NME – 14 février 2015 : Souvenirs de Richey

Lettré, compliqué, romantique, controversé – et toujours le sujet d’intense fascination 20 ans après sa disparition. Nous fouillons dans les archives du NME pour voir ce qui faisait avancer Richey Edwards des Manic Street Preachers, tandis que ceux qui le connaissaient le mieux – et ceux touchés par son talent – célèbrent sa vie.

En 1994, l’année avant la disparition de Richey Edwards, durant la période qui a précédé The Holy Bible, j’ai accompagné les Manic Street Preachers lors d’un voyage à Bangkok. Seuls Nicly Wire et Sean Moore ont réussi à s’accrocher à un semblant de protocole. Le reste du groupe étendu, James Dean Bradfield et moi-même y compris, sont descendus dans un état de “coma moral” causé par l’alcool, le remontant en criant dans des bars à “filles” dans le quartier notoire de Bangkok, Patpong.

Cependant, c’était le comportement de Richey qui a eu le plus d’impact. Quand les Manics ont joué au MBK, il s’est tellement mutilé que le sang dégoulinait sur son torse sur scène. De manière encore plus choquante, il s’est rendu chez une prostituée locale et a payé pour une branlette. Quand j’ai dit à Richey que les gens allaient pensé qu’il était un connard sexiste qui exploite, il ne s’est pas défendu et n’a pas fait d’excuses – il était calmement d’accord.

À mon avis, cette dualité résumait Richey – le chaos, la provocation et le drame, suivis par une introspection intellectuelle et de la logique, et un calme frisant l’immobilité. Comme pour Nicky, l’esprit et le courage que Richey montrait dans ses paroles s’étendaient dans la conversation. Intelligent, lettré, d’une honnêteté corrosive, Richey était toujours prêt au débat. Puis il y avait l’autre Richey – un paquet de terminaisons nerveuses timides et tremblantes, qui parlait de sa “solitude puérile” et sa peur des relations.

Est-ce qu’il manquait une peau à Richey, cette couche vitale de capitonnage psychique protecteur, dont le manque semblait si souvent séparer les véritables artistes du troupeau ? Est-ce pourquoi il manque encore à tant de personnes (étrangères), parce qu’il “parlait” en leur nom – ceux qui sont seuls, qui ont peur, qui sont “trop intelligents pour leur bien être”, qui sont “hyper-sensibles”, qui se mutilent ?

Bien sûr, comme le temps l’a prouvé à maintes reprises, les Manics, ce n’est pas simplement Richey – il y a toujours eu quatre joyaux qui ornaient cette couronne. De tels niveaux de talent artistique, d’intensité, de satanée impertinence, et (ose-je le dire ?) un côté classe ouvrière, ne semblent venir qu’une seule fois par génération, rien que ça.

Pourtant, quelque chose doit expliquer la tristesse durable de la disparition de Richey. En 1995, ma peur était que cela tourne en mystère de Lord Lucan version rock’n’roll, mais ce n’est pas arrivé. Un véritable sens de chagrin s’étend au-delà des cercles immédiats de Richey – pour la perte d’une voix et présence importante et originale de la musique et de la culture. Peut-être que ce devrait être une quasi-épitaphe qui va bien. Richey Edwards : pas simplement manquant à l’appel, mais il nous manque tout court.

Barbara Ellen
(Barbara Ellen est allée en Thaïlande avec les Manic Street Preachers pour le NME en 1994 et a donné à leur premier album Generation Terrorists 10/10)

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La carrière de Richey racontée dans les pages du NME

Début 1988
Ayant servi comme leur chauffeur et roadie, Richey rejoint les Manic Street Preachers après le départ du bassiste original Miles Woodward, dit “Flicker”. En juin, le groupe enregistre leur premier single, Suicide Alley, comprenant une pochette inspirée du Clash photographiée par Richey, qui sort en août. Steven Wells du NME en fait plus tard son single de la semaine.

4 août 1990
Première interview des Manic Street Preachers pour le NME pour coïncider avec la sortie du EP New Art Riot. Richey décrit le groupe comme étant “le facteur ordure des Mondays croisé avec la surcharge de guitare de Five Thirty/Ride tout en tuant Birdland avec la politique” et avertit que “nous voulons être le plus grand cauchemar rock’n’roll qui n’ait jamais existé et nous voulons emporter la monarchie et la Chambre des Lords avec nous”.

27 septembre 1990
Les Manics signent sur Heavenly Records. Dans une interview avec Steven Wills quelques mois plus tard, Richey déclare que “tous les découvreurs de talents de Londres sont venus nous voir et nous détestent complètement. Ils s’approchent de nous et nous disent d’apprendre à jouer de nos instruments. Ne se rendent-ils pas compte qu’on s’en tape ? Ça nous fait chier ! On ne veut pas vivre leurs fantasmes de musiciens pop. Ils courent partout comme des poulets sans tête pour signer le dernier groupe de crétins qui réussissent à recréer The Dark Side Of The Moom. Ils ne se rendent pas compte que tous les mômes de 14 ans qui viennent nous voir s’en foutent qu’on sonne affreux. Ils rentrent chez eux, vendent leur collection de disques et veulent mettre le feu à la banque Barclays”.

21 janvier 1991
Les Manics sortent Motown Junk, le premier single sur Heavenly, qui rentre à la 94ème place des charts. Dans une interview pour le Melody Maker, Nicky Wire déclare que “on veut juste être le point de référence le plus important des années 1990”, mais Richey ne semble pas vraiment sûr : “Nous sommes des échecs complets, dit-il. Nous détestons être là où nous sommes”.

15 mai 1991
Durant une interview avec Steve Lamacq du NME après le concert au Arts Centre de Norwich, Edwadrs prend une lame de rasoir et se taille les mots “4 REAL” sur le bras gauche. Il est emmené d’urgence à l’hôpital où il reçoit 17 points de suture. Le lendemain, il clarifie ses actions dans la suite de l’interview : “[Lamacq] nous voyait comme des mômes qui idolâtrent leurs héros et qui essaient d’imiter leurs groupes préférés. Je ne pouvais aucunement changer son avis. Je ne l’ai pas insulté. Je me suis juste coupé. Pour montrer que nous ne sommes pas un stratagème, qu’on s’emmerde, qu’on est pour de vrai”.

29 juillet 1991
Ayant signé sur Columbia après une ruée aussi grande que l’industrie pour leur signature, le groupe sort Stay Beautiful. À propos de signer sur une major et la perception des Manics comme un groupe hype, Richey dit au NME que “vous pensez toujours qu’on est naïfs. L’industrie musicale, c’est la chose la plus facile. Il y a tous ces petits garçons qui y tournent en rond en en ayant peur, tout va mal, la mentalité indépendante de la presse le résume, ce sont tous des connards”.

10 février 1992
Le premier album du groupe, Generation Terrorists, sort, et reçoit un 10/10 de la part de Barbara Ellen du NME. Parlant de leur montée en notoriété, Richey dit au Melody Maker que “nous avons lu tous les livres rock classiques qui rend tout si rapide. Tu es censé exploser du jour au lendemain, mais ça n’arrive jamais. Si tu veux avoir du succès, tu sais ce que tu dois faire : imiter The Wonder Stuff, s’habiller un peu comme un con et faire une première partie”.

14 juin 1993
Les Manics sortent leur deuxième album, Gold Against The Soul. Richey admet à John Harris du NME qu’il a beaucoup bu durant son écriture et son enregistrement, mais dément la suggestion qu’il est alcoolique. “Quelqu’un comme Shane MacGowan est alcoolique : quelqu’un qui se lèvre, dont boire est la première chose qu’il fait le matin et boit toute la journée. Ça ne m’intéresse pas. Je veux… Je veux oublier des choses quand il commence à faire noir. C’est assez impossible de dormir à moins d’avoir pris quelque chose, sinon tu restes allongé dans ton lit à penser à tout et ça ne s’arrête pas”.

22 avril 1994
Les Manic Street Preachers jouent le premier de deux concerts au MBK Hall de Bangkok en Thaïlande, où ils sont rejoints par Barbara Ellen du NME. Dans une interview fascinante, Richey parle ouvertement de son auto-mutilation : “Quand je me coupe, je me sens bien mieux. Toutes les petites choses qui auraient pu m’ennuyer semblent tout à coup si banales parce que je me concentre sur la douleur. Je ne suis pas quelqu’un qui sache crier et hurler, alors c’est mon seul exutoire. Tout est fait de manière très logique”.

30 juillet 1994
Le groupe joue à T In The Park sans Richey, qui – suite à une apparente tentative de suicide plus tôt dans le mois – a été envoyé à la clinique Priory. Leur management est forcé à publier un communiqué niant les rumeurs selon lesquelles il aurait quitté le groupe. Dans une interview avec Keith Cameron du NME quelques semaines plus tard, un Nicky Wire visiblement secoué dit que “c’en est arrivé à un point où son auto-destruction avait atteint un sommet de biens des manières – son alcoolisme, il était pratiquement devenu anorexique, sa mutilation. Tout le monde a eu vraiment peur quand on l’a vu. On est dans une position où on ne sait pas quoi faire”. Le 29 août, deux jours après avoir fait le festival de Readinig à trois, The Holy Bible est sorti.

20 septembre 1994
Ayant quitté de son propre chef The Priory, Richey rejoint le groupe pour une tournée française de 11 dates, en première partie de Therapry?. Son retour sur la scène britannique vient le mois suivant au Barrowland de Glasgow, où Paul Moody du NME écrit que “il est quasiment d’une distance impossible – yeux de biche et terriblement timide – apparemment paniqué par l’idée de monter sur scène devant 1600 personnes désespérées de le fixer en se demandant s’il va vraiment bien”.

23 janvier 1995
Richey donne sa dernière interview, à Midori Tsukagoshi du magazine japonais Music Life. Dedans, il parle de son hospitalisation l’été précédent, son cynisme envers les relations, la satisfaction qu’il a de l’écriture des chansons et son “respect” pour Yukio Mishima, auteur japonais qui s’est suicidé par rituel. “Les gens disent aux personnes malades mentalement, Tu sais, tellement de personnes pensent que du bien de toi, dit-il à Tsukagoshi. Mais quand ils ne s’aiment pas, ils remarquent rien. Ils se foutent de ce que les gens pensent d’eux. Quand tu te détestes, ce que les gens disent n’a pas de sens. Pourquoi m’aiment-ils ? Pourquoi s’intéressent-ils à moi ? Parce que tu ne t’intéressent pas du tout à toi”.

1er février 1995
La veille d’un voyage de promotion aux États-Unis, Richey quitte son hôtel londonien avec plus de 2000£ en espèces, retourne à son appartement de Cardiff en voiture et personne ne le revoit jamais. Le lendemain, son manager Martin Hall déclare sa disparition à la police.

25 février 1995
La police retrouve sa voiture abandonnée près du pont de la Severn deux semaines plus tard. “Si Richey ne veut pas revenir, il n’y a pas de problème. On veut juste qu’il nous appelle. On s’inquiète véritablement. Il n’a jamais disparu comme ça auparavant”.

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Richey à Disneyland

En mai 1992, Stuart Bailie du NME est allé à LA avec les Manics, seulement pour trouver Richey déçu par l’endroit.

Au premier étage du Rainbow, sur Sunset Strip, il y a un gars qui semble nerveux vêtu d’un manteau de fourrure, des tennis avec des lacets violets et des lunettes de soleil à la Sid très punky. Peut-être qu’il fait semblant, mais ses gémissements malheureux font qu’on dirait qu’il passe le pire moment de sa vie.

“Je n’y crois pas, se plaint Nicky Wire. Je viens d’aller aux toilettes et il y avait ce tapis Generation Terrorists dans l’urinoir, mis spécialement pour ce soir. On se fout de nous, hein?”

Nous nous échangeons quelques regards sympathiques, mais tous les autres présents au Rainbow sont indifférents à cette corruption du premier manifeste du groupe. Les meilleurs fêtards de la Californie sont trop occupés à décharger des pizzas et de l’alcool gratuit pour s’en intéresser ; ce n’est qu’au moment où ils se tamponnent la bouche avec une serviette Manic Street Preachers (réplique du tatouage de Richey) ou empochent un autocollant pour voiture MSP (avec l’image du crucifix de Prague) qu’il y a un véritable signe de la motivation derrière cette folie de la maison de disques.

Durant la soirée, on demande aux Manics de se regrouper pour une photo ou de signer un poster (avec une énorme citation du NME) pour les belles filles en herbe en fourrure. Un promoteur de radio s’avance pour leur dire que Motorcycle Emptiness est le morceau le plus rajouté sur les stations métal, et qu’il marche de manière fantastique sur les radios AOR, aussi. “L’accolade ultime”, articule Nicky silencieusement, vide et perplexe.

Sur la sono, James Dean Bradfield chante à propos de solitude néon alors que je regarde l’intégration du groupe à Paradise City – comment ils commencent à mesure leur endroit sur l’avenue principale de LA, échantillonner la chaude folie de vitesse, sexe, de tradition rock crasseux et d’excès vénal, et de mesurer cela à leur propre système de valeur ultra-critique. Les Manics semblent énervés et aliénés déjà. Juste la manière dont ils préfèrent, probablement.

“Ça m’a vraiment foutu en l’air, proteste Richey. Les gens semblent juste vouloir tant ici, ils ne sont satisfaits de rien. J’ai été complètement célibataire sur cette tournée. On aurait pu baiser tous les soirs – en Europe et en Grande-Bretagne, on a fait ça – et aux États-Unis, je n’ai couché avec personne. Ça ne m’intéresse pas. Tout semble à vendre”.

“Ça m’a replié sur moi-même, dit Nicky. Je ne suis pas du tout sorti. J’ai lu plus que durant les trois dernières années. À tous les concerts qu’on a faits, les filles nous ont apporté des livres, et je suis devenu vraiment borné – je suis revenu aux jours où j’aimais Morrissey”.

Assez rapidement, cependant, les Manics auront beaucoup de respect de la part de ce paria, éventualité qui rend toutes leurs jérémiades tordues et bizarrement drôles. Le soir où je les ai vus jouer au Whiskey, ils étaient immenses – grand spectacle qui m’a laissé tout ému et fier. Leur maison de disques ont horriblement grande envie de leur faire plaisir aussi, même si elle n’est précisément encore au fait avec cette polémique piquante. Juste un petit peu plus de lift, on a l’impression, et le groupe de LA pourrait considérer nos Gallois comme, disons, Billy Idol et The Cult.

Et puis les Manics ont dû découvrir si oui ou non cela en valait vraiment la peine. Tandis que je déroule les souvenirs des trois derniers jours du groupe aux États-Unis, c’est là où je me rappelle de la source du drame – les luttes douloureuses sur les scrupules, la tristesse des Manics pour leur époque punk qui s’en va rapidement, et les résolutions épiques qui ont toujours cours dans leur carrière remplie controverse.

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Le jour s’est levé sur Melrose Avenue, et Richey vient de dépenser tous ses sous dans une veste décolorée et quelques cartes postales, L’une d’entre elles est un remake groovy de la philosophie de Descartes – “J’achète donc je suis”. Une autre présente une poupée Barbie recouverte de lamé doré, entourée de produits de consommation. Il y a une bulle qui sort de sa bouche qui dit : “Tous les matins, je me réveille et je remercie Dieu pour mon habileté unique à porter des accessoires”.

Richey est bavard, nous racontant comment la radio alternative de LA, KROQ, a passé Slash ‘N’ Burn des Manics (et There’s A Riot Going On de Fabulous) pour commémorer les émeutes de LA. C’était particulièrement perturbant, dit Richey, parce que leur chanson parle d’économie et de la politique de déforestation du tiers monde, pas un appel aux armes.

