“Any idiot can face a crisis – it’s day to day living that wears you out”

tchekovanton(“N’importe quel idiot peut faire face à une crise – c’est la vie quotidienne qui nous épuise”)
Anton Tchekhov – Setlist de la tournée Postcards From A Young Man
Extrait de la Cerisaie

Anton Pavlovitch Tchekhov ou Tchékhov (en russe : Антон Павлович Чехов), né le 29 janvier (17 janvier) 1860 à Taganrog (Russie) et mort le 15 juillet 1904 à Badenweiler (Allemagne), est un écrivain russe, principalement nouvelliste et dramaturge.

Tout en exerçant sa profession de médecin, il publie entre 1880 et 1903 plus de 600 œuvres littéraires ; certaines pièces souvent mises en scène à l’heure actuelle – La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania – font de lui l’un des auteurs les plus connus de la littérature russe, notamment pour sa façon de décrire la vie dans la province russe à la fin du XIXème siècle.

Ami d’Ivan Bounine, de Maxime Gorki, de Fédor Chaliapine, d’Alexeï Souvorine, il est l’oncle de Mikhaïl Tchekhov.

Anton Pavlovitch Tchekhov naît à Taganrog, au bord de la mer d’Azov, au sud de la Russie. Son père, Pavel Iegorovitch Tchekhov (1825-1898), est un homme violent d’une religiosité excessive, et le fils d’un serf du gouvernement de Voronej qui a acheté son affranchissement au comte A. D. Tchertkov en 1841. Il tient une petite épicerie et commerce de produits coloniaux à Taganrog. Sa mère, née Evguenia Iakolevna Morozova (1835-1919), est fille de commerçants, négociants en draps de la région de Morchansk, issus également d’une ancienne famille de serfs. Elle a dix-neuf ans quand elle se marie. Les époux élèvent six enfants, dont cinq garçons : Alexandre (1855-1913), Nikolaï (1858-1889), Anton (1860-1904), Ivan (1861-1921) et Mikhaïl (1865-1936) et une fille : Maria (1863-1957) ; une seconde fille Evguenia (1869-1871) est morte en bas âge.

Les très faibles revenus tirés du magasin résultent de l’aptitude médiocre du père à gérer l’épicerie et de la situation économique déclinante du port de mer de la ville de Taganrog en raison de l’ensablement de la baie dans la seconde moitié du XIXème siècle. Les enfants Tchekhov grandissent donc dans la pauvreté et les restrictions. Les fils, y compris Anton, ont très tôt aidé au magasin, en plus d’être contraints d’aller chaque jour à des cours de chant au chœur de l’église, où le père est chantre. Celui-ci manifeste une religiosité stricte un engouement musical despotique. Tchekhov décrit ce père autoritaire à maintes reprises. La famille vit alors dans la maison Gnoutov, petite bâtisse toute en rez-de-chaussée, située Politzeïskaïa oulitsa (rue de la Police) à Taganrog.

Malgré une situation financière difficile, les Tchekhov tiennent à offrir à leurs enfants de bonnes connaissances générales : à huit ans, Anton est admis en classe préparatoire au lycée n°2 de garçons de Taganrog, qu’il fréquente de 1869 à l’obtention de son diplôme en 1879. Anton se montre alors un élève plutôt moyen qui redouble par deux fois (en 3ème et 5ème classe). Cette situation ne semble pourtant pas très surprenante compte tenu de la charge continuelle supportée par les frères qui doivent, en dehors des cours, aller chanter au chœur ou bien travailler dans le magasin de leur père, mais aussi vis-à-vis des méthodes d’instruction et d’éducation particulièrement autoritaires en vigueur à cette époque dans les écoles de l’Empire russe. Tchekhov utilise ses souvenirs de lycée notamment dans le récit L’Homme à l’étui (1898).

Alors qu’il est tenu jusque-là pour un enfant discret et réservé, il fait montre comme lycéen d’un humour prononcé et porte beaucoup d’intérêt pour le théâtre et la littérature. Il s’y fait une réputation de farceur par ses commentaires satiriques et de ses mauvais tours tels que sa facilité à affubler les professeurs de surnoms humoristiques. Pendant le peu de temps libre dont ils disposent, les frères Tchekhov ont pour habitude d’aller voir des représentations au théâtre municipal de Taganrog et ils mettent en scène régulièrement des pièces comiques dans leur propre théâtre qu’ils ont construit à la maison. À partir de 1877, Anton fréquente en outre, régulièrement, la toute récente bibliothèque publique de Taganrog.

En 1869, la famille Tchekhov déménage dans une nouvelle maison située Monastyrskaïa oulitsa (rue du Monastère). Du fait d’une mauvaise opération immobilière et de la baisse continue des revenus de son magasin, les difficultés financières de son père s’aggravent tant dans les années suivantes qu’il doit déclarer son commerce en banqueroute au printemps 1876, ce qui, à l’époque, signifie être sous la menace d’une incarcération. Il ne lui reste plus qu’à céder le magasin et à fuir secrètement à Moscou, où séjournent déjà, pour leurs études, depuis l’été 1875 les deux aînés : Alexandre et Nikolaï. Quelques mois plus tard, il est rejoint par la mère et les deux plus jeunes enfants, tandis qu’Anton et Ivan poursuivent leurs études au lycée de Taganrog.

