“To read a poem in January is as lovely as to go for a walk in June”

sartrejeanpaul(“Lire un poème en janvier est aussi sympathique que se promener en juin”)
Jean-Paul Sartre – Pochette de Postcards From A Young Man

Jean-Paul Sartre, né le 21 juin 1905 dans le 16ème arrondissement de Paris et mort le 15 avril 1980 dans le 14ème arrondissement, est un écrivain et philosophe français, représentant du courant existentialiste, dont l’œuvre et la personnalité ont marqué la vie intellectuelle et politique de la France de 1945 à la fin des années 1970.

Écrivain prolifique, fondateur et directeur de la revue Les Temps modernes (1945), il est connu aussi bien pour son œuvre philosophique et littéraire qu’en raison de ses engagements politiques, d’abord en liaison avec le Parti communiste, puis avec des courants gauchistes dans les années 1970.

Son œuvre comporte plusieurs essais et textes philosophiques ayant marqué leur époque, comme L’Être et le Néant (1943), le bref L’existentialisme est un humanisme (1946) ou la Critique de la raison dialectique (1960), mais surtout des textes littéraires contenant des messages philosophiques : nouvelles (Le Mur), romans (la Nausée, les Chemins de la liberté), pièces de théâtre (Les Mouches, Huis clos, La Putain respectueuse, Le Diable et le Bon Dieu, Les Séquestrés d’Altona). Il a publié des études biographiques sur plusieurs créateurs comme Le Tintoret, Mallarmé, Baudelaire, Faulkner ou Jean Genet, ainsi qu’une vaste étude sur Gustave Flaubert, L’Idiot de la famille (1971-1972). Un texte court, mais important est son étude autobiographique, Les Mots, qui évoque les onze premières années de sa vie.

Intransigeant et fidèle à ses idées, il a toujours rejeté tant les honneurs que toute forme de censure ; il a notamment refusé le prix Nobel de littérature en 1964 ; exception notable, il a cependant accepté le titre de docteur honoris causa de l’Université de Jérusalem en 1976. Il a refusé de diriger une série d’émissions télévisées qu’on lui proposait en y mettant comme condition qu’il réalise une maquette préalable, expliquant : “Je n’ai plus l’âge de passer des examens”. Il a contribué fortement à la création du journal Libération, allant jusqu’à le vendre lui-même dans les rues pour donner une publicité à son lancement.

Sa relation particulière avec Simone de Beauvoir est un autre élément de sa notoriété. Leurs philosophies, bien que très proches, ne sauraient être confondues, même si les deux auteurs se sont influencés mutuellement.

D’autres écrivains ont joué un rôle important à différentes étapes de sa vie : Paul Nizan et Raymond Aron, ses condisciples à l’École normale supérieure ; Maurice Merleau-Ponty et Albert Camus dans les années d’après-guerre.

Il a été profondément critiqué par Jankélévitch pour son attitude pendant l’Occupation.

“Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est bâtard, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un”. Carnets de la drôle de guerre

Jean-Paul Sartre laisse derrière lui une œuvre considérable, sous forme de romans, d’essais, de pièces de théâtre, d’écrits philosophiques ou de biographies. Sa philosophie a marqué l’après-guerre, et il reste, avec Albert Camus, un symbole de l’intellectuel engagé. De son engagement dans la résistance en 1941 (engagement mis en doute en raison de son attitude trouble durant l’Occupation), jusqu’à sa mort, en 1980, Sartre n’a cessé de défrayer la chronique. Il a été en effet de tous les combats, pleinement et totalement engagé dans son époque, embrassant avec ferveur toutes les causes qui lui ont semblé justes. Sorte de Voltaire du XXème siècle, Sartre aura milité inlassablement, jusqu’au bout de sa vie. Selon de nombreux commentateurs et pour Sartre lui-même, sa vie est séparée en deux par la Seconde Guerre mondiale. On distingue alors deux grandes périodes dans l’œuvre sartrienne : une approche philosophique théorique axée sur l’ontologie de L’être et le néant (1943) ; puis une période plus pratique, où l’auteur cherche à appliquer sa méthode exposée dans la Critique de la raison dialectique (1960). Cette seconde période de son œuvre a fortement influencé les sociologues qualitativistes comme Erving Goffman.

Jean-Paul-Charles-Aymard Sartre naît le 21 juin 1905, au  13 rue Mignard à Paris. Fils unique, il provient d’une famille bourgeoise : son oncle est polytechnicien, son père Jean Baptiste Sartre (1874-1906), X 1895, est un militaire, enseigne de vaisseau, et sa mère descend d’une famille d’intellectuels et de professeurs alsaciens, les Schweitzer – sa mère est la cousine d’Albert Schweitzer. Le petit Sartre ne connaîtra pas son père, qui meurt de la fièvre jaune quinze mois après sa naissance.