Je mentionne combien j’attendais que le groupe soit plus animé, que la ruée palpitante et sexy qu’ils ont touché si bien en Grande-Bretagne se serait valorisée ici, se justifiant dans un effet complet qui fait monter le sex appeal sur Sunset Boulevard. Pourtant Nicky est retourné au lit – il est “trop faible” – et Sean n’est pas là. Richey dit qu’il a déjà tout digéré à la télé, et qu’il n’est pas ravi de saisir l’Amérique de première main. Et puis, bien sûr, le soulèvement civique de New York, Toronto, San Francisco, LA – toutes les villes dans lesquelles sont passés les Manics – ont agi comme d’horribles toiles de fond de leurs efforts. “Ça met juste tout en perspective”, considérait Nicky plus tôt, “d’être des mômes blancs britanniques de merde au cœur de cette sombre nation du corporatisme”.

Se méfiant qu’ils répètent un scénario “le Clash prend la pose à Belfast”, les Manics sont heureux de rater les bâtiments complètement détruits et de visiter les sections intactes de la ville. Alors Richey déniche des livres à Melrose sur des enfants siamois particulièrement étranges (“tu te ferais une fortune si tu ressemblais à ça maintenant”), bavasse sur des tueurs en série, les Red Hot Chili Peppers et Jane’s Addiction, plus les bonheurs footballistiques de Luton Town. Le seul magasin qui a été dévalisé sur cette avenue est une branche du magasin londonien Boy. “Au moins les pillards ont un peu de goût”, suppose Richey.

Tandis que nous tournons chez le disquaire Bleecker Bob, il y a un souffle de bienvenue avec Generation Terrorists et James paraît déjà anxieux. Mais Richey a trouvé la presse rock britannique – avec seulement une semaine de retard – et il s’emballe dans les potins qui lui manquaient en tournée. Un commerçant se rend compte de qui il est. “Hey, comment ça va, Richey ! Tu soignes bien ton bras ?”

Puis je me rend compte que James se tire du magasin, en faisant des gestes bizarres de panique alors qu’il se rue vers la porte. Je ne comprends pas. Richey rigole bizarrement à l’intérieur, hochant la tête à ma gauche. Un mec derrière le comptoir vient juste de sortir un exemplaire de Suicide Alley – le tout premier single des Manics. Il a demandé à James de signer la pochette et le chanteur a déguerpi à la place.

“Où as-tu trouvé ça, putain ?” dit Richey, mort de rire. “Il n’y en a eu que 300 pressés. Regarde Sean sur la pochette – on dirait qu’il a 12 ans dessus !”

Alors pourquoi la sortie dramatique de James ?

“Eh bien, c’est un tel perfectionniste qu’il ne supporte pas penser à ces premiers singles. Pose-lui des questions sur New Art Riot et il te parlera quelques secondes et puis se cassera. Il est comme ça”.

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Midi vient juste de passer à l’hôtel et la fixation de Richey à manger une assiette de sushi (“J’en veux pas, mais on doit le faire, hein ?”). Nicky joue à Monsieur Sensé, sirotant du jus d’orange pur et tirant sur son t-shirt Traci Lords, racontant qu’elle va bientôt les rencontrer pour un clip de la sympathique Little Baby Nothing.

La vision des Glamour Twins sans fond de teint vous déconcerte un peu, mais tout autant que le fait de se rendre compte que ce sont des personnes sympathiques, affranchies et expressives. Je commence à me souvenir des bonnes choses que j’ai entendues sur leurs affaires personnelles – comment ils ont donné à Jeff Barrett de Heavenly Records une part des bénéfices de l’album parce qu’il les a aidés au début, ou comment ils ont aidé Caffy, leur amie de promo indée à obtenir un bon poste au sein de leur management quand ils ont signé leur gros contrat. Que des récits positifs, pas une trace de style de vie intéressé de monstre rock. Alors parlons de valeurs une minute, Nicky.

“Lester Bangs a dit que le pur rock peut mener à une meilleure vie. D’une manière abstraite, c’est le cas. Il te donne des indications sur la vie, la littérature et tout. C’est une pensée naïve, mais je veux y croire”.

Richey : “Nos vies n’ont pas du tout changé. Elles sont juste meilleures. On était vraiment énervés avant, mais au moins quelque chose a eu un peu de sens. On pouvait s’y identifier”.

L’un des espoirs que les Manics semblaient toujours maintenir, c’était qu’il y avait une possibilité brillante de trouver le glamour au-delà de votre style de vie normal et sale. Comment l’expérience Los Angeles s’est passée ?

Richey : “Les seuls groupes qui nous ont intéressés, c’était des groupes de rock traditionnels comme le Clash et des groupes beaucoup plus glam comme les Guns N’Roses. Mais on n’a jamais été intéressés par déménager à LA, acheter une Harley, bourlinguer, chanter des chansons sur des filles et sniffer de la cocaïne sur de beaux mannequins.

“C’était que de la merde – la chose qui nous a offensé dans le rock, c’est qu’il n’essayait jamais d’avoir de la sensibilité ou d’âme. C’était juste assez pour sortir et dire, Va te faire foutre, va te faire foutre, va te faire foutre, et c’était la chose sur quoi les gens se sont trompés sur nous dès le début”.

La chose que je préférais chez les premiers concerts des Manics, c’était le théâtre, l’incertitude et le désaccord – les gens n’étaient pas sûrs de ce qu’était le groupe, et comment réagir. La majeure partie de cela est parti. À la place, vous avez un consensus, comme au dernier gros concert à l’Astoria à Londres. C’était marrant mais tout le monde savait exactement comment se comporter…

Richey : “La différence, c’est qu’on est le seul groupe à Londres à être accusé de quelque chose comme ça, parce qu’aucun autre groupe ne se fait imposer d’exigences. Si un autre groupe faisait un concert dans un endroit comme l’Astoria, personne ne questionnerait pourquoi ça devrait être mieux. Tout le monde a aimé le concert, mais ils attendaient plus, ce qui est bon”.