Dès cette époque, Anton est de fait livré à lui-même, car sa famille ne dispose alors d’aucun revenu régulier à Moscou, et vit dans une profonde misère. La maison de Taganrog revient à un des créanciers (acquise déloyalement par un de leurs anciens pensionnaires) ; Anton y loue seul un coin alors qu’Ivan trouve refuge dans un premier temps chez une tante, avant de partir lui aussi pour Moscou à l’automne 1876. Anton, qui se prépare assidûment au baccalauréat, se retrouve tout seul et subvient à ses besoins en donnant des leçons particulières et en liquidant le reste des biens de ses parents, envoyant ainsi une part de ces maigres revenus à sa famille à Moscou.

Des années plus tard, il s’exprime de manière lucide sur le sujet de son enfance, de sa jeunesse ainsi que sur son passage précoce à l’âge adulte, au travers d’une lettre adressée à son éditeur habituel, Souvorine :

“Ce que les écrivains nobles prenaient gratuitement à la nature, les écrivains roturiers l’achètent au prix de leur jeunesse. Ecrivez donc un récit, où un jeune homme, fils de serf, ancien commis épicier, choriste à l’église, lycéen puis étudiant, entraîné à respecter les grades, à embrasser les mains des popes, à vénérer les pensées d’autrui, reconnaissant pour chaque bouchée de pain, maintes fois fouetté, qui a été donner des leçons sans caoutchoucs aux pieds, qui s’est battu, qui a tourmenté des animaux, qui aimait déjeuner chez des parents riches, qui fait l’hypocrite avec dieu et les gens sans aucune nécessité, par simple conscience de son néant, montrez comment ce jeune homme extrait de lui goutte à goutte l’esclave, comment un beau matin, en se réveillant, il sent que dans ses veines coule non plus du sang d’esclave, mais un vrai sang d’homme”.

À l’été 1879, il réussit l’ensemble de ses examens et obtient son diplôme. Puis, il postule pour une bourse offerte par la municipalité de Taganrog dotée de 25 roubles par mois, qu’il obtient en août 1879. Le 8 août 1879 il débarque à Moscou, accompagné de deux camarades Saveliev et Zemboulatov, pour y entreprendre les études de médecine dont il avait fait le projet depuis longtemps.

Le parcours de Tchekhov à l’université Lomonosov de Moscou, où il s’inscrit à la faculté de médecine peu après son arrivée, dure de septembre 1879 jusqu’au diplôme à l’été 1884. Durant cette période, les Tchekhov changent plusieurs fois de lieu de résidence et doivent se contenter, particulièrement dans les premiers mois, de logements beaucoup trop petits pour une famille de sept personnes, ce qui procure à Anton d’immenses difficultés dans la préparation de ses examens. Ceci le renforce encore plus dans l’idée qu’en se consacrant à l’écriture dès ses premières années d’études, l’écriture pourra s’avérer également une importante source de revenu.

Les débuts de Tchekhov comme auteur remontent à l’époque de Taganrog : dès l’adolescence il s’essaie à écrire des petits textes, parodies, anecdotes ainsi que des histoires drôles. Comme son grand frère Alexandre, qui vit à cette époque à Moscou et fait quelques piges dans des journaux et revues humoristiques, Anton envoie sans succès quelques-uns de ces textes brefs (dont aucun n’a été conservé) à plusieurs rédactions moscovites. En 1878, Tchekhov rédige pour la première fois une pièce de théâtre, laquelle doit avoir pour titre Sans Père et est dédiée à Maria Iermolova, une actrice renommée qu’il admire. Mais cette pièce ne rencontre aucun écho favorable à Moscou à cause de ses multiples remaniements tardifs. Elle est ensuite considérée comme disparue, avant de reparaître en 1920 comme manuscrit sans titre. Elle est publiée pour la première fois en 1923 et est connue ensuite à l’étranger sous le titre de Platonov).

Par la suite, Tchekhov lui-même indique à plusieurs reprises dans ses lettres les années 1878-1880 comme ses véritables débuts littéraires, sans pouvoir en préciser cependant le véritable moment. Les premières publications de Tchekhov conservées jusqu’à aujourd’hui remontent à l’année 1880 lorsqu’il parvient, après quelques essais infructueux, à publier dix nouvelles humoristiques dans la revue pétersbourgeoise Strekosa (La Libellule) dont la Lettre de Stepan Vladimirovitch, propriétaire de la région du Don, à son savant voisin, le docteur Friedrich le 9 mars 1880.

