Un autre Pays

unautrepaysUn autre Pays (Another Country) est un roman de 1962 écrit par James Baldwin. Le roman est situé dans le Greenwich Village à la fin des années 1950. Il représentait de nombreux thèmes qui étaient tabous à l’époque de sa parution dont la bisexualité, les couples interraciaux et les aventures extra-maritales.

Baldwin a commencé à écrire Un autre Pays dans le Greenwich Village en 1948 et a continué à écrire le roman à Paris et à nouveau New York. Malgré sa réticence secrètement avouée d’apporter “Un autre Pays, non terminé, dans encore un autre pays”, Baldwin a fini le livre à Istanbul en 1962. En 1959, au milieu d’une célébrité grandissante, Baldwin a reçu une subvention de 12 000 $ de la part de la Fondation Ford pour soutenir son travail sur le livre.

Baldwin était retourné aux États-Unis en 1957, en partie pour couvrir la campagne de droits civils croissante menée par Martin Luther King Jr.. Baldwin admirait King, mais cherchait à représenter des relations plus profondes que “l’amour fraternel” de King.

Le premier cinquième de un autre Pays raconte la chute du batteur de jazz Rufus Scott. Rufus commence une relation avec Leona, femme blanche du Sud et la présente à son cercle social, dont son ami le plus proche, le romancier qui tire le diable par la queue, Vivaldo, son mentor au succès plus grand, Richard, et la femme de ce dernier, Cass. Bien que la relation soit au début frivole, elle se transforme en chose plus sérieuse tandis qu’ils continuent à vivre ensemble.  Rufus devient habituellement physiquement violent envers Leona et elle finit dans un hôpital psychiatrique dans le Sud. Rufus retourne à Harlem avec une profonde dépression et se suicide en se jetant du pont George Washington.

Le reste du livre explore les relations entre les amis de Rufus, sa famille et ses connaissances à la suite de sa mort. Les amis de Rufus ne comprennent pas le suicide, et ressentent de la culpabilité envers sa mort. Après s’être rapprochés, Vivaldo commence une relation avec la sœur de Rufus, Ida, qui est éreintée par la tension raciale et l’amertume d’Ida après la mort de son frère.

Eric, le premier amant de Rufus, acteur, revient à New York après des années à vivre en France, où il a rencontré son amant de longue date, Yves. Eric revient dans le cercle social du roman mais est plus calme et posé que la majeure partie de la clique.

Les relations de tout le monde se tendent au fur et à mesure du roman. Ida commence une liaison avec Ellis, publicitaire qui promet de l’aider dans sa carrière de chanteuse. Cass, qui se sent délaissée par la carrière d’écrivain de Richard, a une liaison avec Eric après son arrivée à New York. Au moment culminant du roman, Cass parle à Richard de sa liaison avec Eric, Eric et Vivaldo ont un rapport sexuel, et Vivaldo apprend la relation de Ida avec Ellis.

Le livre utilise un narrateur à la troisième personne qui est néanmoins proche des émotions des personnages.

Baldwin a nommé Rufus “le cadavre noir qui flotte dans le psyché national”, ainsi qu’une figure de Christ – un symbole vivant (et mourant) des hommes noirs qui souffrent. La mort de Rufus a été décrite comme équivalent à un meurtre.

Comme Rufus vit dans une époque majoritairement raciste, sa vie est constamment affectée par une assimilation de ce racisme au point où il se déteste. Au cours du roman, les effets de cette oppression intériorisée sont évidents : il est sexuel avec tout personne blanche – violemment sexuel, parce qu’il cherche le pouvoir ; il se sent déçu de lui à cause de sa sœur noire fière, Ida, et évite le soutien de sa famille durant le dernier jour de sa vie.

Le concept d’“un autre pays” reflète non seulement le retour d’Eric aux États-Unis depuis la France, mais également les sentiments d’aliénation ressentis par les Afro-Américains aux États-Unis.

Le roman était unique à l’époque dans sa tentative à explorer les relations raciales via un amour romantique plutôt que des amitiés homosociales.

La relation entre Ida et Vivaldo sert de microcosme à la relation entre les Afro-Américains et les libéraux blancs. Leur relation et autres (dont la relation précédente de Rufus et Leona) représentent une lutte pour l’amour au milieu des obstacles de la race, du sexe et de la société moderne.

