Au-dessous du volcan

audessousduvolcanAu-dessous du volcan est un roman écrit par l’écrivain anglais Malcolm Lowry (1909-1957), publié en 1947. Le roman raconte l’histoire de Geoffrey Firmin, consul britannique alcoolique dans la petite ville mexicaine de Quauhnahuac, le Jour des Morts, le 2 novembre 1938. Le livre tient son nom des deux volcans qui font de l’ombre à Quauhnahuac et les personnages, Popocatepetl et Iztaccihuatl. Au-dessous du volcan, le deuxième et dernier roman de Lowry, est la base de sa réputation comme l’un des romanciers les plus importants du XXème siècle.


Le roman a été adapté à la radio sur Studio One en 1947 mais était épuisé au moment du décès de Lowry. Sa popularité restaurée, il a été adapté en film en 1984. En 1998, la Modern Library a élu Au-dessous du volcan à la 11ème place de sa liste des 100 meilleurs romans de la langue anglaise du XXème siècle.

Lowry avait déjà publié un roman, Ultramarine (1933), au moment où il travaillait sur Au-Dessous du volcan, et en 1936 a écrit une nouvelle éponyme contenant le fond du roman à venir. Cette histoire n’a pas été publiée avant les années 1960 ; des passages se retrouvent également dans le récit de Sigbjorn Wilderness, que l’on trouve dans Sombre comme la tombe où repose mon ami, édité par Margerie Bonner (la seconde femme de Lowry) et publié en 1968. Il contient ce que Conrad Aiken appellera plus tard “le thème du cheval”, si important dans Au-dessous du volcan. L’histoire inclut le cheval marqué du chiffre sept, l’Indien mourant rencontré lors d’un voyage en bus, le pelado qui vole l’argent de l’indien pour payer son ticket de bus, et l’incapacité du spectateur (Wilderness dans la nouvelle, le Consul dans le roman) à agir. Tout cela a fini dans le huitième chapitre du roman.

La première version du roman a été développée tandis que Lowry vivait à Mexico, fréquemment saoul et incontrôlable alors que son mariage se brisait. En 1940, Lowry a employé un agent, Harold Matson, pour trouver un éditeur pour le manuscrit mais n’a trouvé que du rejet – les universitaires se réfèrent à ce manuscrit sous le nom de version de 1940, et diffère en détails de diverses importances de la version publiée. Entre 1940 et 1944, Lowry a révisé le roman (avec l’aide de rédaction importante de la part de Margerie Bonner), processus qui l’a occupé complètement : durant ces années, Lowry, qui avait l’habitude de travailler sur de nombreux projets en même temps, n’a travaillé sur rien d’autre que le manuscrit, processus documenté de manière exhaustive par Frederick Asals. L’un des changements les plus importants impliquait le personnage d’Yvonne : dans les premières versions, c’était la fille du Consul. En 1940, c’était sa femme infidèle, et dans cette version (et une révision de 1941), le chapitre II se terminait par elle et Hugh qui faisait l’amour. Une réécriture drastique en 1944 a changé sa fin et celle du roman : Yvonne meurt à la fin du chapitre, renversée par le cheval sans cavalier lâché par le Consul à Parian, événement raconté dans le chapitre 12.

En 1944, le manuscrit a pratiquement été perdu dans un incendie chez Lowry à Dollarton en Colombie Britannique. Margerie Bonner a sauvé le roman non terminé, mais toutes les autres œuvres en progrès de Lowry ont été perdues dans le brasier. Le manuscrit brûlé s’intitulait In Ballast to the White Sea, et aurait été le troisième livre d’une trilogie comprenant Au-dessous du volcan, une version longue du Caustique lunaire, et In Ballast. À l’instar de la Divine Comédie de Dante, ce devait être l’enfer, le purgatoire et le paradis, respectivement. Asals note que l’importante révision de 1944 atteste que Lowry et Bonner payent une attention extraordinaire aux références au feu dans le roman, en particulier dans le rêve d’Yvonne avant sa mort.

Le roman a été fini en 1945 et a été immédiatement envoyé à différents éditeurs. À la fin de l’hiver, alors qu’il voyageait au Mexique, Lowry a appris que le roman avait été accepté par deux maisons d’édition : Reynal & Hitchcock aux États-Unis et Jonathan Cape au Royaume-Uni. À la suite de rapports critiques de deux lecteurs, Cape a eu des réserves sur la publication et a écrit à Lowry le 29 novembre 1945 lui demandant de faire de drastiques révisions, “cela ne veut pas nécessairement dire que je dirais non”. La longue réponse de Lowry, datée du 2 janvier 1946, était une défense passionnée du livre dans laquelle il sentait qu’il avait créé une œuvre d’une grandeur durable : “Qu’il se vende ou pas, dans les deux cas, c’est un risque. Mais il y a quelque chose à propos de la destinée de la création du livre qui semble me dire qu’il pourrait se vendre pendant très longtemps”. La lettre incluait un résumé détaillé des thèmes clés du livre et comment l’auteur avait conçu la fonction de chacun des 12 chapitres ; à la fin, Cape a publié le roman sans autre révision.

Au-dessous du volcan et Ultramarine étaient tous deux épuisés au moment de la mort de Lowry des suites de l’alcoolisme (et possiblement de la consommation de somnifères) en 1957, mais le roman est revenu depuis. En 1998, il a été classé à la 11ème place de la liste des 100 meilleurs romans du XXème siècle compilée par la Modern Library. Le Time a inclus le roman dans sa liste des “100 meilleurs livres de la langue anglaise de 1923 à aujourd’hui”, le nommant un “portrait vertigineux d’auto-destruction, vue au-travers les yeux d’un homme encore lucide pour nous rapporter toutes les circonstances pénibles”.