En 1881 et 1882, suivent plusieurs publications de ce genre dans des revues humoristiques et satiriques plus ou moins connues : Boudilnik (Le Réveille-Matin), Moskva (Moscou), Zritel (Le Spectateur) et Svet i teni (Ombres et Lumière). Une lettre datant de ses années d’études, donne des indications sur les difficultés que rencontre Tchekhov dans ses débuts. En août 1883, il écrit ainsi au rédacteur d’une revue dans un courrier accompagnant des nouvelles :

“J’écris dans les pires conditions. Devant moi se tient mon travail non littéraire, se rappelant à moi impitoyablement, le bébé d’un parent venu en visite crie dans la pièce d’à côté, dans une autre pièce mon père lit à voix haute à mère L’Ange scellé de Nikolaï Leskov. […] Mon lit borde celui de mon cousin venu en voyage, qui vient constamment me parler de médecine. […] J’ai la malchance, d’être médecin, et il n’y a personne qui ne se sente obligé de s’entretenir de médecine avec moi. […] Une situation sans équivalent”.

Le ton à moitié plaisant, empreint d’autodérision, qu’utilise Tchekhov dans ces propos est caractéristique d’une grande partie des lettres de ses années d’études ainsi que des années suivantes. Le travail n’est pas rendu difficile seulement du fait de l’état du logement et plus généralement des conditions de vie précaires, mais aussi du fait de rétributions aléatoires de la part des rédactions, de contraintes rédactionnelles (dans la revue de N. A. Leïkine Oskolki (Les Éclats) par exemple les histoires ne devaient pas dépasser cent lignes) et surtout de la censure d’État. Enfin, durant les années 1880, à la suite de l’assassinat de l’empereur Alexandre II, une sélection impitoyable et arbitraire est effectuée avant toute publication prévue dans la presse russe. Ainsi, le premier livre édité de Tchekhov, le recueil de nouvelles Farces (russe : Шалость), achevé en 1882 est refusé par la censure et depuis lors est tenu pour perdu.

Malgré l’obtention de son diplôme de médecine après cinq ans d’études, Tchekhov passe pour être un étudiant très moyen et peu assidu. Nonobstant son enthousiasme pour les sciences naturelles et son intérêt pour l’enseignement de Darwin qu’il manifeste dans une lettre de 1886, il privilégie son activité d’écrivain qui lui procure des revenus. Il envisage cependant d’écrire une thèse sur l’histoire de la hiérarchie sexuelle dans la nature.

Se sentant responsable de sa famille, venue s’installer à Moscou après la faillite du père, Tchekhov cherche à augmenter ses revenus en publiant des nouvelles dans divers journaux et sous divers pseudonymes (parmi lesquels le plus connu Antocha Tchékhonté, tel qu’il était nommé par un de ses professeurs, ou de plus fantaisistes comme Le frère du frère, L’homme sans rate ou Jeune vieillard). Jusqu’à sa nomination comme médecin en septembre 1884, il parvient à publier au total plus de deux cents récits, chroniques littéraires et parodies dans diverses revues. Certaines des nouvelles écrites à cette époque appartiennent encore aujourd’hui à ses œuvres les plus connues, telles que les nouvelles empreintes de satire La Mort d’un fonctionnaire, Une fille d’Albion, Le Gros et le Maigre (toutes de 1883) ou bien Un caméléon (1884). À l’été 1884 paraît son premier livre publié : Les Contes de Melpomène (russe : Сказки Мельпомены), un recueil de six récits. Il entreprend également une thèse sur le sujet La Médecine en Russie.

En juin 1884, Tchekhov termine ses études de médecine. La famille passe l’été dans le logement de fonction spacieux de son frère Ivan à Voskressensk près de Moscou (aujourd’hui Istra), où celui-ci est professeur. Tchekhov y commence à exercer la médecine : il consulte des patients au dispensaire ainsi qu’à l’hôpital du zemstvo situé dans la petite ville voisine de Zvenigorod, il participe en outre à des examens de médecine légale et pratique des autopsies. En réalité, Tchekhov prend en charge ses patients bénévolement, car peu d’entre eux peuvent le rémunérer de façon convenable. De plus, il ne peut nier que ses écrits sont plus bénéfiques que la pratique de la médecine.

Cela ne change pas les années suivantes, lorsque la famille Tchekhov fait l’acquisition d’une propriété à la campagne où Tchekhov soigne des paysans. En dehors des mois d’été, quand les Tchekhov résident dans leur logement de Moscou, Tchekhov examine volontiers les nombreux parents et connaissances de la famille. Il écrit à ce propos dans une lettre à son oncle, sur un style ironique : “Je travaille tant et plus. Tous les jours je dois dépenser plus d’un rouble en calèche. J’ai beaucoup d’amis et du coup aussi beaucoup de patients” ; et il poursuit sur les difficultés à se faire régler ses honoraires : “Une moitié d’entre eux ne paie pas. Les autres donnent parfois cinq, parfois trois roubles par consultation” Après avoir ressenti les premiers signes de la phtisie, forme pulmonaire de la tuberculose dès sa vingtième année, il fait en décembre 1884 sa première crise d’hémoptysie, découvrant ainsi sa maladie, dont il meurt en 1904.