À New York, cependant, vous avez choisi le rejet et d’être insolent sur le fait que la seule bonne chose dans la ville, c’est qu’elle a tué John Lennon…

Nicky : “On est toujours insolents, mais là où la situation s’y prête. Si on aimait effectivement un concert, et si on pense qu’il se passe bien, je n’y pense pas vraiment – c’est un peu faux si tu joues à l’insolent. À New York, tout le monde était juste tellement débile, c’était juste la bonne chose à faire”.

Y-a-t-il une raison de deviner que les Manics ont déjà une position sur le plan plus grand des choses ?

Richey : “En terme de quelque chose explosif, je ne pense pas que ça arrivera. Les gens ne sont plus intéressés. Ils sont trop égoïstes”.

Nicky : “On a poussé les groupes indés à se rendre compte qu’ils peuvent être à nouveau des stars. On a tous ces groupes comme The Verve, Suede, tu sais qu’ils se sont rendus compte qu’on peut être une star à nouveau, et tout ça, c’est grâce à nous. Musicalement et lyriquement, ils ne vont rien nous prendre. Je le sais – ils ont trop peur”.

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Comme j’ai dit, le concert au Whiskey était ainsi : joyeux et chahuteur, tandis que le grondement activé de la Les Paul de James remplissait l’endroit de tas de grandeur, d’anxiété et de vitalité. Remballez vos associations piquantes, les Manics sont désormais un super groupe rock’n’roll

L’intro enregistrée était une bonne idée ; le son de Allen Ginsberg dans une interprétation stone de son poème Howl, l’apocalypse hipster de 1956. Contexte utile pour capter Stay Beautiful et Democracy Coma ou plus spécialement quand Repeat dévie en une reprise de California Über Alles des Dead Kennedys – ils ont un excellent sens de l’occasion, ces garçons.

Et voilà, James arrache sa chemise et on voit ses abdos bien contractés ; en partie du stress mais aussi son programme obsessif d’entraînement sur la route. S’il est Marlon Brando dans un Tramway nommé désir – tout en haussements d’épaules inarticulés et réflexes animaux – alors Nicky est Blanche DuBois, Belle du Sud (du Pays de Galles), à se balader de manière théâtrale en t-shirt Kylie, déchirant un coussin en plumes vers la fin et transformant le Whiskey en paysage fou et cotonneux. Geste classieux.

Ma seule plainte, c’est qu’ils ne fassent pas Motorcycle Emptiness, le nouveau single des Manics et discours épique sur le mythe de la vitesse et la solitude des humains.

“Au bout du compte, Motorcycle Emptiness est juste l’un des meilleurs disques de l’année – plus que tout qu’on puisse attendre de nous, et cette chanson a quatre ans. On ne l’a jamais jouée au début ; quand tu sautes partout sur la scène du Rock Garden, tu ne vas pas faire quelque chose comme ça, vraiment, dit Nicky. On ne veut pas la jouer sur scène jusqu’à ce qu’on puisse la faire parfaitement. On est un groupe perfectionniste”.

Après le concert, nous retournons au Rainbow, où Richey s’évanouira sur une table et je finis assis à côté de Sean, le batteur, le tout premier Manic que j’ai rencontré.

C’était à une fête particulièrement malheureuse il y a deux ans, quand un groupe dont j’avais dit du mal de l’album (à juste titre) dans le journal avait jeté son dévolu sur moi. J’avais été piégé dans les toilettes et menacé de violence, et je me sentais mal. Puis Sean est arrivé et a commencé à parler de brûler l’univers et de trucs comme cela, et comment tous les autres groupes étaient merdiques de toute manière. Il m’a remonté le moral. J’étais inspiré à nouveau.

Je ne ressens pas cette vibration de lui aujourd’hui, malheureusement. Son apparence physique (comme Steve Earle un mauvais jour) et son langage corporel suggèrent qu’il est ennuyé par sa situation, et qu’il emmagasine toutes ces mauvaises ondes. Pas bien.

Les autres Manics semblent un peu énervés par son style ermite (ils ne sont pas non plus des personnes sociales !), mais ils estiment que Sean n’a pas besoin du tout d’être entouré de gens. Richey prend un vieux proverbe amérindien de Carlos Castaneda : “Ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent ne parlent pas”.

Sean me dit qu’il était bien plus heureux à travailler dans le studio d’enregistrement dans le Sussex – époque que Nicky appelle également “l’ère d’or”. Il y avait bien plus de contrôle alors, dit Sean, libéré de “toutes ces conneries”. Le groupe a pu regagner sa poussée autonome et être créatif comme jamais auparavant. Aujourd’hui, tout se disperse, dit-il, les bras brassant l’air, dessinant des graphiques de potentiel du groupe contre la réalité de tout cela ; les idéaux qui chutent sous l’influence du dollar Yankee.

Plus tôt, Richey parlait des moments amusants du passé, à conduire le Transit vers Londres, à passer deux jours à se disputer pour savoir si le groupe indé McCarthy était en quelque sorte plus idéologiquement correct que les Guns N’Roses. Ils échangeaient toujours des idées, formant des déclarations.

“Maintenant, tu montes dans le van, et c’est quatre personnes avec des Walkmans, des jeux Sega, juste assis là. Un cauchemar existentiel !