Le livre est constitué de douze chapitres, le premier qui présente la narration au sens propre du terme et qui est situé exactement un an après les événements. Les onze chapitres suivants ont lieu en un jour et suivent le Consul de manière chronologique, commençant tôt le matin du Jour des Morts avec le retour de sa femme, Yvonne, qui l’a quitté l’année d’avant, à sa mort violente à la fin de la journée. En contraste avec le mode de narration omniscient de la version de 1940, le roman publié “concentre chaque chapitre au-travers l’esprit d’un personnage central, aucun chapitre séquentiel n’employant la conscience du même personnage”.

Le nombre de chapitres était important sur le plan de la numérologie, comme Lowry l’a expliqué dans une lettre à Jonathan Cape : il y a douze heures en une journée (et la majeure partie du roman se déroule en un jour), douze mois en une année (une année s’écoule entre le chapitre 1 et la fin du chapitre 12). De plus, le numéro 12 est d’une importance symbolique dans la Kabbale qui, selon Lowry, représente les aspirations spirituelles de l’homme”. Finalement, “Je devais avoir mes 12”, dit Lowry, puisqu’il entend dedans “une horloge qui sonne lentement les douze coups de minuit pour Faust”.

Au-dessous du volcan est particulièrement riche en symbolisme, et de références et allusion à d’autres écrivains et œuvres littéraires. L’influence du Docteur Faust de Christopher Marlowe traverse le roman, et les références aux Fleurs du mal de Charles Baudelaire, aux tragédies de William Shakespeare et la Divine Comédie de Dante enrichissent la signification du roman.

Les critiques ont remarqué que la version de Marlowe du mythe de Faust est “la source la plus importante pour Lowry dans Au-dessous du volcan”. Lowry fait des allusion au Faust de Goethe également et utilise une citation pour l’un de ses trois épigraphes mais celle de Marlowe domine, avec le Consul étant suggéré comme un magicien noir faustien par Hugh. Le Consul “s’associe souvent avec Faust comme une âme souffrante qui ne peut demander le salut, ou qui court même vers l’enfer”, et parodie la réplique de Marlowe sur Hélène de Troie (“est-ce le visage qui lança aux flots des milliers de navires, / et embrassa les hautes tours d’Ilion ?”) en regardant un coq se battre dans un bar, “Est-ce le visage qui lança aux flots cinq cent navires, et trahit le Christ en étant l’hémisphère ouest ?”.

Un jeu littéraire fondé sur les Sorts virgiliens est important ; il s’agit d’une forme de divination par bibliomancie dans laquelle le conseil et les prédictions de l’avenir sont recherchés en sélectionnant au hasard un passage de l’Énéide de Virgile, mais avec Shakespeare remplaçant Virgile. Le Consul (qui “était ravi du jeu absurde”) se réfère au jeu dans le chapitre 7 utilisant la Machine infernale de Jean Cocteau. Exactement un an plus tard, Laruelle y rejoue, cette fois avec l’exemplaire de Eight Famous Elizabethan Plays du Consul. Après deux vers et un autre extrait du Docteur Faust et un passage du Jour de fête du cordonnier de Thomas Dekker, le livre s’ouvre sur la dernière page du Docteur Faust, et les quatre vers que lit Laruelle sont particulièrement appropriés au Consul : “Coupée est la branche qui aurait pu pousser droit, … Faust est parti : regardez sa chute infernale”.

De nombreux symboles individuels du roman sont liés les uns aux autres et aux modèles littéraires de Lowry. Le jardin sauvage et envahi par les mauvaises herbes du Consul, qui représente sa vie, fait allusion au Jardin d’Éden ; le barranca symbolise et devient sa tombe. Au cours du roman, le numéro 7 apparaît – marqué sur le cheval qui est rencontré dans de nombreux chapitres, et souvent comme marqueur de temps : le Jour des Morts de Laruelle, dans le premier chapitre, se finit à 7h du soir ; Yvonne retourne au Consul à 7h du matin et la journée qui occupe les chapitres 2 à 12 finit à 7h du soir ; à la fin du roman, l’horloge sonne sept fois et un coq apparaît pour confirmer la croyance indienne que “un coq qui chante sept fois annonce la mort”, tandis que l’horloge annonce également l’ouverture du septième sceau.

Une première critique du livre, par R.W. Flint dans The Kenyon Review, l’a nommé “l’un des romans les plus agréables à lire à paraître depuis la guerre” mais a fini par le critique sévèrement pour son “côté seconde main”, disant qu’il manque à Lowry “la confiance de l’innovateur”.

John Huston a réalisé l’adaptation cinématographique de 1984, Au-dessous du volcan, avec Albert Finney, Jacqueline Bisset, Anthony Andrews et Katy Jurado. Elle a reçu des nominations aux Oscars pour Meilleur acteur (Albert Finney) et Meilleure musique et bande originale.jo

Volcano: An Inquiry Into The Life And Death Of Malcolm Lowry (1976) est un documentaire du National Film Board Of Canada produit par Donald Brittain et Robert A. Duncan et réalisé par Brittain et John Kramer. Il s’ouvre par l’enquête criminelle sur la “mort par mésaventure” de Lowry et retourne dans le temps pour retracer la vie de l’écrivain. Des extraits du roman de Lowry sont lus par Richard Burton sur des images tournées au Mexique, aux États-Unis, au Canada et en Angleterre.

Le roman a été l’inspiration de la chanson de 1971, The Consul At Sunset par Jack Bruce et Pete Brown.

Article précédent
Article suivant
Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :