante d’un individu. Je crois que c’est précisément ce que les États-Unis font au Nicaragua. C’est une action horrifiante. Si vous voyez de la maltraitance de l’enfant, vous reconnaissez cette action et vous êtes horrifié. Si vous la faites vous-même, vous ne savez apparemment pas ce que vous faites”.

Comme l’observe Bob Bows dans sa critique de la production de Germinal Stage Denver en 2008, tandis qu’au premier regard, l’Anniversaire semble être une histoire simple d’un ancien pianiste qui se terre désormais dans une pension de famille décrépite”, dans cette pièce ainsi que dans ses autres pièces, “derrière le symbolisme de surface… dans le silence entre les personnages et leurs paroles, Pinter ouvre la porte d’un autre monde, pertinent et familier : la partie dont nous nous cachons” ; finalement, “Que nous prenons Goldberg et McCann comme le diable et son agent ou simplement leurs émissaires sur terre, les marionnetistes du mécanisme de l’Église, ou une quelconque variation de cela, la métaphore de Pinter d’une fête bizarre prise en étau entre la naissance et la mort est une prise captivante de ce clin d’œil que nous appelons la vie”.

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