L’image du père est pourtant là : c’est son grand-père, Charles Schweitzer, homme à la personnalité imposante, qui l’éduque avant qu’il n’entre à l’école publique à dix ans. De 1907 à 1917, le petit “Poulou”, comme on l’appelle, va donc vivre avec sa mère chez les parents de celle-ci. Il y passe dix années heureuses. Le petit Poulou va être adoré, choyé, félicité tous les jours, ce qui va sans doute construire chez lui un certain narcissisme. Dans la grande bibliothèque de la maison Schweitzer il découvre très tôt la littérature, et préfère lire plutôt que de fréquenter les autres enfants (enfance évoquée dans son autobiographie Les Mots).

Cette période se termine en 1917 : sa mère se remarie avec Joseph Mancy, ingénieur de la marine, que Sartre, alors âgé de 12 ans, ne finira jamais de haïr. Ils déménagent alors à La Rochelle, où il restera jusqu’à l’âge de 15 ans, trois années qui seront pour lui des années de calvaire : Sartre passe en effet du climat familial heureux à la réalité des lycéens qui lui paraissent violents et cruels.

Vers l’été 1920, malade, Jean-Paul Sartre est ramené d’urgence à Paris. Soucieuse de son éducation qui pourrait être “pervertie” par les mauvais garçons du lycée de La Rochelle sa mère décide que son fils restera à Paris.

À 16 ans, Sartre revient au lycée Henri-IV où il avait été élève en sixième et cinquième. Il y retrouve Paul Nizan, lui aussi apprenti écrivain, avec qui il nouera une forte amitié, jusqu’à sa mort en 1940. Épaulé par cette amitié, Sartre commence à se construire une personnalité. Pour l’ensemble de la “classe d’élite” – “option” latin et grec – dans laquelle il étudie, Sartre devient le SO, c’est-à-dire le “satyre officiel” : il excelle en effet dans la facétie, la blague.

Sartre, toujours accompagné de Paul Nizan, prépare le concours d’entrée à l’École normale supérieure au lycée Louis-le-Grand. Il y fait ses premières armes littéraires, en écrivant notamment deux petits contes, deux sinistres histoires de professeurs de province, dans lesquelles éclatent son ironie et son dégoût pour les vies conventionnelles. Dans le même temps Sartre reprend son rôle d’amuseur public avec Nizan, jouant blagues et petites scènes entre les cours. Deux ans après leur entrée à Louis-le-Grand, Sartre et Nizan sont tous deux reçus au concours de l’École normale supérieure de Paris (ENS).

Sartre se fait tout de suite remarquer dans ce que Nizan appelle “l’école prétendue normale et dite supérieure”. Sartre reste en effet le redoutable instigateur de toutes les plaisanteries, de tous les chahuts, allant jusqu’à provoquer un scandale en jouant avec ses amis un sketch antimilitariste dans la revue de l’ENS de 1927, après lequel Gustave Lanson, directeur de l’école, démissionnera. La même année, il signe avec ses condisciples, et à la suite d’Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine…, la pétition (parue le 15 avril dans la revue Europe), contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Sartre a ainsi déjà un goût pour la provocation et le combat contre l’autorité. Il acquiert aussi une grande notoriété parmi ses professeurs et se fait ovationner dans chacune de ses arrivées au réfectoire. Si Sartre est volontiers un boute-en-train, c’est aussi un grand travailleur, dévorant plus de 300 livres par an, écrivant chansons, poèmes, nouvelles, romans à tour de bras. Sartre se lie d’amitié avec d’aucuns qui deviendront par la suite célèbres, comme Raymond Aron, Maurice Merleau-Ponty ou encore Henri Guillemin.

Pourtant, au cours de ces quatre années à l’École normale supérieure, Sartre ne paraît pas s’intéresser à la politique. Spontanément anarchisant, il ne va à aucune manifestation, ne s’enflamme pour aucune cause.

À la surprise de ses admirateurs, qui s’interrogent sur une possible erreur du jury, Sartre échoue en 1928 au concours d’agrégation de philosophie auquel Raymond Aron est classé premier (Sartre dira lui-même avoir fait preuve de trop d’originalité).

Préparant d’arrache-pied le concours pour la seconde fois, il rencontre dans son groupe de travail Simone de Beauvoir, présentée par un ami commun, René Maheu, qui la surnommait “castor”, par référence à l’anglais beaver (qui signifie “castor” : d’une part, cet animal symbolise le travail et l’énergie, ou l’esprit constructeur de cet animal ; de l’autre la sonorité du mot beaver est proche de celle du nom “Beauvoir”). Ce surnom sera adopté par Sartre et elle deviendra sa compagne jusqu’à la fin de sa vie. Elle sera son “amour nécessaire” en opposition aux “amours contingents” qu’ils seront amenés à connaître tous deux. Sartre est reçu premier au concours d’agrégation à la seconde tentative, Simone de Beauvoir remportant la deuxième place.

En 1930, Raymond Aron lui conseille la lecture de Théorie de l’intuition dans la phénoménologie de Husserl, un ouvrage d’Emmanuel Lévinas. Sartre se procure l’ouvrage. La découverte de Husserl est un choc : “le sentiment, soudain, que quelqu’un lui aurait coupé l’herbe sous le pied”. Sartre se dit : “Ah, mais il a déjà trouvé toutes mes idées”.

Après son service militaire, Sartre (il a alors 26 ans) demande à être nommé au Japon, pays qui l’a toujours intéressé. Rêve brisé, puisqu’il est envoyé au lycée du Havre, aujourd’hui lycée François-Ier, à compter de mars 1931. C’est une épreuve pour Sartre, lui qui a tellement craint les vies rangées et qui a tellement critiqué dans ses écrits la vie ennuyeuse de professeur de province.

Sartre entre alors de plain-pied dans la vie réelle, le travail et la vie quotidienne. S’il choque quelque peu les parents et les professeurs par ses manières, comme arriver en classe sans cravate, il séduit cinq générations d’élèves, pour lesquels il est un excellent professeur, chaleureux et respectueux, et souvent un ami. De là naît sa complicité avec l’adolescence, un contact qu’il aimera toujours avoir tout au long de sa vie.

Il découvre Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline en 1932. Une œuvre qui marquera durablement Sartre.

Il prend la succession de Raymond Aron à l’Institut français de Berlin en 1933 et 1934, où il complète son initiation à la phénoménologie de Husserl. Il découvre l’ouvrage de Martin Heidegger, Sein und Zeit, (Être et Temps). Là encore, c’est un choc.

La gloire qu’il pensait obtenir depuis l’enfance, ces années au Havre la remettent en cause, puisque ses écrits sont refusés par les éditeurs. La notoriété arrivera avec son premier livre publié en 1938 chez Gallimard, La Nausée, roman philosophique (“phénoménologique”) et quelque peu autobiographique, marqué par l’influence de Céline, racontant les tourments existentiels d’Antoine Roquentin, célibataire de 35 ans et historien à ses heures. Il est entre temps muté à l’école normale d’instituteurs de Laon, en Picardie.

Deuxième bonne nouvelle : il est muté en octobre 1937 au lycée Pasteur de Neuilly, où il fait la connaissance de Robert Merle. Commence alors pour lui une brève phase de notoriété, avec La Nausée qui manquera de peu le prix Goncourt et la publication d’un recueil de nouvelles, Le Mur. Cette phase va être brusquement stoppée par la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il est mobilisé à Nancy.

Avant la guerre, Sartre n’a pas de conscience politique. Pacifiste, mais sans militer pour la paix, l’antimilitariste Sartre assume pourtant la guerre sans hésiter. L’expérience de la guerre et de la vie en communauté va le transformer du tout au tout. Pendant la drôle de guerre, il est engagé comme soldat météorologiste. Sa fonction lui laisse beaucoup de temps libre, qu’il utilise pour écrire énormément (en moyenne douze heures par jour pendant neuf mois, soit 2 000 pages, dont une petite partie sera publiée sous le titre de Carnets de la drôle de guerre). Il écrit d’abord pour éviter le contact avec ses compagnons de route car il supporte en effet assez mal les relations sérieuses et hiérarchiques que sont celles de l’armée.

La drôle de guerre prend fin en mai 1940, et le faux conflit devient bien réel. Le 21 juin, Sartre est fait prisonnier à Padoux, dans les Vosges, et est transféré dans un camp de détention en Allemagne de 25 000 détenus. Son expérience de prisonnier le marque profondément : elle lui enseigne la solidarité avec les hommes ; loin de se sentir brimé, il participe avec enjouement à la vie communautaire : il raconte histoires et blagues à ses copains de chambrée, participe à des matchs de boxe, écrit et met en scène une pièce pour la veillée de Noël, Bariona, ou le Fils du tonnerre.

Cette vie dans le camp de prisonniers est importante, car elle est le tournant de sa vie : dorénavant, il n’est plus l’individualiste des années 1930, mais se fixe un devoir dans la communauté.

En mars 1941, Sartre aurait été libéré grâce à un faux certificat médical, mais d’après les auteurs Gilles et Jean-Robert Ragache, il doit sa libération à l’intervention de Drieu la Rochelle : “À l’automne 40, Drieu avait noté dans son carnet une liste d’écrivains prisonniers — où figurait Sartre — suivie de la mention : Demander la libération des auteurs — contrepartie de mon action N.R.F.”. Il faut noter cependant qu’aucune recherche n’a pu mettre en évidence une quelconque existence de ce mouvement (Le Catalogue des périodiques clandestins diffusés en France de 1939 à 1945 publié par la Bibliothèque nationale en 1954 n’en fait aucune mention) ou d’activité de résistance de Sartre durant cette période, ce que confirme le journaliste résistant Henri Noguères à l’historien Gilbert Joseph :

“Je maintiens qu’en une vingtaine d’années consacrées à la recherche et à des travaux sur l’histoire de la Résistance en France, je n’ai jamais rencontré Sartre ou Beauvoir”.