Son activité de médecin, entre autres, lui fournit beaucoup de matière pour ses récits, et durant la deuxième partie des années 1880, il écrit énormément : ainsi, pour la seule année 1885, il publie cent trente-trois textes alors que ce nombre s’élève à cent douze en 1886 et seulement à soixante-quatre en 1887. La plupart de ses récits sont alors publiés sous pseudonymes. Tchekov jouit déjà d’une reconnaissance certaine de la part de cercles littéraires (notamment car il publie, depuis avril 1885, dans la fameuse Peterbourskaïa Gazeta (le Journal de Pétersbourg)); pourtant, il accepte une invitation de la rédaction d’Oskolki en décembre 1885 – ce qui lui vaut une première visite de la capitale Saint-Pétersbourg, ce qui fait évoluer sa situation. Dans cette ville, il fait connaissance, entre autres, avec l’influent éditeur Alexeï Souvorine, avec lequel il signe peu après un contrat dans de très intéressantes conditions. En même temps, il rencontre le romancier à succès, de grand renom à cette époque, Dmitri Grigorovitch, qui voit en Tchekhov quelqu’un au talent exceptionnel. Grigorovitch, qui jouissait alors d’une grande autorité dans le monde littéraire russe et dont la pensée comptait pour Tchekhov, lui conseille dans une lettre, quelques mois plus tard, d’abandonner les pseudonymes, ce que fait Tchekhov : à partir de 1886 il travaille étroitement avec Souvorine et publie beaucoup de ses nouveaux récits sous son vrai nom dans Novoïe Vremia (Temps nouveaux), le journal dirigé par Souvorine qui est alors une des feuilles les plus diffusées du pays.

Une partie de ses nouveaux récits paraissent dans la revue mensuelle modérément libérale Rousskaïa Mysl (La Pensée russe). Son second recueil de nouvelles, Récits bariolés, est publié en 1886. De 1885 à 1887, les Tchekhov passent les mois d’été à Babkino près de Voskressensk, dans la propriété des Kisselev, amis de la famille. Dans ses souvenirs, son frère Mikhaïl se dit persuadé que la beauté des paysages des environs de Babkino, les joyeuses parties de pêche et la cueillette des champignons, ont dû être déterminants dans l’épanouissement du talent de son frère. Tchekhov y trouve en particulier plusieurs motifs pour ses œuvres à venir. Cela est frappant par exemple pour des récits tels que La Lotte, Le Chasseur (tous deux de 1885), La Sorcière (1886) ou Volodia (1887), dans les actions se déroulent dans un cadre très ressemblant.

Cependant, Tchekhov n’écrit plus seulement des textes humoristiques, mais aussi de plus en plus de récits, dans lesquels sont développés des thèmes très sérieux voire dramatiques, abordant parfois aussi des problèmes de société qui touchent particulièrement la province russe de cette époque, ce qui est typique de la suite de son œuvre. Font partie de ces récits dramatiques de la seconde moitié des années 1880, des œuvres comme Aniouta, La Nuit de Pâques, Mauvais caractères (toutes de 1886) ou Fièvre typhoïde (1887). Le voyage que Tchekhov entreprend dans sa patrie en février 1887 lui fournit de nombreux autres thèmes. Il rend visite à des parents à Taganrog, à Novotcherkassk et dans d’autres lieux du sud de la Russie, et voyage à travers les somptueux paysages de la steppe, sur le Don et la mer d’Azov. Il déplore ultérieurement l’accablante arriération et le manque de culture de cette région, qui toutefois l’inspire à plus d’un titre à cause de la beauté de ses vastes paysages. C’est le cas des nouvelles La Steppe, publiée en 1888, qui est renommée pour ses minutieuses et authentiques descriptions de paysages, et de La Fortune, parue en 1887.

Le nombre de textes publiés à la fin des années 1880 diminue par rapport aux années précédentes ; Tchekhov écrit dans une lettre de février 1888 : “La Steppe m’a demandé tant d’énergie, que je ne peux toujours pas me consacrer sérieusement à autre chose”. De 1888 à 1889, Tchekhov ne publie que deux douzaines de récits, nouvelles (dont Jour de fête et Une banale histoire) et pièces de théâtres (telles que les pièces en un acte L’Ours et Une Demande en Mariage).

Sa famille peut alors se réjouir de la popularité montante de l’auteur et entrevoir de sortir de la misère grâce à la parution de nouvelles œuvres ou de recueils. Cette popularité rend cependant impossible le travail comme auparavant : Tchekhov étant toujours plus occupé en rédaction, en relecture de manuscrits – les siens comme ceux des autres – ou bien en préparation ou en recherche pour ses futures publications. À partir de mai 1888, il s’installe dans une datcha louée à Louka près de Soumy (gouvernement de Kharkov) à la famille Lintvariov (dont il s’inspire pour Le Sauvage et Oncle Vania), pendant toute l’année 1889, puis il installe sa famille dans la maison principale du domaine. Il soigne les malades et visite la région. Le travail progresse alors lentement, cette situation s’aggravant encore lorsque Tchekhov est touché par la mort prématurée de son frère aîné, Nikolaï, des suites d’une tuberculose foudroyante en juin 1889. Il est enterré au domaine.

