The Australian – 20.07.2006 : Ne splittez pas, partez en solo

Plutôt que les séparer, les albums solos sont une bonne manière de garder les groupes ensemble, écrit Mark Edwards

En l’espace d’un mois, trois chanteurs d’excellents groupes sortent des albums solos. The Eraser, par Thom Yorke de Radiohead, est sorti il y a deux semaines et il est suivi de la sortie britannique la semaine prochaine de The Great Western, par James Dean Bradfield des Manic Street Preachers, et My Secret Is My Silence, pat Roddy Woomble de Idlewild.

Juste histoire de clarifier les choses, aucun de ces chanteurs ne se lancent dans une carrière solo. Tous leurs groupes sont toujours opérationnels, ce qui soulève la question : pourquoi le chanteur d’un groupe a-t-il besoin de faire un album solo ?

Nous pouvons mieux comprendre les motivations du bras droit négligé qui fait cela dans une tentative d’attirer plus d’attention. Mais pourquoi la personne sous les feux de la rampe, qui est déjà le centre de la majeure partie de l’attention qui arrive sur le groupe, aurait-elle besoin de faire un album sous son propre nom ?

Bradfield dit qu’il a fait The Great Western parce qu’il s’ennuyait. Ceci dit, c’est une déclaration raisonnable. Son groupe a pris un an de pause et, sans aucun doute ayant fait tous ces petits boulots qui avaient besoin d’être faits dans son manoir de rock star, Bradfield a trouvé le temps long.

Mais les groupes ne sont pas si simples et les dynamiques internes puissantes qui existent dans tous les groupes de longue durée ont été révélées lorsque le bassistes des Manics, Nicky Wire, a appris les projets solos de Bradfield et s’est immédiatement rendu compte qu’il s’ennuyait aussi et, plutôt que de se trouver un passe-temps ou d’aller à des cours du soir, n’a été capable d’apaiser l’ennui qu’en faisant son propre album. (I Killed The Zeitgeist de Wire sortira en septembre.)

L’interprétation de ces événements par celui qui est favorable à la théorie du complot serait ainsi : Bradfield se lasse un peu de devoir mettre en musique les paroles de Wire, surtout que ce dernier a tendance à trouver des titres de chansons dans les discours du premier ministres britannique du XIXème siècle William Gladstone et estime que la Guerre d’Espagne formera la base d’un tube.

Fatigué de Wire lui disant des choses telles que : “Ça s’appelle If You Tolerate This Your Children Will Be Next, transforme la en une chanson levée qu’on puisse reprendre en chœur à la radio, tu peux ?”, Bradfield utilise The Great Western comme son terrain pour contribuer une plus grande part de paroles aux albums de son groupe.

Si The Great Western représente un jeu de pouvoir de Bradfield, Wire est avisé de réagir rapidement ; un stratagème similaire de la part du chanteur de Depeche Mode, Dave Gahan, s’est avéré très efficace.

Pendant la majeure partie de deux décennies, toutes les chansons des Modes ont été écrites par leur claviériste, Martin Gore. Ceci a contrarié de plus en plus Gahan, alors le chanteur a sorti un album solo, Paper Monsters, en 2003.

L’acclamation qui a accueilli Paper Monsters a renforcé la position de Gahan dans le groupe et leur album suivant, Playing The Angel, comprenait plusieurs compositions de Gahan. Il était également considéré comme un retour en forme pour le groupe après quelques efforts pas fameux.

Le fait que The Great Western ait déjà été acclamé par un magazine musicale comme “une claque absolue” suggère que les fans des Manics peuvent s’attendre à ce que le groupe, quand il se réunira, sorte des chansons avec moins de références historiques et moins de syllabes par ligne.

Les raisons derrière Yorke et Woomble faisant des albums solos sont, dans un sens, identiques et, dans un autre, ne pourraient être plus différentes. Identiques parce que le deux chanteurs ont développé un penchant pour un genre musical qui ne s’accorde pas nécessairement de manière heureuse avec leurs collègues au sein de leurs groupes et pourrait même affecter de manière défavorable le potentiel commercial de leurs groupes.

Différentes parce que Yorke se tourne vers le monde futuriste de l’electronica avant-gardiste et Woomble se retire dans le monde mélodique du folk traditionnel écossais. Tous deux ont réussis à attirer leurs groupes vers ces destinations musicales.