Vladimir Jankélévitch lui reprochera d’ailleurs de s’être occupé davantage de l’avancement de sa carrière que de dénoncer ou contrarier l’occupant. En été 1941, il aurait traversé la province à vélo pour tenter en vain d’étendre le mouvement hors de la capitale et de rallier d’autres intellectuels comme Gide ou Malraux. Après l’arrestation de deux camarades, le groupe “Socialisme et liberté” se dissout vers la fin 1941.

En octobre 1941, Sartre est affecté au lycée Condorcet sur le poste de professeur de khâgne en remplacement de Ferdinand Alquié. Ce poste était initialement occupé par le professeur Henri Dreyfus-Le Foyer (jusqu’en 1940) évincé en raison de sa qualité de juif. Ce fait révélé en octobre 1997 par Jean Daniel dans un éditorial du Nouvel Observateur sera reproché à Sartre. Ingrid Galster se pose la question de la qualité de l’engagement de Sartre et remarque “qu’il l’ait voulu ou non voulu : objectivement, il profitait des lois raciales de Vichy” Il publie à cette époque plusieurs articles pour la revue collaborationniste Comœdia, fondée le 21 juin 1941 par René Delange, et contrôlée par la Propaganda-Staffel.

Malgré la dissolution du groupe “Socialisme et liberté”, Sartre ne renonce pas pour autant à la résistance qu’il continue par la plume. Il fait jouer, en 1943, une pièce qu’il a composée, Les Mouches, reprenant le mythe d’Électreet qui est un appel symbolique à résister à l’oppresseur. C’est lors de la Première qu’il fait la connaissance de Camus. En cette période d’occupation, la pièce n’a pas le retentissement escompté : salles vides, représentations interrompues plus tôt que prévu. Pour Jean Amadou, cette représentation est plus ambiguë : “En 1943, dans l’année la plus noire de l’Occupation, il fit jouer à Paris Les Mouches. C’est-à-dire qu’il fit très exactement ce que fit Sacha Guitry, donner ses pièces en représentation devant un parterre d’officiers allemands, à cette différence qu’à la Libération Guitry fut arrêté alors que Sartre fit partie du Comité d’épuration, qui décidait quel écrivain avait encore le droit de publier et quel autre devait être banni. André Malraux qui, lui, avait risqué sa vie dans la Résistance, ne se crut pas autorisé pour autant à faire partie de ce tribunal autoproclamé”.

La même année, il publie L’Être et le Néant, ouvrage influencé par les idées du philosophe allemand Heidegger, dans lequel il fait le point sur son système de pensée et en approfondit les bases théoriques. Du 17 janvier au 10 avril 1944, il livre douze émissions pour Radio-Vichy. Il écrit ensuite une pièce de théâtre, Les Autres, qui deviendra Huis clos, joué en mai 1944 et qui, elle, rencontre un franc succès, notamment auprès des officiers allemands invités à la première représentation.

Peu avant la libération, Sartre est recruté par Camus pour le réseau résistant Combat, il devient reporter dans le journal du même nom, et décrit dans les premières pages, la libération de Paris. Là commence sa renommée mondiale. Il est envoyé en janvier 1945 aux États-Unis pour écrire une série d’articles pour Le Figaro, (journal de droite alors qu’il se disait socialiste) et y est accueilli comme un héros de la Résistance.

La guerre a donc doublement coupé sa vie en deux : auparavant et jusqu’à l’Être et le Néant, philosophe de la conscience individuelle, peu concerné par les affaires du monde, Sartre se transforme en intellectuel engagé politiquement. Professeur parisien connu dans le monde intellectuel, il devient après la guerre une sommité internationale.

En 1945, Jean-Paul Sartre s’installe au 42 Rue Bonaparte, il y a vécu jusqu’en 1962.

Après la Libération, Sartre connaît un succès et une notoriété importante ; il va, pendant plus d’une dizaine d’années, régner sur les lettres françaises. La diffusion de ses idées existentialistes se fera notamment au travers de la revue qu’il a fondée en 1945, Les Temps modernes. Sartre y partage sa plume, avec entre autres, Simone de Beauvoir, Merleau-Ponty et Raymond Aron. Dans le long éditorial du premier numéro, il pose le principe d’une responsabilité de l’intellectuel dans son temps et d’une littérature engagée. Pour lui, l’écrivain est dans le coup “quoi qu’il fasse, marqué, compromis jusque dans sa plus lointaine retraite (…) L’écrivain est en situation dans son époque”. Cette position sartrienne dominera tous les débats intellectuels des années 1960 aux années 1980. La revue est toujours considérée comme l’une des plus prestigieuses revues françaises au niveau international. Ainsi, Sartre met fin à la tradition philosophique de la neutralité de l’écrivain, telle qu’elle s’était manifestée en France et en Allemagne pendant le pétainisme et le nazisme, et reniant ainsi ses précédentes positions lorsqu’il écrivait pour une revue collaborationniste proche des milieux pétainistes.