La prise de connaissance à travers la relecture des travaux de son jeune frère Mikhaïl, qui étudie alors le droit, sur le droit pénal et la vie pénitentiaire dans l’empire russe, pousse soudain Tchekhov à la fin 1889 à entreprendre un voyage dans l’Extrême-Orient russe en Sibérie et à l’île de Sakhaline, afin de témoigner de la réalité de cette province isolée et sur la katorga (“bagne”) situé dans cette île-prison. Début 1890, il étudie assidûment des publications scientifiques sur Sakhaline et se prépare pour un voyage, qu’il prévoit durer six mois. Tchekhov rejette énergiquement chaque tentative de ses proches ou de ses amis voulant le dissuader de partir. Dans une lettre à Souvorine, il dit :

“Vous écrivez […], que les gens n’ont que faire de Sakhaline, qu’elle n’intéresse personne. Est-ce exact ? Sakhaline ne saurait être inutile et sans intérêt que pour une société qui n’y déporterait pas des milliers d’individus et ne dépenserait pour cela des millions. […] Sakhaline est un lieu de souffrances intolérables comme seul l’homme peut en supporter

Il part enfin le 21 avril, d’abord en train jusqu’à Iaroslavl, puis prend le bateau à vapeur sur la Volga pour Nijni Novgorod et Kazan, puis sur la Kama jusqu’à Perm, puis des calèches à travers l’Oural, Iekaterinbourg, la Sibérie occidentale, Tioumen, Tomsk, Krasnoïarsk et Irkoutsk jusqu’au lac Baïkal et au fleuve Amour, Blagovechtchensk, Khabarovsk, Nikolaïevsk d’où il prend le bateau pour la côte nord de Sakhaline. Le voyage aller dure presque trois mois et, pendant le trajet à travers l’Oural et le lac Baïkal, il emprunte des routes de montagne (le fameux trakt sibérien) très peu carrossables ou bien par endroits interrompues par les inondations de printemps. Les nombreuses lettres que Tchekhov envoie à ses proches et à ses amis durant ce voyage pénible, délivrent de nombreux détails sur ce parcours.

Plusieurs fois, Tchekhov loue la beauté des paysages de la Sibérie et de l’Extrême-Orient ainsi que l’esprit de liberté des habitants, mais il en dénonce également la pauvreté et l’arriération.

Tchekhov séjourne trois mois dans l’île de juillet à octobre 1890. Il visite de nombreuses prisons après avoir reçu de la part de l’administration de l’île les autorisations nécessaires. Tchekhov est autorisé à tout voir, sauf les prisonniers politiques. Il y consulte quand il le peut les malades et recense l’ensemble de la population de l’île (estimée alors à 10 000) à l’exception des autochtones (Nivkhes, Aïnous et Oroks). En septembre, il résume ainsi son travail dans la partie nord de l‘île :

“Je ne sais quel parti j’en tirerai, mais j’ai fait énormément de choses. Il y aurait de quoi écrire trois thèses. Je me levais tous les jours à cinq heures du matin, je me couchais tard et chaque jour la pensée de tout ce que je n’avais pas encore fait, me mettait dans un état de tension extrême. […] à propos, j’ai eu la patience, de recenser toute la population de Sakhaline. J’ai fait le tour de tous les villages, je suis entré dans chaque isba, j’ai parlé à chacun ; […] il n’y a pas un seul bagnard ou un seul colon à Sakhaline qui ne se soit entretenu avec moi”.

Le voyage du retour par voie maritime via le Pacifique, l’océan Indien (“Ici, au paradis, j’ai parcouru des centaines de lieues en chemin de fer et je me revois sous les palmeraies et entouré de femmes bronzées”, se remémorant l’escale de Ceylan), le canal de Suez, la Méditerranée, la mer Noire et Odessa dure plus d’un mois et demi. Il se sert de ses impressions dans le récit Goussiov (1890), qu’il écrit en partie à bord du bateau. Malgré cela, il n’y consacre que peu de pages à la description du bagne : Les Garces(1891), En déportation (1892), Un meurtre (1895).

Tchekhov rentre à Moscou au début décembre 1890. En 1893, il décrit son expérience dans l’essai L’île de Sakhaline (qu’il désigne comme “un véritable enfer”), qui dépeint d’une façon bouleversante sous la forme d’un récit de voyage la vie misérable des confins de l’Empire russe. Le livre, dans lequel sont décrits entre autres les mauvais traitements faits aux détenus, la corruption et la prostitution enfantine, qui constituent la réalité quotidienne du bagne, fait sensation dans l’Empire russe dès sa publication, si bien qu’il est à l’origine d’une commission d’enquête menée sur le champ par le ministère de la justice pour faire la lumière sur les pires exactions dans cette région de Russie.

Afin de se libérer de l’agitation habituelle qui l’entoure depuis son retour, Tchekov entreprend avec Souvorine son premier voyage en Europe centrale et occidentale au printemps 1891. Il visite notamment Vienne, Venise (qui lui plaît particulièrement), Florence, Rome et Paris. La famille passe l’été suivant dans une de leurs propriétés délaissées près d’Aleksine au bord du fleuve Oka, en Russie centrale, où Tchekhov continue son travail sur le livre L’île de Sakhaline. Il indique régulièrement dans des lettres la difficulté qu’il a à écrire ce livre, qui nécessite le recours à de nombreux ouvrages scientifiques et statistiques. À cela s’ajoute la détérioration continue de son état de santé.