Sur quatre albums, Idlewild se sont progressivement adoucis depuis leurs débuts punks, tandis que l’album expérimental de Radiohead, Kid A, et ses successeurs ont célèbrement divisé leurs fans, réduit leurs ventes et – beaucoup présument – ont laissé les collègues de Yorke au mieux frustrés, au pire superflus.

Dans les deux cas, l’album solo est une opportunité pour le chanteur de sortir cela de son système. Le reste de Radiohead espérera que, s’étant assis seul avec son portable à faire The Eraser, Yorke sera plus disposé à faire de la musique à guitare avec eux.

La progression musicale d’Idlewild a été plus douce que le piqué brusque de Radiohead dans l’avant-garde, mais même ainsi Woomble admet que les chansons sur My Secret Is Silence “n’auraient jamais vécu au sein d’Idlewild”.

Il parle de “se sentir livre de me décrire d’une manière dont je voulais depuis un moment”, sentiment similaire à, mais pas exprimé d’une manière aussi boudante, la déclaration de Yorke que The Eraser parle “de se libérer d’une routine qui est devenue étouffante”.

Yorke dit au magazine musical Mojo que “je veux ramener ce sentiment dans Radiohead”. Cela est de bon augure pour l’avenir du groupe et souligne combien les albums solos peuvent être important dans la résolution des problèmes au sein des groupes et dans la maintenance de la délicate chimie qui les fait fonctionner. Yorke a insinué que Radiohead avait plus ou moins splitté après leur dernière tournée, et The Eraser a contribué à réduire les tensions et a rassemblé le groupe.

Il y a deux parties intéressées qui veulent que les groupes restent ensemble : leurs fans, qui veulent plus de leur musique, et leurs maisons de disques, qui veulent plus de profits. La pression des deux côtés peut motiver les groupes à rester ensemble longtemps après que la mentalité de gang qui les a formés se soit dissipée. L’album solo peut être un exutoire vital qui permet aux membres du groupe, qui ont désormais peu en commun, de continuer à coexister dans une harmonie relative.

L’exemple le plus célèbre doit être les disputes au milieu de la carrière des Rolling Stones. Au début des années 1980, Mick Jagger a fait un effort pour actualiser le son du groupe, puis a annoncé qu’il fera un album solo. Aucun de ces gestes n’a été bien vu par Keith Richards et, en 1987, beaucoup présumaient que le groupe s’était séparé, bien qu’aucun annoncé n’ait été faite.

À la fin, Jagger et Richards ont su utiliser leurs albums solos respectifs pour exprimer leur lutte de pouvoir.

Les efforts de Jagger, ciblant un son moderne et funky, ont été mal accueillis. Revenant à l’ambiance décontractée des Stones du début des années 1970, Talk Is Cheap de Richards était un bon exemple d’un album solo qui était meilleur que l’œuvre du groupe. Une critique l’a annoncé comme “le meilleur album des Rolling Stones en 17 ans”, gifle que Jagger n’oubliera pas. Les albums solos ont restauré l’équilibre de pouvoir des Stones, leur permettant de continuer à ce jour.

Un exemple plus récent d’albums solos gardant un grand groupe en équilibre a été la carrière de John Frusciante, guitariste des Red Hot Chili Peppers. La capacité de Frusciante à trouver des riffs mélodiques est un élément vital au son des Red Hot qui conquière les stades, mais seulement une minuscule partie de ce que Frusciante veut faire. Heureusement, le besoin obsessif de l’homme de faire de la musique peut être satisfait par le simple geste de sortir des albums solos. (Étonnamment, il en a une fois sorti 5 ans un an.)

Les albums solos sont si efficaces qu’ils devraient être prescrits à tout groupe qui semble perdre son chemin. Coldplay parle toujours du besoin de se réinventer : jeunes hommes, puis-je vous suggérer les albums solos comme la meilleure manière de sortir des ornières ?

Mais les premiers candidats pour une dose de solos doivent être REM. Depuis la perte du batteur Bill Berry neuf ans auparavant, le groupe a avancé de manière bancale comme une table à laquelle il manquerait un pied. Il n’y a qu’une solution : les albums solos.

Traduction : 15 mars 2009

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