Lorsqu’en octobre 1945 Sartre fait une conférence dans une petite salle, c’est un événement: une foule nombreuse tente d’entrer, les gens se bousculent, des coups partent, des femmes s’évanouissent ou tombent en syncope. Sartre y présente un condensé de sa philosophie, qui sera retranscrit dans L’existentialisme est un humanisme. Sa publication, par l’éditeur Nagel, est faite à l’insu de Sartre qui juge la transcription ex abrupto, nécessairement simplificatrice, peu compatible avec l’écriture et le travail du sens que celle-ci implique. Sartre veut à l’époque se rapprocher des marxistes, qui rejettent une philosophie de la liberté radicale, susceptible d’affaiblir les certitudes indispensables au militant : dans le texte de la conférence Sartre expose le leitmotiv de l’existentialisme, l’homme ne peut pas refuser sa liberté, la liberté tend au futur, tout acte de liberté est projet, la réalisation d’un projet individuel modifie la réalisation d’autres projets individuels, chaque individu est responsable vis-à-vis de son projet individuel et du projet des autres, la liberté est le fondement de toutes les valeurs humaines, l’engagement dans les choix des sociétés rend l’homme un homme à part entière.

Tout le beau monde se veut maintenant “être” existentialiste, “vivre” existentialiste. Saint-Germain-des-Prés, lieu où habite Sartre, devient le quartier de l’existentialisme, en même temps qu’un haut lieu de vie culturelle et nocturne : on y fait la fête dans des caves enfumées, en écoutant du jazz, ou encore en allant au café-théâtre. Phénomène rare dans l’histoire de la pensée française, une pensée philosophique technique et austère trouve, dans un très large public, un écho inhabituel. On peut expliquer cela par deux facteurs : tout d’abord l’œuvre de Sartre est multiforme et permet à chacun de trouver son niveau de lecture, ensuite l’existentialisme, qui clame la liberté totale, ainsi que la responsabilité totale des actes de l’homme devant les autres et devant soi-même, se prête parfaitement à ce climat étrange d’après-guerre où se mêlent fête et mémoire des atrocités. L’existentialisme devient donc un véritable phénomène de mode, plus ou moins fidèle aux idées sartriennes, et par l’ampleur de laquelle l’auteur semble un peu dépassé.

Ces années ne doivent pas laisser croire à une “vie de paillettes”. Le philosophe met sa plume au service des minorités délaissées, en particulier les Juifs français et les Noirs. En effet, il publie en 1945 plusieurs articles sur la condition des Noirs aux États-Unis, sur le racisme et les discriminations dont ils sont victimes. Ces articles sont consultables dans la nouvelle édition de Situations II.

En 1946, il publie ses Réflexions sur la question juive dont le “Portrait de l’antisémite” avait été publié dès 1944 dans sa revue des Temps Modernes. Il s’attaque alors à l’antisémitisme en France à une période où les Juifs qui rentrent des camps sont rapidement délaissés.

En 1948, il écrit une introduction pour l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, de Léopold Sedar Senghor, publié aux PUF, repris dans Situations III. Orphée Noir est une critique du colonialisme et du racisme à l’aune de la philosophie qu’il avait développée en 1943 dans L’être et le néant.

Pendant ce temps, Sartre va affirmer son engagement politique en éclairant sa position, au travers de ses articles dans Les Temps modernes : Sartre épouse, comme beaucoup d’intellectuels de son époque, la cause de la révolution marxiste, mais sans pour autant donner ses faveurs au Parti communiste, aux ordres d’une URSS qui ne peut satisfaire l’exigence de liberté. Simone de Beauvoir, Sartre et ses amis continuent donc à chercher une troisième voie, celle du double refus du capitalisme et du stalinisme. Il soutient Richard Wright, un écrivain noir américain ancien membre du Parti communiste américain exilé en France dès 1947.

Dans sa revue Les temps modernes, il prend position contre la guerre d’Indochine, s’attaque au gaullisme et critique l’impérialisme américain, sachant qu’il se rendit là-bas en 1945 comme journaliste du Figaro pour populariser ses théories. Une fois de retour en France, il ira jusqu’à affirmer, dans cette même revue, que “tout anti-communiste est un chien”.