Les fatigues de son voyage à travers la Sibérie ont sérieusement entamé l’état de santé de Tchekhov. En novembre 1891 il souffre de crises de toux et autres symptômes de refroidissement, qui ne lui laissent aucun répit, alors qu’il s’active bénévolement durant ces mois ; il participe à la récolte de fonds pour les victimes de la famine dans la région de Nijni Novgorod et aide à la répartition de cette aide. Le printemps 1892 voit sa participation aux secours apportés aux paysans du gouvernement de Voronej au sud de la Russie, victimes de mauvaises récoltes et de famine. Il rend compte de son expérience dans les régions touchées par la famine, et montre son refus de faire de la bienfaisance une sorte de remède universel à tous les maux sans fin de la société, dans le récit Ma Femme, paru fin 1891.

La nécessité croissante d’avoir une résidence d’été stable, dans laquelle il puisse travailler tranquillement, décide Tchekhov à acquérir une vaste propriété pour lui et sa famille au printemps 1892. Il s’agit d’une propriété, qui est à cette époque dans un état d’abandon total, nommée Melikhovo près de Lopasnia dans l’ouiezd (“district”) de Serpoukhov au sud de Moscou. En mars, la famille quitte son appartement de Moscou pour Melikhovo. Tchekhov renoue avec la médecine, et soigne les paysans de Melikhovo bien souvent gratuitement. En outre, il coordonne bénévolement les mesures sanitaires prophylactiques pour faire face à la menace grandissante d’une épidémie de choléra. Son expérience de médecin fournit à Tchekhov une grosse part de la matière utile à sa future œuvre d’importance, la nouvelle La Salle n!° 6 (1892).

À partir de 1894, Tchekhov mène des actions bénévoles à Melikhovo et dans le périmètre duzemstvo (“assemblée provinciale”) où il fonde des dispensaires et finance la construction de plusieurs écoles populaires dans le district de Serpoukhov. Il envoie plusieurs dotations importantes de livres à la bibliothèque de sa vie natale Taganrog ainsi qu’aux écoles de Sakhaline, offertes pour partie par les éditeurs, pour partie de sa propre bourse.

Dans les années 1890, Tchekhov se consacre à la dramaturgie : en 1887, il assiste à la création de sa première grande pièce, Ivanov puis, entre 1888 et 1889, il écrit plusieurs petites pièces en un acte ainsi que L’Homme des bois qui, une fois remaniée en 1896 sous le nom d’Oncle Vania, devient sa prochaine pièce importante qui demeure aujourd’hui une de ses pièces les plus connues.

À Melikhovo, il termine en 1895 l’écriture de son drame La Mouette, créé en octobre 1896 à Saint-Pétersbourg avec Vera Komissarjevskaïa dans le rôle principal, qui dans un premier temps est un échec, avant d’être reprise en 1898 par Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch-Dantchenko au Théâtre d’art de Moscou et d’y rencontrer un écho favorable. De cette époque datent plusieurs récits et nouvelles renommés dont Le Moine noir, Le Violon de Rothschild (tous deux de 1894), La Maison à mezzanine (1896) et Les Moujiks (1897) ; dans ce dernier, prenant pour cadre de l’intrigue le district de Serpoukhov, Tchekhov s’y fait l’observateur singulier et très pessimiste de la vie paysanne, au point de faire l’objet de modifications ordonnées par la censure.

En mars 1897, à Moscou, Tchekhov souffre d’une grave hémoptysie qui le contraint à rester à l’hôpital plusieurs semaines. C’est aussi surtout la première fois qu’il consulte pour sa tuberculose, qu’il avait tenté jusqu’ici de soigner par lui-même. Plusieurs médecins lui conseillent dès lors de passer les mois d’hiver en Crimée, presqu’île de la mer Noire réputée pour son climat tempéré ou bien dans d’autres pays du sud de l’Europe. Tchekhov suit ce conseil et voyage à l’automne 1897 pendant plusieurs mois sur la côte méditerranéenne française.

En septembre 1898, il se rend à Yalta en Crimée et y achète un mois plus tard une parcelle pour y faire construire une nouvelle propriété. À la suite de la mort de son père en 1898, la propriété de Melikhovo, qui est de moins en moins fréquentée, est finalement vendue à l’été 1899. À la suite d’un désaccord avec Souvorine, Tchekhov signe début 1899 un nouveau contrat avec l’éditeur d’origine allemande Adolf Marx, qui pour 75 000 roubles, acquiert les droits de son œuvre (à l’exception des pièces de théâtre). Avec cet argent il se fait construire une petite maison (la “Datcha Blanche”) sur le terrain acquis à Aoutka près de Yalta. Tchekhov s’y rend à la fin de l’été 1899.