Selon le biographe de Baldwin W.J. Weatherby :

“Que ce soit la relation centrale entre Vivaldo le blanc et Ida la noire ou les liaisons bisexuelles qui l’accompagnent qui impliquent la majeure partie des personnages principaux, tout a été voulu par Baldwin pour illustrer combien il sentait que l’amour véritable était difficile dans la société américaine contemporaine. Se faire face sans mensonge et percevoir la relation de manière réaliste était bien plus important que quels sexes étaient impliqués ou comment l’amour était exprimé, selon l’opinion de Baldwin. […] Toute la situation raciale, selon le roman, était en gros un échec de l’amour”.

Les différences raciales et sexuelles sont comparées et opposées, toutes deux représentées comme zones de conflit qui doivent être abordées sur le chemin de l’amour mûr. Selon certaines lectures, cette unité complète représente un autre “un autre pays” et peut-être une utopie impossible. Stefanie Dunning écrit :

La mort de Rufus suggère qu’il n’y a pas d’utopie noire, aucun endroit où il peut fuir l’iniquité du racisme. De manière plus importante, un autre Pays suggère que nous n’avons pas encore trouvé le modèle de la pensée hors des chemins battus qui encadre nos discutions d’interracialité et d’érotisme homosexuel. Elle suggère, de manière plus importante, qu’éliminer le sexe et la différence raciale ne résoudra pas non plus les “problèmes” de la différence. Le titre du roman suggère le souhait d’un “autre pays”, une autre nation, dans laquelle nos côtés raciaux et sexuels sont imaginés et définis de manière différente ou peut-être pas du tout définis. C’est immédiatement une question : un autre pays, illustrant la futilité des croisements nationaux, et c’est un fantasme nostalgique : un autre pays, un endroit mythique, imaginaire et inaccessible où les relations ne sont pas fracturées par la différence.

Dunning avance que la critique du nationalisme du roman s’étend au nationalisme noir, qui dépend toujours d’un fantasme de reproduction authentique et hétérosexuelle.

L’un des thèmes les plus importants de un autre pays, c’est la volonté que tout le monde a à ignorer des parties de la réalité (dont la sienne) qu’il ou elle trouve déplaisantes ou ego-dystoniques. Vivaldo est peut-être le plus affecté par cette tendance. Il renie également partiellement sa propre bisexualité. Il ne réussit pas à admettre son attirance pour Rufus. Le soir de sa mort, Rufus est allé voir Vivaldo et a indiqué un besoin d’amour sexuel mais Vivaldo a prétendu ne pas reconnaître ce besoin et se sent plus tard coupable, suspectant qu’il aurait pu éviter la mort de Rufus. Il ne voit pas que son attirance pour Ida reflète potentiellement son attirance pour Rufus. Également, malgré des signes croissants que Ida soit impliquée dans une liaison promotion canapé avec le producteur de télé blanc Ellis, Vivaldo renie en majeure partie cela jusqu’à ce que Ida, désenchantée, se confie à lui dans une scène cathartique vers la fin du livre.

À l’opposé du spectre, après de considérables luttes dans sa jeunesse pour l’acceptation de son homosexualité à cause de l’ostracisme social dans sa ville natale en Alabama, Eric devient finalement le personnage le plus honnête et ouvert du roman. Il admet que Rufus était violent envers Leona, qu’il ne réciproque pas l’amour de Cass en fait, et que son amour pour Yves est véritable. Cela en fait également le personnage le plus calme et posé du livre. Seulement après une nuit avec Eric que Vivaldo voit le monde de manière plus claire et tente de s’avancer vers l’acceptation de sa propre bisexualité.

La majeure partie des personnages blancs du livre minimisent l’importance ou refusent d’admettre la tension raciale qui les entoure. Cass et Richard sont choqués quand un groupe de garçons noirs tabassent leurs fils. Ida suspecte constamment Vivaldo de l’exploiter parce qu’elle est noire et a connu des hommes blancs qui recherchaient des relations sexuelles spécifiquement avec des femmes noires. Vivaldo refuse d’admettre cela, bien qu’il soit indiqué que ce pourrait être vrai au sein de leur relation.

Richard et Vivaldo sont jaloux l’un de l’autre en tant qu’écrivains. Vivaldo refuse essentiellement d’admettre la valeur du premier roman de Richard, et est jaloux qu’il soit publié, tandis que Richard est jaloux de Vivaldo parce que Richard pense que sa femme Cass voit la souffrance et le manque de succès commercial comme signe d’intégrité artistique. Par la suite, après que Cass et Eric initient leur liaison, Richard suspecte qu’elle voit Vivaldo.