C’est alors que Sartre décide de traduire sa pensée en expression politique : en participant à la fondation d’un nouveau parti politique, le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). Mais malgré le succès de quelques manifestations, le RDR n’atteindra jamais un effectif suffisant pour devenir un véritable parti. Sartre donne sa démission en octobre 1949.

La guerre de Corée, puis la répression musclée d’une manifestation antimilitariste du PCF pousse Sartre à choisir son camp : Sartre voit alors dans le communisme une solution aux problèmes du prolétariat. Ce qui lui fait dire : “Si la classe ouvrière veut se détacher du Parti (PCF), elle ne dispose que d’un moyen : tomber en poussière”.

Sartre devient un compagnon de route du Parti communiste entre les années 1952 et 1956. Dès lors, il participe à sa mouvance : il prend la présidence de l’Association France-URSS. En 1954, il déclare “Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique”. Il devient membre du Conseil mondial de la paix.

Ce ralliement idéel de Sartre au communisme sépare de même Sartre et Camus, très proches auparavant. Pour Camus, l’idéologie marxiste ne doit pas prévaloir sur les crimes staliniens, alors que pour Sartre on ne doit pas utiliser ces faits comme prétexte à l’abandon de l’engagement révolutionnaire.

Cette fidélité au PCF va tenir jusqu’en automne 1956, date à laquelle les chars soviétiques écrasent l’insurrection de Budapest. Après avoir signé une pétition d’intellectuels de gauche et de communistes contestataires, il donne le 9 novembre une longue interview au journal l’Express (journal mendésiste), pour se démarquer de manière radicale du parti.

L’existentialisme semble en perte de vitesse, dans les années 1960, l’influence de Sartre sur les lettres françaises et l’idéologie intellectuelle diminue peu à peu, notamment face aux structuralistes comme l’ethnologue Lévi-Strauss, le philosophe Foucault ou le psychanalyste Lacan. Le structuralisme s’oppose à l’existentialisme : il n’y a en effet dans le structuralisme que peu de place pour la liberté humaine, chaque homme est imbriqué dans des structures qui le dépassent. En fait Sartre, défenseur de la primauté de la conscience sur l’inconscient et de la liberté sur la nécessité des structures sociales, ne prend pas la peine de discuter de ce nouveau courant qu’est le structuralisme : il préfère se dédier à l’analyse du XIXème siècle, de la création littéraire, et surtout à l’étude d’un auteur qui l’avait toujours fasciné, Flaubert. De plus dans les années 1960 sa santé se détériore rapidement. Sartre est prématurément usé par sa constante suractivité littéraire et politique, mais aussi par le tabac et l’alcool qu’il consomme en grandes quantités. Le 10 décembre 1964, fait qui aura un très grand retentissement dans le monde, il refuse le prix Nobel de littérature car, selon lui, “aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant”. Il avait de même refusé la Légion d’honneur, en 1945, ou encore une chaire au Collège de France. Ces honneurs auraient, selon lui, aliéné sa liberté, en faisant de l’écrivain une espèce d’institution. Cette action restera célèbre car elle illustre bien l’état d’esprit de l’intellectuel qui se veut indépendant du pouvoir politique.

En 1964, il adopte Arlette Elkaïm.

Si Sartre a pris ses distances avec le parti communiste (même si, à la suite d’un de ses voyages en Union soviétique en juillet 1964, il donne cinq longs entretiens dans le quotidien Libération qui résume la teneur du premier d’entre eux par ce titre : La liberté de critique est pleine et entière en URSS), il continue de s’engager pour de nombreuses causes. Il est une des cibles du Congrès pour la liberté de la culture, une association culturelle anticommuniste fondée en 1950.

En 1950 éclate l’affaire Henri Martin, un marin et militant du Parti communiste français est arrêté pour avoir distribué des tracts contre la guerre d’Indochine dans une enceinte militaire, l’arsenal de Toulon. L’accusation porte également sur un acte de sabotage en faveur du Viêt Minh, accusation dont il est lavé par le tribunal de Toulon, pourtant exclusivement composé d’officiers. Jean-Paul Sartre s’engage en publiant notamment un ouvrage, L’affaire Henri Martin, qui résume les arguments de la défense. Preuve de la grande portée de cette affaire, d’autres intellectuels de gauche renommés participent au même ouvrage : Michel Leiris, Hervé Bazin, Prévert, Vercors… Jusqu’à la fin de la guerre, Sartre restera très vigilant, coordonnant notamment un numéro spécial des Temps Modernes (Viet Nam, octobre 1953).

Dès 1956, Sartre et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l’idée d’une Algérie française et soutiennent le désir d’indépendance du peuple algérien. Sartre s’élève contre la torture, revendique la liberté pour les peuples de décider de leur sort, analyse la violence comme une gangrène, produit du colonialisme. Dans sa célèbre préface des Damnés de la Terre, œuvre de Frantz Fanon qui étudie les rapports entre violence et oppression, il va jusqu’à écrire : “il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant”. Cette citation sera par la suite abondamment reprise et commentée. En 1960, lors du procès des réseaux de soutien au FLN, il se déclare “porteur de valise” du FLN.

