La Chute [Films]

lachutefilmLa Chute (titre original : Der Untergang) est un film allemand réalisé par Oliver Hirschbiegel et sorti en 2004. Le film évoque les événements et circonstances liés à la mort d’Adolf Hitler et à ses derniers jours, durant la bataille de Berlin en avril 1945.

Berlin, avril 1945. Le IIIème Reich est à l’agonie. Tandis que les Soviétiques préparent l’offensive finale contre les troupes allemandes défendant Berlin, Adolf Hitler se réfugie dans son bunker en compagnie de ses proches et de son état-major. Malgré l’imminence de l’inévitable défaite, le Führer s’obstine à continuer la lutte, et ce malgré le manque toujours plus criant d’effectifs et de munitions.

Le film présente ainsi les douze derniers jours de la vie d’Adolf Hitler passés dans son bunker, lors de la bataille de Berlin et les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale sur le théâtre européen. L’action suit les points de vue des témoins de cette période, dont principalement Traudl Junge, la dernière secrétaire d’Hitler.

En 1973, Ennio De Concini réalise un film, d’après un livre de Gerhardt Boldt, exactement sur le même thème : Les Dix Derniers Jours d’Hitler, avec Alec Guinness dans le rôle-titre.

Bernd Eichinger a produit en 1977 un autre film portant sur la vie d’Adolf Hitler, Hitler, un film d’Allemagne.

En 1981, George Schaefer réalise un film pour la télévision Le Bunker, les derniers jours d’Hitler d’après le livre Les hommes du Bunker de Uwe Bahnsen et James P. O’Donnell. La prestation d’Anthony Hopkins dans le rôle de Hitler lui vaudra un Emmy Award.

On voit plusieurs morts violentes en gros plan ; mais celles du Führer et d’Eva Braun restent hors-champ. Le parti pris étant d’utiliser comme références les témoignages des personnes présentes dans le bunker, il se trouve que personne ne les a vus se donner la mort, seuls quelques témoins ayant entendu les coups de feu.

Incarner le personnage d’Hitler a été une très grande performance d’acteur pour Bruno Ganz. Il s’est fondé sur des archives et des enregistrements sonores pour travailler sa voix afin de reproduire celle du Führer, trembler comme lui.

Le producteur Bernd Eichinger, scénariste du film, s’est inspiré du livre de l’historien Joachim Fest Les Derniers Jours de Hitler et des mémoires de la secrétaire du dictateur Jusqu’à la dernière heure : la dernière secrétaire d’Hitler. Il présente son film comme “un film allemand, réalisé avec des moyens allemands, des techniciens allemands, des acteurs allemands, pour un public allemand” (il est à noter que l’acteur principal, Bruno Ganz est Suisse).

En Allemagne, et marginalement en France, le film a suscité des débats :

  • Certains reprochent au film de n’évoquer que rapidement les crimes contre l’humanité et les actes commis contre les pays envahis et leurs populations (avec trois paroles d’Adolf Hitler, un carton en fin de film et un témoignage de Traudl Junge). C’est ainsi que de nombreux fidèles d’Adolf Hitler, qui jouent un rôle important dans le film, et qui peuvent parfois être sympathiques au spectateur, ne sont jamais présentés pour ce qu’ils sont ;
  • D’autres estiment que l’on ne peut pas reprocher à un film de ne pas être exhaustif. Le réalisateur a la liberté artistique et un film ne doit pas être soumis à une orientation diplomatique ou un discours qui relèverait de relations publiques. Ainsi, on reproche à Oliver Hirschbiegel ce que l’on ne reproche pas à Steven Spielberg ou d’autres. Si un film comme Il faut sauver le soldat Ryan ne traite en effet pas d’Hiroshima, ce n’est pas à la base une volonté d’occulter mais le zoom arbitraire sur une scène à un moment donné. Il en est de même pour Der Untergang qui n’a pas la prétention d’être l’annuaire d’une époque. Toutefois, il est vrai que le propos de La Chute est de dépeindre les derniers jours d’un régime et qu’à ce titre ledit régime n’est évoqué que d’une manière très partielle, évitant d’aborder des points pourtant fondamentaux, voire fondateurs, de son histoire ;
  • Certains voient une humanisation d’Adolf Hitler par les scènes de vie quotidienne, avec sa chienne Blondi, son épouse Eva Braun, la famille Goebbels, etc. D’autres, comme Marc Ferro, approuvent cette humanisation d’Adolf Hitler : le fait de rappeler qu’il n’était pas un diable ou un extra-terrestre, mais qu’il appartient bien à l’espèce humaine, nous empêche de nous exonérer de tels crimes (en les attribuant à sa nature “inhumaine”). Adolf Hitler est bien humain ;
  • Ce film présente les douze derniers jours d’Adolf Hitler dans son bunker, sans trop évoquer le contexte de la guerre en dehors de l’Allemagne (les causes et le déroulement de la guerre jusqu’à la bataille de Berlin, les souffrances des peuples envahis, la Shoah) ;
  • Rochus Misch, un SS qui a été garde du corps d’Adolf Hitler de 1940 jusqu’au dernier jour, a déclaré au sujet de ce film dans J’étais garde du corps d’Hitler (p. 225, Livre de Poche 30777, 2006) que “[…] Ce film est un drame d’opérette. Tout y est exagéré. Il n’y avait pas de fêtes, de beuveries au champagne…” et qu’aucun membre de l’équipe du film n’est venu le voir pour recueillir son témoignage.