À Yalta, Tchekhov fait la connaissance de plusieurs auteurs réputés de l’époque, avec qui il se lie d’amitié – parmi lesquels l’écrivain révolutionnaire engagé Maxime Gorki. Pourtant, malgré sa constante implication en tant que médecin bénévole, il décrie sans cesse l’atmosphère provinciale et désolée de Yalta qui ne lui rappelle en rien la vie mondaine et culturelle de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Il écrit en janvier 1899, peu après son installation dans sa nouvelle demeure, à un de ses anciens camarades de classe : “Voilà maintenant une semaine, qu’il pleut sans discontinuer, et je dois crier d’ennui et d’aide. Combien je perds, en vivant ici !”. Pour lutter contre la morosité de la vie de province, Tchekhov lit régulièrement les journaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg et suit avec un intérêt évident les manifestations étudiantes et les troubles politiques de la capitale, qui se répandent comme les prémices de la révolution à venir dans le pays entier.

En 1898, il traverse une crise morale, publiant Les Groseilliers, un procès du bonheur. Malgré une santé de plus en plus fragile, Tchekhov voyage toujours à Moscou. Ainsi, en septembre 1898, il assiste à une répétition d’une nouvelle mise en scène de La Mouette au Théâtre d’art de Moscou. Il y fait la connaissance de l’actrice Olga Knipper (1868–1959), qui joue par la suite souvent le premier rôle de ses pièces dans ce théâtre.

Tchekhov et Olga Knipper se rencontrent par la suite plusieurs fois à Moscou comme en Crimée, où la troupe du théâtre d’art est en tournée au printemps 1900. L’auteur, qui n’a pu rencontrer que brièvement l’actrice, trouve en elle son grand amour. S’ensuit une abondante correspondance quasiment ininterrompue depuis leur première rencontre. Ils se marient à Moscou le 25 mai 1901 ; Tchekhov, redoutant une cérémonie grandiose, l’union a été célébrée secrètement sans prévenir les proches, en présence seulement des quatre témoins qu’exigeait la loi. Le couple reste sans enfant à la suite d’une fausse couche d’Olga Knipper, la même année.

Les époux ne se voient que très rarement du fait que Tchekov doit rester en Crimée pour raison de santé alors qu’Olga continue à jouer à Moscou. Une lettre du 27 septembre 1900, de Tchekhov à sa femme témoigne de cette relation, où malgré le ton anodin de l’auteur, utilisé afin de ne pas alarmer ses proches, l’auteur laisse entrevoir combien son état de santé est sérieux : “[…] je ne sais plus ce que je dois te dire, sinon ce que je t’ai déjà dit dix mille fois et qu’apparemment tu veux encore entendre, que je t’aime – et rien de plus. Si nous ne sommes pas ensemble en ce moment, cela n’est ni de ta faute, ni de la mienne, mais celle du démon, qui fait que je dois me débattre avec les bacilles et toi avec l’amour de l’art”.

Tchekhov écrit en Crimée deux pièces importantes : Les Trois Sœurs (1900) et La Cerisaie (1903). Dans la maison de Yalta sont conçus les récits : De l’amour (1898), Dans la combe, La Dame au petit chien (tous deux de 1899) et L’Évêque (1902). Le travail littéraire à Yalta avance en revanche difficilement. Entre 1899 et 1902, Tchekhov doit travailler à une compilation de son œuvre pour les éditions Marx. Pour les nombreux visiteurs de la datcha, il semble très fatigué, du fait de toujours plus fréquentes hémoptysies, accès de fièvre et difficultés respiratoires. Tchekhov tente sans succès d’enrayer sa tuberculose galopante grâce à des voyages à l’étranger – il passe ainsi beaucoup de temps à Nice pendant les hivers 1897-1898 et 1900-1901 – et aussi par une cure de kumiz (“lait de jument”), qui ne permet pas de stopper une maladie considérée alors comme incurable.

La dernière sortie officielle de Tchekhov, alors qu’il est déjà profondément marqué par la maladie, a lieu lors d’un hommage à l’écrivain au théâtre d’art de Moscou à l’occasion de la première de sa dernière pièce, La Cerisaie, en janvier 1904. Tchekov a alors 44 ans. Le dernier récit qu’il écrit, La Fiancée, est achevé dès le printemps 1903.

Début juin 1904, Tchekhov et sa femme partent pour l’Allemagne, une fois de plus pour se soigner et consulter le docteur Karl Ewald, spécialiste des maladies pulmonaires. Après un court séjour à Berlin le couple part dans la station thermale de Badenweiler, dans la Forêt-Noire, qui leur a été recommandé par un médecin moscovite d’origine allemande. Tchekhov y écrit quelques lettres à destination de Moscou, dans lesquelles il décrit la vie ordonnée, aisée, cependant souvent ennuyeuse et “sans talent” des Allemands.

Après une amélioration passagère de son état de santé, Tchekhov est victime de plusieurs crises cardiaques mi-juillet, la dernière dans la nuit du 15 juillet, peu de temps avant sa mort. Olga Knipper décrit ainsi dans ses mémoires les derniers instants de Tchekhov :

“Peu après minuit, il se réveille et fait appeler un médecin pour la première fois de sa vie. […] Le docteur étant arrivé, il demande un verre de champagne. Anton Pavlovitch se lève et dit solennellement en allemand au médecin qui était à son chevet (il connaissait seulement très peu d’allemand) : “Ich sterbe…” (“je meurs…”) puis il prend le verre, se tourne vers moi, […] dit : “cela fait longtemps que je n’ai plus bu du champagne…”, ayant bu son verre tranquillement, il se coucha sur le côté gauche et se tut à jamais”.