Ces prises de position ne sont pas sans danger, son appartement sera plastiqué deux fois par l’OAS, et Les Temps modernes saisis cinq fois.

Sartre soutient activement la révolution cubaine dès 1960, comme un grand nombre d’intellectuels tiers-mondistes. En juin 1960, il écrit dans France-Soir 16 articles intitulés Ouragan sur le sucre. Mais il rompt avec le líder máximo en 1971 à cause de l’“affaire Padilla¨, lorsque le poète cubain Heberto Padilla est emprisonné pour avoir critiqué le régime castriste. Il dira de Fidel Castro : “Il m’a plu, c’est assez rare, il m’a beaucoup plu”. Face à la répression des homosexuels, Sartre déclare que “les homosexuels sont les juifs de Cuba.

Sartre, qui a déjà publié en 1960 le tome I de la Critique de la raison dialectique et prépare le tome II, paru inachevé et posthume, participe activement aux événements de mai 1968. Déjà en 1967, il était revenu sur le devant de la scène en présidant avec Bertrand Russell le tribunal Russell, un tribunal autoproclamé, une assemblée internationale d’intellectuels, de militants et de témoins chargés de juger les guerres et de les condamner, en particulier la guerre des Américains au Vietnam.

S’il n’a pas été l’inspirateur des événements de mai 1968, il se fera l’écho de la révolte dans la rue, sur les estrades, dans les journaux, et aux portes des usines en grève. Il interviewe le leader Daniel Cohn-Bendit dans Le Nouvel Observateur, lui donnant l’occasion de s’expliquer dans un grand hebdomadaire. À maintenant 63 ans, il se rend à la Sorbonne investie par les étudiants, afin de discuter avec eux. Il dénonce ensuite les “élections pièges à cons” de de Gaulle.

Sur le plan international, il condamne fermement l’intervention soviétique contre le printemps de Prague en Tchécoslovaquie.

De plus en plus fatigué et usé, Sartre continue la lutte “gauchiste” en soutenant le mouvement mao. Le journal révolutionnaire La Cause du Peuple menacé de disparaître sous la pression des autorités pompidoliennes, il décide en 1971 d’en devenir le directeur afin de le protéger, et descend dans la rue, avec notamment Simone de Beauvoir et Michèle Vian, pour le vendre. Il fait de même avec deux autres journaux maoïstes, Tout et J’accuse inspiré de Zola. Au printemps 1973, Sartre lance avec Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier, un quotidien populaire, Libération ; Jean-Paul Sartre et Jean-Claude Vernier en sont les premiers directeurs de publication, et le restent jusqu’à leur démission le 24 mai 1974 pour désaccord avec Serge July, qui leur succède. Pendant toute cette période il se lie avec divers autres mouvements gauchistes et féministes, prêtant volontiers son nom afin de les aider.

Sartre va s’occuper, alors qu’il arrive à la fin de sa vie, du conflit israélo-palestinien. Tout en reconnaissant la légitimité de l’État d’Israël, il dénonce les conditions de vie déplorables des Palestiniens qui expliqueraient le recours au terrorisme.

En 1976, il accepte le seul titre honorifique de sa carrière, celui de docteur honoris causa de l’université de Jérusalem, qui lui est remis à l’ambassade d’Israël à Paris par le philosophe Emmanuel Levinas. Il accepte ce titre pour des raisons “politiques” afin de créer une “liaison entre le peuple palestinien que je soutiens et Israël dont je suis l’ami”.

À presque 66 ans, le 18 mai 1971, Sartre est victime d’une attaque qui le laisse très affaibli. Le 5 mars 1973, une seconde attaque lui laisse la vie sauve, mais lui enlève presque totalement la vue. Sartre entre dans ses années d’ombre. Déjà diminué, il est alors contraint de décider “librement” que son œuvre est achevée, et qu’il ne finira donc jamais le tome IV de son Flaubert. Cela ne l’empêchera néanmoins pas de continuer à penser et à produire : il engage comme secrétaire un jeune normalien Benny Lévy, connu lorsque ce dernier dirigeait le groupe maoïste de La Gauche prolétarienne, qui est chargé de lui faire la lecture, et avec qui il débat parfois violemment. Un an plus tard sort l’ouvrage On a raison de se révolter, livre d’entretiens avec Benny Lévy et Philippe Gavi, où Sartre évoque, entre autres, les problèmes liés à l’engagement contestataire.

Sartre poursuit son devoir d’engagement moral jusqu’au bout : quelques interventions politiques, telles que la visite à Andreas Baader, le révolutionnaire allemand emprisonné près de Stuttgart, et un voyage de soutien à la révolution des œillets au Portugal, font renaître dans les milieux de l’extrême gauche européenne des élans de sympathie pour le vieil homme.