De manière générale, le film présente le peuple allemand comme victime d’Adolf Hitler, prisonnier d’un fou, comme hypnotisé, vivant un mauvais rêve. Ceci doit cependant être contrebalancé par la représentation du fanatisme nazi : on voit un groupuscule chercher des traîtres et les exécuter sommairement, et de nombreux suicides, par exemple ceux de Jeunes Hitlériens.

Un autre reproche est que le film, en montrant les officiers en victimes de la folie d’Adolf Hitler, ou tentant de protéger la population, rend sympathiques des personnes qui ont commis des crimes atroces :

  • Hermann Fegelein, l’aide de camp de Heinrich Himmler, dont le film élude le rôle qu’il a eu en tant que chef suprême de la SS, est arrêté quand Adolf Hitler découvre que Heinrich Himmler a fait des propositions de paix aux Alliés à Lübeck. L’arrestation se déroule au cours d’une fête, alors qu’il a abandonné le Führerbunker ; Hermann Fegelein est dans une chambre, avec une femme. Ils viennent de faire l’amour, et ont consommé de la cocaïne. Hermann Fegelein est ainsi présenté comme un jouisseur, arrêté alors qu’il est sous l’emprise de la drogue (presque sans défense par conséquent). Tout concourt à en faire une personne sympathique, proche du spectateur, lui aussi victime de la cruauté nazie. Or, en tant qu’aide de camp de Himmler (chef de la SS), il était au courant des crimes du nazisme, dont la solution finale. En réalité, au moment de son arrestation, il rassemblait des bijoux et des objets de valeur avant de s’enfuir. Contrairement à l’image qui est donnée de lui dans La Chute, il s’est comporté comme un parvenu, et a largement profité du régime. Fegelein avait d’ailleurs épousé Gretl, la sœur d’Eva Braun, ce qui en faisait un personnage de premier plan du régime nazi. Étant par ailleurs Gruppenführer SS, il commandait la division Florian Geyer qui a massacré des milliers de Russes et de juifs dans la région des marais du Pripet. Il apparaît aux côtés de Hitler lorsque celui-ci sort une dernière fois du bunker pour remettre la croix de fer à des membres de la jeunesse hitlérienne ; peu de temps après il est fusillé pour trahison ;
  • Le principal témoin du film, Traudl Junge, est présenté comme une oie blanche, venue de la province, sans convictions politiques particulières, choisie par Adolf Hitler pour être sa secrétaire presque au hasard parmi d’autres candidates. En fait, elle avait été chaudement recommandée par le parti nazi de Bavière. Elle affirme également qu’elle n’était pas non plus au courant (au moins dans les grandes lignes) de la solution finale, ni des exactions nazies. Cela paraît extrêmement peu probable à de nombreux historiens, étant donnée sa proximité avec le Führer ;
  • Plusieurs fois, Adolf Hitler prononce des paroles qui absolvent les Allemands des crimes nazis, en prenant leur responsabilité. C’est ainsi le cas lorsqu’il dit : “la seule chose qu’on puisse porter à mon crédit, c’est d’avoir nettoyé l’espace vital allemand du venin juif. Il déclare également au médecin SS Ernst-Robert Grawitz qui a pratiqué des expériences sur des sujets vivants, et qui craint pour sa vie : “Vous n’avez pas à vous reprocher quoi que ce soit. Vos expériences médicales serviront aux générations futures ; elles ne vous remercieront jamais assez. Je me porte garant de tout ce que vous avez fait”. Il déclare aussi une phrase au sujet du peuple allemand : “Je ne verserai aucune larme sur le sort du peuple allemand. S’il se révélait incapable de survivre à cette épreuve, il n’aurait que ce qu’il mérite”. La phrase n’est cependant étayée d’aucune source, aucune référence (le livre de Joachim Fest Les derniers jours d’Hitler ne la cite même pas, aussi bien dans la version française que dans la version allemande originale). Cette facette d’Hitler est à mettre en relation avec son rapport avec le peuple allemand, véritablement fusionnel pour lui (s’il mourait, cela revenait à faire mourir le peuple allemand), d’où son état d’esprit à pouvoir sacrifier le peuple allemand.

Dans l’ouvrage de référence Le Troisième Reich des origines à la Chute de William Shirer, il est dit que les enfants Goebbels ont été tués par un médecin et non pas (comme dans le film) par leur mère qui elle-même a été abattue avec son mari et à leur demande par un SS (dans le film c’est Goebbels qui tue sa femme).

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