“I have nothing to say, and I’m saying it”

Opdracht GPD; componist John Cage , kop *23 juni 1988

(“Je n’ai rien à dire, et je le dis”)
John Cage – Setlist de la tournée Postcards From A Young Man
Extrait de la Lecture on Nothing

John Milton Cage Jr est un compositeur, poète et plasticien américain, né le 5 septembre 1912 à Los Angeles aux États-Unis et mort le 12 août 1992 à New York aux États-Unis.

Élève de Schönberg, John Cage s’est illustré comme compositeur de musique contemporaine expérimentale et comme philosophe. Il est également reconnu comme l’inspirateur du mouvement Fluxus, du groupe espagnol ZAJ et des expérimentations musicales radicales qui accompagnaient les chorégraphies de la Merce Cunningham Dance Company. Il y a d’ailleurs occupé la fonction de directeur musical puis de conseiller musical jusqu’à sa mort en 1992.

Né le 5 septembre 1912 à Los Angeles, John Milton Cage Jr. avait pour père un ingénieur et inventeur. Sa mère travaillait notamment pour le Los Angeles Times. Très libre, elle n’était pas souvent à la maison. En grandissant dans cette famille non conventionnelle, Cage développe une grande indépendance d’esprit. Au lycée, il a pour professeur Fannie Charles Dillon. Il fait ses études supérieures au Pomona College à Claremont à partir de 1928, où il commence à écrire à la manière de Gertrude Stein. Il quitte l’université en 1930 pour entreprendre un voyage initiatique en Europe. C’est son séjour à Paris qui est le plus décisif : il y prend des cours de musique au Conservatoire. Lors de son voyage, il découvre aussi son homosexualité.

À son retour, il rencontre Xenia Andreyevna Kashevaroff, une jeune femme brillante dont Edward Weston a fixé la beauté sur ses photographies, qu’il épouse le 7 juin 1935. Décidé à devenir compositeur, John Cage parvient, malgré son inexpérience, à étudier la composition auprès de Richard Bühlig, Henry Cowell, Adolph Weiss et Arnold Schönberg. De l’enseignement de Schönberg, Cage a retenu la primauté de la structure musicale, délimitée, dans le système tonal, par la cadence. Désireux d’introduire les bruits en musique, Cage rompt avec ce système, optant pour une structure basée sur le temps plutôt que sur la cadence. Jusqu’aux années 1940, il estime que la structure doit être organisée mais que la méthode et les matériaux utilisés peuvent être improvisés. Ce faisant, il s’agit de briser la logique de la composition. Comme l’explique Jean-Yves Bosseur, la structure devient une sorte de réceptacle pouvant accueillir les divers matériaux que sont les bruits, les sons, les silences, les gestes et les mots.

En 1937 il exprime ses conceptions dans un manifeste intitulé The Future of Music (Le futur de la musique) où, affirmant que tout ce que nous entendons autour de nous est du bruit, il se propose de réaliser de la musique à partir du bruit.

À partir de 1938, John Cage exerce en tant que pianiste accompagnateur de la classe de danse moderne de Bonnie Bird à la Cornish School of Allied Arts. Là, il expérimente la fusion des arts (danse, musique, architecture, peinture, etc.) et met en œuvre ses théories en composant notamment Imaginary Landscape no 1 (1939), première pièce électroacoustique. Il rencontre aussi Merce Cunningham, talentueux danseur, qui sera bientôt engagé par la Martha Graham Dance Company à New York. En 1940, faute de place pour pouvoir utiliser des instruments de percussions pour les besoins d’une œuvre destinée à accompagner une chorégraphie de Syvilla Fort, Cage crée sa première pièce pour piano préparé. Cette idée lui a en fait été suggérée par Henry Cowell, dont il a été l’élève en 1934, et qui faisait déjà de nombreuses expériences dans ce sens depuis les années 1910 (The Banshee, 1917). Cage a été très influencé par le livre New Musical Resources écrit par Cowell avec l’aide d’un professeur de Stanford à partir des leçons du professeur Charles Seeger.

Au printemps 1942, John et Xenia Cage décident de déménager à New York, dans l’espoir d’y trouver de nouvelles perspectives professionnelles. Sans le sou, ils sont logés chez Peggy Guggenheim et Max Ernst et font la connaissance de Marcel Duchamp. Grâce au concert du 7 février 1943 au Musée d’art moderne de New York, Cage s’impose au sein de l’avant-garde new-yorkaise.