Il signe aussi différents appels pour la libération de dissidents soviétiques, et, lors de la rencontre entre Brejnev et Valéry Giscard d’Estaing à Paris en 1977, Sartre organise au même moment une rencontre avec des dissidents soviétiques. Ce soir-là, pour Sartre entouré de Michel Foucault, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Simone Signoret et bien sûr Simone de Beauvoir, 105 radios et télévisions sont venues du monde entier, plus qu’à l’Élysée pour Brejnev. La même année, il signe avec Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Jack Lang, Bernard Kouchner la lettre ouverte parue dans Le Monde à la veille du procès de Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckardt accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des filles et des garçons de 13 et 14 ans.

Jean-Paul Sartre a condamné l’intervention américaine au Vietnam, au Laos et au Cambodge dans les années 1960 et 70 et accordé, comme la majeure partie de la gauche mondiale, son soutien aux mouvements communistes indochinois, y compris aux Khmers Rouges, jusqu’à leur victoire en 1975.

En 1979, un dernier événement médiatique pour Sartre émeut le grand public : accompagné de son meilleur ennemi Raymond Aron, et du jeune philosophe André Glucksmann, un Sartre très affaibli se rend à l’Élysée pour demander à Valéry Giscard d’Estaing d’accueillir des réfugiés d’Indochine, les “boat people”, qui se noient par centaines en tentant de quitter le Viêt Nam. Indépendamment des différences d’opinions politiques auxquelles il attache désormais moins d’importance, Sartre affirme, au crépuscule de sa vie, l’exigence de sauver des vies partout où elles sont menacées. Sartre a également adhéré, avec Simone de Beauvoir, au comité de soutien à l’ayatollah Khomeyni, opposant principal au régime impérial du Shah, lorsque celui-ci vit en exil à Neauphle-le-Château.

Entre 1978 et 1980, Benny Lévy fait découvrir à Sartre l’œuvre d’Emmanuel Levinas. Des entretiens de Sartre avec Benny Lévy sur Levinas et sur le judaïsme résulte le dialogue L’Espoir maintenant, publié dans Le Nouvel Observateur, sur trois numéros, le 10, le 17 et le 24 mars 1980.

L’Espoir maintenant provoque un scandale. Benny Lévy est accusé par l’entourage de Sartre d’avoir abusé de son état de faiblesse pour lui imposer sa pensée. Olivier Todd parle d’un “détournement de vieillard”, tant semble différente la parole de Sartre dans ces entretiens. Simone de Beauvoir reproche à Benny Lévy d’avoir contraint Sartre à des déclarations démentes. Jean Guitton tient de telles déclarations pour un reniement de l’athéisme de Sartre et y voit l’influence de son nouveau et dernier secrétaire. John Gerrasi, l’un des biographes de Sartre, dénonce la “manipulation diabolique” de Benny Lévy, “un petit chef de guerre fanatique”, “un juif égyptien”, devenu “rabbin et talmudiste”. L’avocate Gisèle Halimi, qui a été une amie très proche du philosophe depuis 1957, est revenue, en 2005, sur ces propos en affirmant : “Cet interview est incontestablement un faux […]. Ce n’est pas du Sartre libre jouissant de toutes ses facultés”.

Toutefois, Jean Daniel, le directeur du Nouvel Observateur, témoigne que Sartre est parfaitement conscient de ce qu’il fait en publiant L’Espoir maintenant. Il a fallu que Sartre appelle Jean Daniel pour que ce dernier décide de le publier. Daniel lui a demandé : “Vous avez le texte près de vous ? – Je l’ai en tête”, a répondu Sartre. Et, en effet, “il le connaissait par cœur”, assure Daniel. C’est le dernier scandale que Sartre a provoqué.

Atteint d’urémie, Jean-Paul Sartre s’éteint le 15 avril 1980 à près de 75 ans à l’hôpital Broussais de Paris, à la suite d’un œdème pulmonaire.

Dans le monde entier, l’annonce de sa mort provoque une émotion considérable. Pour son enterrement, le 19 avril 1980, cinquante mille personnes descendent dans les rues de Paris, accompagnant son cortège pour lui rendre un ultime hommage ; une foule énorme, sans service d’ordre, pour celui qui aura su captiver trois générations de Français. Parmi eux, ses anciens élèves des années du Havre ou de Paris, les camarades de la Libération et les communistes des années 1950, les anciens militants de la paix en Algérie, enfin de jeunes maos.

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris (14ème), dans la 20ème division — juste à droite de l’entrée principale boulevard Edgar-Quinet. Simone de Beauvoir, décédée le 14 avril 1986, est inhumée à ses côtés. Sur la tombe, une plaque porte cette simple inscription : “Jean-Paul Sartre, 1905-1980”.

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