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À Barney’s Beanery, où Janis Joplin a une fois frappé Jim Morrison sur la tête avec une bouteille de Southern Comfort, les Manics se détendent, essayant de donner du sens à leur dernière journée entière en Californie.

Nous sommes allés à Venice Beach, où patrouillent désormais des bidasses des Peace Corps – contre quoi, nous n’en sommes pas sûrs. Après cela, une apparition dans un studio télé à Anaheim s’est développée en une session photo folle au coin de Disneyland, avec le groupe qui flâne dans de fausses clairières de jungle en portant des colliers de fleurs hawaïens en plastique. Et nous avons remarqué combien toutes les hôtesses semblaient si parfaites, pratiquement bidon, avant que nous prenons notre pied dans le train fantôme et l’attraction vedette véritablement sinueuse (imaginez des montagnes russes dans un planétarium sous drogues) et avons passé généralement un bon moment d’une manière idéologiquement suspecte.

Maintenant Richey se tracasse sur tout cela, et sur le trajet retour vers l’hôtel qui nous fait passer devant la banlieue de Compton, autre sorte de célèbre parc d’aventures. Tout le voyage à Disney est un échange culturel pourri, décide-t-il enfin, avec l’Europe donnant aux Américains Fritz Lang et Hollywood renvoyant l’ascenseur avec une souris animée.

Richey goûte à son premier tequila slammer, aime cela, et se retrouve dans une nouvelle impro plus étrange. L’un de ses artistes préférés, dit-il, c’est Van Gogh, qui avait ce truc pour les cercles parfaits – combien il y a de la vapeur symbolique géniale dedans.

“Le seul cercle parfait dans un corps humain, c’est l’œil, explique-t-il. Quand un bébé naît, il est tellement parfait, mais quand il ouvre les yeux, il est juste aveuglé par la corruption et tout le reste, c’est une spirale vers le bas. On ne peut dessiner un cercle parfait, mais on peut envoyer un homme sur la lune – vraiment bizarre !”

Rapidement, nous sommes tous en train de dessiner des cercles merdiques sur nos sous-verres, et je jette longuement un œil discret à cette assemblée éméchée. Sean est calme, et a l’intention de rentrer avec Nicky, qui ne se sent pas bien. James, qui menace de mettre KO cette énorme masse poilue au billard (il fait deux fois la taille de James), s’est calmé un peu, et reste maintenant avec nous, poussant du doigt ses potes dans l’absence de mot parlé.

Les Manics sont un groupe très physique, se rassurant toujours, ce qui est sympa. James, c’est le roi de la touche ; la dernière fois qu’on aperçoit le chanteur, il est pratiquement sur les épaules de son manager, lui massant le cou et lui touchant les bosses sur la tête. J’ai l’impression de participer un film de David Attenborough.

Puis Richey fait une allergie à la tequila et il commence à rosir, et puis enfle. Son bras gonfle simplement, et à présent on regarde quelque chose qui est plus étrange que tout ce qui sort de la fantaisie de Cronenberg, tandis que les lettres 4 REAL commence à s’élever sur l’avant-bras de Richey. Et après tu commences à regarder son bras droit, et c’est bizarre aussi : des brûlures, des égratignures, des taillades, des lésions – témoignage rose horrible d’une programme prolongé d’auto-mutilation. “Quoi ?” dit Richey calmement, levant les yeux de ses cercles. “Oh, ce sont juste mes blessures de guerre”.

Alors y-a-t-il de la vérité dans la théorie que les gens qui se font du mal pour essayer d’externaliser une douleur intérieure atroce ?

“Je ne sais pas si c’est vrai, j’ai toujours trouvé difficile d’exprimer comment je me sens, même quand j’étais enfant. C’est une émotion très britannique – ils gardent les choses refoulées en eux. Certains plus que d’autres”.

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Les Manics sont prêts pour le vol matinal vers le Japon – pour jouer excessivement à leurs jeux Sega et compenser ces nuits américaines célibataires.

Richey a un cadeau pour moi. Il me passe la carte postale Barbie qu’il a prise deux jours avant à Melrose. Au verso, il a écrit certaines des choses qu’il voulait dire sur Disneyland hier soir, mais ne savait pas vraiment exprimer.

Voici ce qu’il y a écrit : “Hollywood et Disneyland sont l’héritage de l’impérialisme culturel de l’Europe. Nous leur avons donné des comptines et ils nous ont rendu des films. Les émeutes télévisées sont aussi américaines que les Barbie/Big Mac. Demain, on aura oublié les émeutes mais Mickey sera toujours là. Bienvenue à Disneyland. Bisous, Manic Street Preachers”.

Et vous pensiez qu’ils étaient juste un groupe de dessin animé ?

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Souvenirs de Richey

Steve Lamacq

Comme tout le monde le sait, Richey s’est taillé les mots “4 REAL” sur le bras durant une interview avec l’animateur et journaliste du NME après un concert au Arts Centre de Norwich.