Également, le début de reconnaissance d’Ida en tant que chanteuse jazz cause de plus en plus de tension et de jalousie entre elle et Vivaldo.

Un autre Pays a reçu beaucoup d’attention et de critiques mitigées. Les critiques dans la presse noire étaient généralement favorables. Le New York Times l’a nommé “une histoire triste, racontée de manière brillante et féroce” et l’a comparé à la Terre vaine de T.S. Eliot comme trace d’une désolation spirituelle des temps modernes. Le magazine Time l’a nommé “un échec”. Norman Mailer a dit qu’il était “écrit de manière abominable”. Le livre a été qualifié d’“obscène” à la Nouvelle Orléans. Il est rapidement devenu un best seller.

Baldwin a déduit de la popularité du livre que “de nombreuses personnes veulent admettre qu’il a mené des vies assez proches de celles des gens de mon livre”. Baldwin a également dit que le livre “faisait peur aux gens parce que la plupart ne le comprennent pas”.

Eldridge Cleaver a eu des paroles dures envers Baldwin dans un Noir à l’ombre, écrivant que bien qu’il admirait Baldwin à bien des égards, il se sentait de plus en plus mal à l’aise avec son écriture. Cleaver a dit que un autre Pays a éclairé pourquoi on “amour pour la vision de Baldwin était devenu partagé”, et écrit :

Rufus Scott, pathétique misérable qui s’est livré au passe-temps de l’homme blanc, se suicider, qui a laissé un homosexuel blanc l’enculer et qui a choisi une Jézabel du Sud comme femme, avec tout ce qu’implique ces relations torturées, était l’incarnation d’un eunuque qui s’était complètement soumis à l’homme blanc. Oui, Rufus était un partisan de la liberté psychologique, donnant la joue ultime, murmurant comme un fantôme “Tu as pris le meilleur alors pourquoi ne pas prendre le reste”, ce qui avait absolument rien à voir avec la manière dont les Nègres avaient réussi à survivre ici dans les enfers de l’Amérique du Nord !

Le livre a été listé par Anthony Burgess comme l’un de ses Ninety-nine Novels: The Best in English since 1939.

Sur l’écriture du livre, Baldwin a dit dans le New York Times Book Review : “Je pense que je prend désespérément modèle sur des musiciens jazz et que j’essaie d’écrire de la manière dont ils sonnent. Je ne suis pas intellectuel, pas dans le sens ennuyeux dont ce mot est utilisé aujourd’hui, et je ne veux pas l’être : j’aspire à ce que Henry James nommait la perception à la hauteur de la passion”. Quand on lui a demandé de citer des influence littéraires, Baldwin a dit que Joseph Conrad, James Joyce, Fiodor Dostoïevski et George Bernard Shaw étaient ses “modèles”.

Il a été avancé que James Baldwin se retrouve dans trois personnages : Rufus en tant que comment aurait tourné Baldwin s’il ne s’était pas installé en France, Eric en tant que Baldwin à Paris et Vivaldo en tant qu’écrivain qui lutte contre le syndrome de la page blanche à cause de ses liaisons amoureuses, de la manière de Baldwin lui-même. Baldwin a également été identifié à Ida, en tant qu’avocat de Rufus après sa mort, et Richard, écrivain qui trouve le succès.

Baldwin a plus tard dit qu’il a développé le personnage de Rufus pour compléter et expliquer Ida.

Le personnage de Yves est lié à l’amant de Baldwin, Lucien Happersberger, qui s’est organisé en 1960 pour rencontrer Baldwin à New York.

Le livre a été décrit comme une critique implicite du White Negro de Mailer et sa sentimentalisation de la culture noire. Brandon Gordon décrit cette critique en termes de la relation entre Vivaldo et Rufus, arbitrée par Leona. Gordon écrit : “Contrairement aux attentes de Vivaldo, imiter l’esprit sexuel hypermasculin afro-américain ne lui permet pas au bout du compte de satisfaire le fantasme de l’identification incarnée du hipster”. Il conclut qu’en fait, la rencontre homosexuelle de Vivaldo avec Eric à la fin du roman – et en particulier le fait que Vivaldo est pénétré – représente une forme plus vraie d’“identification incarnée” avec un autre.

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