Tchekhov est transporté par chemin de fer à Moscou et inhumé aux côtés de son père le 22 juillet 1904 en présence d’une forte affluence au cimetière de Novodiévitchi (2ème division).

Tchekhov a été récompensé par trois fois de son vivant. En octobre 1888, il reçoit le prix Pouchkine du département de littérature russe de l’Académie des Sciences doté d e500 roubles pour son recueil Dans le crépuscule, qu’il avait dédié au romancier en vogue Dmitri Grigorovitch. Fin 1899, Tchekhov a été honoré, pour son dévouement à la cause de l’enseignement public dans le district de Serpoukhov, du 3ème grade de l’ordre de saint Stanislas ; bien qu’il n’ait pas été opposé à cet hommage, il n’en a fait mention dans aucune de ses lettres. En janvier 1900, Tchekhov est élu comme membre d’honneur de la section Belles-Lettres de l’Académie des Sciences, titre qu’il abandonnera seulement deux ans plus tard, de même que Vladimir Korolenko, en protestation de l’annulation arbitraire et politique de l’élection de Maxime Gorki.

Le 25 juillet 1908, quatre ans après sa mort, a été érigé à Badenweiler le premier mémorial : une première pour un écrivain russe en dehors de son pays. Le Théâtre d’art de Moscou a fait une représentation au bénéfice de son financement. En 1918, peu de temps avant la fin de la Première Guerre mondiale, le mémorial a été fondu pour fabriquer des armes. C’est seulement en 1992 qu’a été déposé sur le socle un nouveau buste offert par les amis de Tchekhov de l’île Sakhaline en souvenir de sa visite. En 1998 a été ouvert dans l’aile de la prairie de la maison de cure de Badenweiler le musée littéraire Salon Tchekhov, lequel recèle de nombreuses lettres et documents originaux datant du séjour en Allemagne du dramaturge et de sa réception.

En Russie et dans les pays de l’orbite soviétique, son nom a été donné à des rues dans de nombreuses villes. Plusieurs lieux ont également pris le nom de l’auteur : notamment l’ancien village de Lopasnja près de Moscou, près duquel était située la principale propriété des Tchekhov ainsi que le village Tchekhov sur l’île de Sakhaline. Un lieu de cure près d’Oufa, dans les environs duquel, Tchekhov et sa femme avait acquis un terrain en 1901, porte le nom de Tchekhovo. En 1987, une station du tout récent métro a été nommée Tchekhovskaïa en l’honneur de l’écrivain : celle-ci se situe non loin d’une maison toujours existante dans laquelle les Tchekhov ont résidé juste avant leur départ pour la province. Un musée Tchekhov se situe dans une autre des anciennes résidences des Tchekhov, rue Sadovaïa-Koudrinskaïa, dans la ceinture verte près de la station de métro Barrikadnaja. La famille Tchekhov y a vécu au second étage de 1886 à 1890. Le musée a été ouvert en 1954 et inauguré par la veuve de Tchekhov Olga Knipper.

Dix ans auparavant, la propriété de Melikhovo a été transformée en musée Tchekhov. Il porte maintenant le titre officiel de réserve nationale A. P. Tchekhov et recèle, parmi un fonds de 20 000 pièces, quelques peintures originales de Isaac Levitan ainsi que de son frère Nikolaï décédé prématurément.

Un musée existe également à Yalta dans la presqu’île de Crimée. Il se situe dans la maison construite d’après ses propres plans sur le terrain acquis par Tchekhov en 1898 et surnommée ainsi en référence à son propre aspect la “datcha blanche”. Le jardin y est maintenu dans l’état voulu par Tchekhov qui y exerçait sa passion du jardinage. Le musée conserve l’état exact des lieux (jusque dans la disposition de sa table de travail) au moment de sa mort en 1904, sur quoi a veillé sa sœur Maria, qui a dirigé le musée jusqu’à sa mort en 1957. Une annexe de ce musée se situe dans une villa de Hourzouf, dans les environs de Yalta, où Tchekhov a rédigé Les Trois Sœurs. D’autres musées Tchekhov se situent à Taganrog (dans l’ancien magasin de son père Pavel Yegorovitch, de même que dans le lycée que fréquentait Tchekhov), dans les villes d’Alexandrovsk-Sakhalinsk et de Ioujno-Sakhalinsk sur l’île de Sakhaline qu’il a visité en 1890, dans la ville ukrainienne de Soumy dans la datcha où les Tchekhov ont passé les étés de 1888 et 1889.

En 1990, à l’occasion du 130ème anniversaire de sa naissance, Tchekhov a été immortalisé par une pièce commémorative soviétique d’un rouble.

En 2010, la Russie émet une série de timbres commémoratifs de son œuvre.

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