La déchéance d’un homme

ladecheancedunhommeLa Déchéance d’un homme (Ningen Shikkaku) est un roman japonaise écrit par Osamu Dazai. Publié après Cours, Melos ! et Soleil couchantla Déchéance d’un homme est considéré comme le chef d’œuvre de Dazai et se classe en deuxième bestseller au Japon, après le pauvre cœur des hommes de Natsume Sôseki.

La traduction littérale du titre, comme en discute Donald Keene dans sa préface à la traduction en anglais, est “Disqualifié d’être humain”. (La traduction en italien était La squalificato, “Le Disqualifié”.)

Ce roman, malgré avec été publié en feuilleton comme œuvre de fiction en 1948, est narré à la première personne et contient plusieurs éléments qui trahissent une base autobiographique, comme le suicide – thème récurrent dans la vie de l’auteur. Beaucoup croient également que le livre était son testament, étant donné qu’il s’est suicidé peu après la publication de la dernière partie du livre, le 13 juin 1948.

Un analyste moderne a proposé que Dazai soufrait d’un syndrome de stress post-traumatique complexe quand il a écrit le livre.


La Déchéance d’un homme est raconté sous la forme de carnets laissés par un certain Ôba Yôzô, homme perturbé incapable de révéler sa véritable nature aux autres, et qui est forcé à la place à maintenir une façade de jovialité fausse.

Le roman est composé de trois chapitres, ou “mémos”, qui chroniquent la vie de Ôba de sa petite enfance à l’approche de ses trente ans.

• Premier mémo : Submergé par un sentiment intense d’aliénation et d’altérité et trouvant quasi impossible de comprendre ceux qui l’entourent qui vivent dans l’égoïsme et la mauvaise foi, Ôba ne peut s’empêcher d’avoir recours à la bouffonnerie afin d’établir des relations interpersonnelles. Il est maltraité par une servante durant son enfance, mais décide que le rapporter serait inutile.

• Second mémo : Ôba s’inquiète de plus en plus de la pénétrabilité potentielle de sa façade joviale par son camarade Takeichi, qui voit à travers sa fausse bouffonnerie. Ôba devient ami avec lui pour éviter que Takeichi ne révèle son secret. Tandis qu’il montre à Takeichi les tableaux fantomatiques de Amedeo Modigliani, il se rend compte que certains artistes expriment leur vérité intérieure de cruauté humaine par leur propres traumatismes. Ôba peint un auto-portrait inspiré par ces artistes, qui est tellement affreux qu’il n’ose le montrer à personne à part Takeichi, qui respecte le tableau. Il néglige ses études universitaires, de peur de vie collective. Sous l’influence d’un autre artiste qu’il rencontre à un cours de peinture, Hiriki, il descend dans un cycle vicieux d’alcool, de tabac et de prostitution, culminant en une rencontre d’un soir avec une femme mariée avec laquelle il tente de se suicider à deux par noyade. Bien qu’il survit, elle meurt, le laissant avec rien d’autre qu’un sentiment atroce de culpabilité.

• Troisième mémo, première partie : Ôba est expulsé de l’université, et est repris sous la garde d’un ami de la famille. Il essaie d’avoir une relation normale avec une mère célibataire, servant de père de substitution à sa petite fille, mais les abandonne en faveur d’une vie avec la maquerelle d’un bar qu’il fréquente. Depuis lors, il essaie de croire que la signification de la société, c’est qu’un individu s’échappe de sa peur de l’humanité et boive de manière aussi inspirée que Rubaïyat d’Omar Khayyam. Plus tard, il rentre dans une relation avec une jeune femme naïve qui lui a demandé d’arrêter de boire.

• Troisième mémo, deuxième partie : Grâce à l’influence de cette femme sur sa vie, Ôba arrête de boire et trouve du travail rémunéré comme dessinateur. Puis Horiki arrive, tournant Ôba à nouveau vers un comportement autodestructeur. Pire, au moment où il se rappelle de Crime et châtiment de Dostoïevski alors qu’il discute de l’antonyme du crime avec Horiki, Ôba se sépare de sa femme après un incident où elle est attaquée sexuellement par une vague connaissance. Avec le temps, Ôba devient alcoolique et accro à la morphine. Il finit par être enfermé dans un hôpital psychiatrique, et, à sa sortie, s’installe dans un lieu isolé, concluant l’histoire avec de l’introspection engourdie.

L’histoire est précédée et suivie par deux autres chapitres plus courts écrits du point de vue d’un observateur neutre, qui voit trois photos de Ôba et retrouve finalement l’un des personnages mentionnés dans les carnets qui le connaissait personnellement.

Ôba se réfère à lui tout au long du livre en utilisant le prénom réfléchi “Jibun”, tandis que le prenom personnel “Watashi” est utilisé à la fois dans l’avant-propos et la postface du livre par l’auteur, dont le nom n’est pas clair. Le nom “Ôba” est en fait tiré de l’une des œuvres plus anciennes de DazaiDôke notlana.


William Bradbury du Japan Times l’a nommé un roman intemporel, disant que “la lutte de l’individu pour se confirmer à une société normalisante est simplement aussi pertinente aujourd’hui qu’elle l’était au moment de l’écriture du roman”. Serdar Yegulalp de Genji Press a noté la force de Dazai à représenter la situation du protagonniste, décrivant le roman comme “glauque d’une manière qui est à la fois extrême et pourtant également bizarrement naturelle”. Les critiques ont noté tous les deux les qualités autobiographiques du roman, mais déclarent que le style de Dazai pousse les lecteurs à se connecter à Ôba au lieu de se focaliser sur l’auteur.


Comme d’autres romans autobiographiques comme Confession d’un masque de Mishima, la confession de Ôba implique le sentiment d’être coupable et l’espoir du vrai soi tout au long du roman. Dans Confession d’un masque de Mishima, cependant, il y a le sentiment que le masque pourrait être le “vrai soi”, c’est à dire, la chute du mythe du vrai soi, le noyau immuable de l’identité. Dazai n’explore pas ce sujet dans le roman, même s’il admet que son enfance était toute cette question du masque du clown. La crise de Dazai n’a pas lieu au niveau du vrai/faux soi, mais à un niveau plus primordial de l’humain/non-humain. Si la crise d’identité de Dazai peut s’exprimer comme le sentiment de culpabilité sous la forme d’une confession, comme dans Confession d’un masque, alors la crise de Dazai est celle de la créature qui n’est pas digne de confesser sa culpabilité ou d’exprimer sa crise d’identité. Dans les termes de Dazai, il n’est pas simplement coupable mais fou et inhumain.

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