Cependant, son mariage éclate en 1946, probablement en raison de sa liaison avec Merce Cunningham. Dévasté, John Cage se tourne vers les philosophies orientales, qui auront une influence considérable sur sa vie et son œuvre. Dans un premier temps, il s’intéresse aux similarités entre les musiques occidentale et orientale en s’appuyant sur la lecture de l’ouvrage majeure de l’historien de l’art et métaphysicien indien Ananda Coomaraswamy, La transformation de la nature en art. L’auteur y affirme que l’opposition entre l’art et la vie est totalement illusoire, et il pose en principe que “l’artiste n’est pas une sorte d’homme spécial, mais chaque homme est un artiste spécial”. John Cage commence donc à remettre en question la position occidentale de l’artiste et la notion de génie. À la suite de cela, désireux de s’initier à la musique et à la spiritualité hindoues, Cage initie un échange particulièrement fertile avec Gita Sarabhai, grande musicienne indienne venue à New York pour étudier l’influence de la musique occidentale sur la musique traditionnelle de son pays. Ainsi, en échange de cours de musique indienne, Cage enseigne à la jeune musicienne ce qu’il a retenu de l’enseignement de Schönberg. Cependant, finalement, Sarabhai lui enseigne moins la musique que la philosophie indienne, l’introduisant à l’enseignement du penseur spirituel Sri Ramakrishna et lui offrant un exemplaire de L’Enseignement de Rāmakrishna, qu’il dévore avidement. Cette influence se voit notamment dans ses Sonates et Interludes (1946-1948) pour piano préparé. Enfin au début des années 1950, il s’initie au bouddhisme zen auprès de Daisetsu Teitaro Suzuki, qui enseigne alors la philosophie orientale à la Columbia University. Il retient notamment le principe de non-obstruction. Puisque “toute chose, tout être, c’est-à-dire tous les êtres non doués de sensation et tous les êtres doués de sensation, est le Bouddha. […] Il y a interpénétration, il n’y a pas d’obstruction entre eux.

Tirant leçon de cet enseignement, Cage décide de se débarrasser de son égo d’artiste qui fait obstruction à l’ordre du monde et d’accepter le chaos des choses. À partir de là, il choisit d’expérimenter le hasard en composition. “Plutôt que de prendre le chemin proposé dans la pratique formelle du bouddhisme zen, c’est-à-dire s’asseoir les jambes croisées, la respiration et toutes ces choses, je décidais que ma propre discipline serait celle à laquelle j’étais déjà assigné : faire de la musique. Et que je le ferai avec des moyens aussi strictes que les jambes croisées ; c’est-à-dire le recours aux opérations faisant intervenir le hasard et la modification de ma responsabilité, dans les choix comme dans les questions posées”, dit-il. Il s’agit donc de remettre radicalement en question la notion de structure musicale.

Une des premières tentatives de Cage dans cette voie est la conférence Lecture on Nothing, donnée à Boston en 1948, durant laquelle Cage lit quinze fois de suite une page unique, avec le refrain “Si quelqu’un s’ennuie, laissez-le s’ennuyer”. À la fin de la conférence, Cage répond aléatoirement aux questions posées avec une des sept réponses préparées par avance.

Il recourt au Yi King pour composer aléatoirement Music of Changes en 1952, pour piano seul. Créer cette pièce d’une très grande complexité lui prend neuf mois car il tire au sort chaque composante du son afin d’élaborer sa partition.

L’une des œuvres les plus célèbres de John Cage est probablement 4′33″, un morceau où un(e) interprète joue en silence pendant quatre minutes et trente-trois secondes. Composée en trois mouvements devant cependant être indiqués en cours de jeu, l’œuvre a été créée par le pianiste David Tudor. L’objectif de cette pièce est l’écoute des bruits environnants dans une situation de concert. Cette expérimentation découle de l’importance qu’accordait John Cage à la pensée de Henry David Thoreau. Ce dernier relate dans son “Journal” qu’il est plus intéressant d’écouter les sons de la nature, le son des animaux et le glissement furtif des objets animés par les éléments naturels, par le vent, que la musique préméditée par l’intention d’un compositeur. 4′33″ découle aussi de l’expérience que Cage réalise dans une chambre anéchoïque dans laquelle il s’est aperçu que “le silence n’existait pas car deux sons persistent : les battements de son cœur et le son aigu de son système nerveux”. Comme le dit Yōko Ono, John Cage “considérait que le silence devenait une véritable musique”.

À partir de cette période, toutes les compositions de Cage seront conçues comme des musiques destinées à accueillir n’importe quel son qui arrive de manière imprévue dans la composition.

Cage a composé de nombreuses pièces pour piano préparé dont les Sonates et interludes, où le pianiste doit insérer de manière précise entre certaines cordes du piano des objets divers comme des boulons ou des gommes qui transforment le son de l’instrument.

L’étrangeté de ses compositions laisse transparaître l’influence du compositeur Erik Satie, auteur en son temps incompris de compositions très originales, comme les ésotériques Gnossiennes ou les très sobres et célèbres Gymnopédies. Cherchant à épurer sa musique, il a eu la particularité d’écrire ses œuvres sans ponctuation musicale, laissant au pianiste comme seules indications des descriptions d’atmosphère au lieu des traditionnelles nuances.

Cage prétendait que l’une des composantes les plus intéressantes en art était en fait ce facteur d’imprévisibilité où des éléments extérieurs s’intégraient à l’œuvre de manière accidentelle. Il considérait la plupart des musiques de ses contemporains “trop bonnes car elles n’acceptent pas le chaos”. À partir de cette époque, il compose des musiques uniquement fondées sur le principe d’indétermination en utilisant différentes méthodes de tirage aléatoire dont le Yi Jing. Le mot “aléatoire” doit s’entendre chez John Cage, en anglais, comme chance et non pas random.

Le travail de John Cage s’appuie sur la recherche et l’expérimentation. Il a été lauréat du Prix de Kyoto en 1989.

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