“J’aurais aimé rencontrer Richey dans des circonstances différentes, vraiment. Mais au moment où on est arrivés à Norwich, les lignes de combat avaient été tracées. J’allais là-bas chargé d’essayer d’aller derrière la rhétorique, tandis que les Manics me soupçonnaient probablement beaucoup – à juste titre – après une pique voilée contre eux dans le NME quelques semaines auparavant. Je ne les comprenais juste pas assez, ou d’où ils venaient. Mais c’était – à l’exception d’un voyage assez mal à l’aise dans un ascenseur quelques mois plus tard – la seule fois où j’ai rencontré Richey. C’est étrange de revenir sur cette nuit avec le recul, parce que je ne pense pas que j’avais – ni même certaines personnes qui l’entouraient – l’idée de quelle personne compliquée il était. On lit des histoires aujourd’hui sur combien il était perturbé, mais il semblait le cacher tellement bien des étrangers. Il était enthousiaste et intéressant dans le bus vers le concert, mais évidemment frustré par l’interview ensuite. Je dis toujours que ce qui me hante, c’était ses yeux profonds et captivants. Et sa voix parlée douce – vraiment douce mais légèrement tendue – comme il a expliqué combien le groupe était important pour lui. C’était évidemment une dynamo, une force créatrice. Et il était évidemment intéressé par le pouvoir émotif du rock’n’roll. Toutes les choses qu’on admire chez un musicien. Mais à moins qu’était proche de lui, je ne pense pas qu’on ait jamais vu les véritables profondeurs et contradictions de son personnage”.

Kevin Cummins

Photographe du NME qui a récemment sorti le livre Assassinated Beauty, recueil de photos classiques qu’il a pris du groupe.

“Quand je photographie des musiciens, je veux qu’ils ressemblent à des stars. Je veux que vous, le lecteur, accrochiez les photos sur les murs de votre chambre. Alors c’était toujours avec Richey. Richey était une star. Richey était aussi le gars au pub qui pouvait parler de sport, de musique, de politique. Une partie de mon rôle en tant que photographe, c’est la création de mythe. Quand j’ai passé une semaine avec les Manics à Bangkok en 1994 pour le NME, Rich n’était pas l’artiste torturé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il jouait dur comme le reste du groupe et de l’équipe. J’ai pris des photos de lui dans le quartier des divertissements, où il ressemble à un petit garçon, perdu dans la pagaille. Ce n’était pas le cas, cependant. Je voulais qu’il paraisse vulnérable et a mis en scène les photos de cette manière. La réalité, c’est qu’il avait été au pub trois heures à regarder le derby de Manchester. La plupart des groupes seraient restés à l’hôtel jusqu’à l’appel. Pas les Manics. Pas Richey. Et il me manque à ce jour”.

Andy Cairns

Chanteur des rockeurs nord-irlandais Therapy? qui ont tourné avec les Manics en 1994.

“Je l’ai rencontré pour la première fois au Kilburn National en 1992 – ce concert tristement célèbre où ils ont fait ces commentaires sur Freddie Mercury et Michael Stipe. Therapy? existait depuis 1989, alors on avait croisé quelques personnages soi-disant rock’n’roll, et c’était toujours des raseurs, mais Richey était charmant, doux, et férocement intelligent. J’ai été frappé par comment il était civil et décent. Quand on les a pris en tournée en septembre 1994, j’avais entendu des rumeurs sur ce qui lui arrivait, mais il ne semblait pas différent pour moi. Je l’ai croisé devant une salle un soir. J’avais quelques livres sous le bras et l’un d’entre eux, c’était Dark Eros: The Imagination Of Sadism par Thomas Moore. Il s’y est beaucoup intéressé, alors je lui ai prêté et plus tard, il m’a donné un petit livret d’écrits par William Blake et Élégie écrite dans un cimetière de campagne par Thomas Gray, qu’il a signé Affectueusement, Richey. Mon souvenir préféré, c’est le soir après que Therapy? aient joué au Forum de Londres en 1993, quand James et Richey sont venus. Il était de bonne humeur et on s’est tellement amusés : on est juste restés assis à parler de livres et de la vie en général. C’était complètement non rock’n’roll”.

Stuart Bailie

Journaliste au NME qui a rapporté la première tournée américaine des Manics.

“Richey Edwards était un espoir étonnant au début. Chemisiers de femmes et bombes de peinture, parfum de Cacharel et cosmétiques Boots. C’était les derniers jours de Madchester et tout le monde portait des pantalons de joggings et des chemises larges. Mais Richey était rayonnant comme Liz Taylor, citant des écrivains existentiels, utilisant sa carte de bibliothèque au maximum. Les Manics étaient courageux et indépendants. Ils refusaient de serrer la main tendue de groupes indés plus bas.

“Je les ai suivis à Los Angeles en 1992 et Richey était une compagnie excellente. Bien sûr, il accroissait son personnage pour les interviews, mais c’était également une âme affable. Il aimait jouer aux fléchettes, faire du shopping et il pouvait faire un moonwalk passable. Il était sans tact à propos de membres d’autres groupes, et quand il disait du mal d’un opportuniste de la musique, sa voix savourait chaque syllabe cinglante.

“Mais Richey faisait déjà le deuil d’une mission ratée. Ils étaient censés vendre 16 millions du premier album avant de s’autodétruire. Désormais, ils parlaient d’un deuxième album. Et tandis que les autres Manics grandissaient en dehors du groupe, trouvant des vies équilibrées, Edwards devenait solitaire et égocentrique. Dans sa tête, il avait échoué. En 1994, c’était une loque. Il avait complètement changé la forme de son corps à cause d’un régime quotidien de 1500 abdos et de vodka pure. Quand je l’ai rencontré en septembre, il venait de sortir de The Priory après un excès de taillades et de désintégration mentale. La voix était plus calme, l’humour plus lugubre et il portait un manteau de fille acheté à Fishguard.

“Il y avait de l’acier dans le caractère de Richey, cependant. Bien qu’il ne pouvait se pardonner combien il avait foutu le groupe en l’air, il a insisté pour améliorer son jeu de guitare et n’aurait donné de la contenance au discours du suicide. On voulait le croire, mais quand il nous a emmenés dans sa Cavalier argentée, Kurt Cobain était sur l’autoradio, à chanter Rape Me”.

Noel Gallagher

A traîné avec Richey au début des années 1990.

“Je l’ai rencontré quelques fois. Je l’ai rencontré pour la première fois à une fête chez Sony Records en 1994 peut-être, et il aimait Oasis. J’aimais cette chanson, You Love Us, et j’aimais ce clip aussi. C’était un mec calme, mais manifestement, il y avait beaucoup de choses qui le travaillaient. Mais c’était un peu un gugusse, tous ces mecs le sont. Je ne connais pas le batteur aussi bien, mais James et Nicky sont des personnes extraordinaires. C’était un peu un choc à l’époque – il a en quelque sorte raté le plus grand moment des Manics, A Design For Life et cette période”.

Traci Lords

Ancienne star du porno à qui Richey a demandé de chanter sur le single Little Baby Nothing.

“Il me rappelait un jeune David Bowie : très avant-garde, et il y avait quelque chose de très féminin chez lui. Il avait une voix très douce, et il m’a frappé comme étant vulnérable, quasiment un petit oiseau. Il donnait définitivement l’impression d’être quelqu’un qui vit dans une maison de verre, dans une sorte d’état fragile. Je l’ai trouvé gentil. Il ne m’a jamais dit pourquoi il voulait que je chante sur Little Baby Nothing ~ ce n’est plus tard que j’ai lu ses raisons. C’est marrant, parce que je voyais Richey comme quelqu’un de très vulnérable et c’est comme ça qu’il me voyait. On a fini par être parfaitement synchros. Il y a une photo de nous dans la pochette intérieure de Generation Terrorists – je porte un manteau léopard et le groupe m’entoure. Cette session photo a été rapide – pas de styliste, pas de maquilleur ou rien – alors on faisait tous les fous. Puis des trombes se sont mises à tomber, et je me souviens de Richey qui courrait dans la rue, à crier et à faire le con. C’était une après-midi très marrante, frivole et innocente”.

Rachel Elias

Sœur de Richey.

“Richard avait deux ans de plus que moi. Nous sommes allés à la même école ensemble – il m’aidait toujours avec mes devoirs. Son émission préférée, jusqu’à sa disparition, c’était Match Of The Day.

“Quand il a rejoint le groupe, ils venaient chez nous pour répéter dans le garage de mes parents, et je suis allée à l’un de leurs premiers concerts, au Radcliffe’s Square Club de Cardiff, où il n’y avait que trois ou quatre personnes dans le public.

“Je n’ai pas été surprise quand le groupe a commencé à avoir du succès, parce que Richard a toujours été déterminé à propos de ce qu’il voulait faire. Même s’il ne savait pas jouer de la guitare, cela n’avait rien à voir avec leur intérêt – il a écrit des lettres à de nombreux journalistes et maisons de disques, exposant la vision du groupe, et il était si clair sur ce qu’il voulait faire que cela semblait pratiquement inévitable lorsque cela est arrivé. Ironiquement, ils ne sont devenus vraiment gros qu’après sa disparition – quand il était à l’hôpital à Cardiff quelques mois auparavant, personne ne savait qui il était. Mais les albums qu’il a fait avec le groupe parlent d’eux-mêmes.

“Si vous lisez une description de base de Richard sur Wikipédia, cela s’ouvre toujours en disant Il souffrait de… et puis il y a cette série d’étiquettes qui suit : alcoolisme, anorexie, etc., etc.. Mais il n’a jamais été traité, ni même formellement diagnostiqué, pour aucune de ces choses.

“Au cours des 20 dernières années, il y a eu cette force perpétuant que c’était le cas, mais quand il est rentré à l’hôpital, il n’a jamais été traité pour anorexie. Il n’a jamais été traité pour alcoolisme. Il est vrai qu’il a fait de la dépression et son auto-mutilation en était un symptôme. Mais j’ai l’impression que Richard a été mis dans cette boîte – peut-être parce que c’est une rock star et qu’il est porté disparu depuis tellement longtemps – et c’est en quelque sorte plus facile pour les gens de penser ces choses de lui.

“Le Culte de Richey a fait boule de neige à un niveau où les gens ont décidé comment il doit être, et il n’est pas là pour répondre aux suppositions qu’ils font sur lui. Ils disent, par exemple, qu’il a retiré 200£ en espèces chaque jour durant les 10 ou 11 jours précédent sa disparition. C’est vrai – mais ce qu’on ne dit jamais, c’est que quand il a laissé son porte-feuille, avec son passeport et ses médicaments, nous avons trouvé des tickets de caisse expliquant chacun de ces jours – il a dépensé cet argent. Il l’a dépensé en vêtements et en CD, mais la suggestion est toujours qu’il le gardait pour préparer sa disparition. C’est un bon exemple du mythe qui s’est construit autour de son histoire, au point où c’est devenu une histoire en elle-même.

“Je détesterais que tout ce qu’on se souviendrait de Richard, c’est des trucs comme l’incident d’auto-mutilation dans le NME, parce qu’il était bien plus que cela. J’aimerais qu’on se souvienne de lui pour des choses plus positives”.

Rachel Elias a enregistré la chanson I Miss You avec d’autres membres de la Missing Rock Choir. Tous les bénéfices iront à missingpeople.org.uk

Traduction – 9 avril 2016

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