“Deprive man of his life and you rob him of his happiness”

(“Privez l’homme de sa vie et vous lui dérobez son bonheur”)
Henrik Ibsen (1928-1906) – Pochette de Generation Terrorists

Texte original : “Deprive the average man of his vital lie, and you’ve robbed him of happiness as well” (“Privez l’homme moyen de son mensonge vital et vous lui avez dérobé également son bonheur”).

Henrik Johan Ibsen (20 mars 1828 – 23 mai 1906) était un dramaturge, metteur en scène et poète majeur norvégien du XIXème siècle. On se réferre souvent à lui comme le  “père du drame moderne” et est l’un des fondateurs du modernisme dans le théâtre. Ses pièces étaient considérées scandaleuses par de nombreux de ses contemporains, quand les valeurs victoriennes de la vie de famille et de la propriété avaient une grande emprise en Europe et toute remise en question était considérée comme immorale et outrageante. L’œuvre de Ibsen examinait les réalités qui se dissimulaient derrière de nombreuses façades, possédant une nature révélatoire qui était troublant pour de nombreux de ses contemporains. Elle se servait d’un œil critique et d’une libre investigation dans les conditions de vie et les questions de la moralité.

Henrik Ibsen est né de Knud Ibsen et Marichen Altenburg, famille marchande relativement aisée, dans la petite ville portuaire de Skien, en Norvège, qui était remarquée à la base pour son commerce de bois de construction. C’était un descendant d’une des plus anciennes et distinguées familles de Norvège, dont la famille Paus. Ibsen a plus tard fait remarquer ses ancêtres et proches distingués dans une lettre à Georg Brandes. Peu après sa naissance, les fortunes de sa famille ont tourné vers le pire. Sa mère s’est tournée vers la religion en consolation et son père a commencé à souffrir d’une grave dépression. Les personnages de ses pièces reflètent souvent ses parents, et ses thèmes abordent souvent des questions de difficulté financières ainsi que des conflits moraux qui venaient de sombres secrets cachés de la société.

À quinze ans, Ibsen a quitté la maison. Il s’est installé dans la petite ville de Grimstad pour devenir un apprenti pharmacien et a commencé à écrire des pièces. En 1846, une liaison avec une servante a produit un enfant illégitime, qu’il a plus tard rejeté. Bien qu’Ibsen ait payé une pension alimentaire pendant quatorze ans, il n’a jamais rencontré son fils illégitime, qui a fini en pauvre maréchal-ferrant. Ibsen est allé à Christinia (renommée plus tard Oslo) avec l’intention de s’inscrire à l’université. Il a rapidement rejeté l’idée (ses tentatives précédentes d’entrer à l’université ont été bloquées puisqu’il n’avait pas eu tous ses examens d’entrée), préferrant se consacrer à l’écriture. Sa première pièce, la tragédie Catilina (1850), a été publiée sous le pseudonyme de “Brynjolf Bjarme”, quand il n’avait que 22 ans, mais elle n’a pas été mise en scène. Sa première pièce à être mise en scène, Le Tertre des guerriers (1850), n’a reçu que peu d’attention. Pourtant, Ibsen était déterminé à être dramaturge, même si les nombreuses pièces qu’il a écrites les années suivantes restaient sans succès.

Il a passé les années suivantes à travailler au Norske Theater de Bergen, où il a participé à la production de plus de 145 pièces en tant qu’auteur, metteur en scène et producteur. Durant cette période, il n’a pas publié une seule de ses pièces. Malgré l’échec de Ibsen à obtenir du succès en tant que dramaturge, il a obtenu beaucoup d’expérience pratique au Norske Theater, expérience qui se révèlera précieuse quand il continuera à écrire.

Ibsen est retourné à Christiana en 1858 pour devenir le directeur artistique du Théâtre National de Christiana. Il a épousé Suzannah Thoresen la même année et elle a donné naissance à leur unique enfant, Sigurd. Le couple vivait dans des circonstances financières très pauvres et Ibsen s’est très désanchanté de la vie en Norvège. En 1864, il a quitté Christinia et est allé à Sorrento en Italie en exile auto-imposé. Il ne devait pas rentrer dans son pays natal avant 27 ans, et quand il y est revenu, c’était comme dramaturge reconnu, même si controversé.

Sa pièce suivante, Brand (1865), allait lui apporter l’acclamation critique qu’il recherchait, avec une mesure de succès financier, ainsi que la pièce suivante, Peer Gynt (1867), pour laquelle Edvard Gried a célèbrement composé une musique et des chansons. Bien que Ibsen avait lu des extraits du philosophe danois Søren Kierkegaard et que des traces de l’influence de ce dernier sont évidentes dans Brand, ce n’était qu’après Brand qu’Ibsen a lu sérieusement Kierkegaard. Ennuyé à l’origine que son ami Georg Brandes compare Brand à Kierkegaard, Ibsen a néanmoins lu Ou bien… Ou bien… et Crainte et tremblement. La prochaine pièce de Ibsen, Peer Gynt, est consciemment informé par Kierkagaard.

Avec le succès, Ibsen a plus de plus en plus confiance et a commencé à introduire de plus en plus de ses propres croyances et jugements dans le drame, explorant ce qu’il nommait le “drame des idéesö. Sa prochaine série de pièces sont souvent considérées son Âge d’or, quand il est entré dans l’apogée de son pouvoir et de son influence, devenant le centre d’une controverse dramatique de part et d’autre de l’Europe.

Ibsen a quitté l’Italie pour s’installer à Dresde en Allemagne en 1868, où il a passé des années à écrire la pièce qu’il considérait comme son œuvre maîtresse, Empereur et galiléen (1873), dramatisant la vie et l’époque de l’empereur romain Julien l’Apostat. Bien que Ibsen lui-même a toujours regardé sa pièce avec le recul comme la première pierre de toutes ses œuvres, très peu partageaient son opinion, et ses œuvres prochaines seront plus acclamées. Ibsen s’est installé à Münich en 1875 et a publié une Maison de poupée en 1879. La pièce est une critique cinglante de l’acceptation aveugle des rôles traditionnels des hommes et des femmes dans le mariage victorien.

Ibsen a suivi une Maison de poupée par les Revenants (1881), autre commentaire cinglant sur la moralité victorienne, dans lequel une veuve révèle à son pasteur qu’elle a caché les horreurs de son mariage durant tout celui-ci. Le pasteur lui avait conseillé d’épouser son fiancé d’alors malgré ses liaisons, et elle l’a fait en croyant que son amour le reformera. Mais elle n’allait pas recevoir le résultat qu’on lui avait promis. Les liaisons de son mari ont continué jusqu’à sa mort, et le résultat est que son fils est syphilitique. Même la mention de maladie vénérale était scandaleuse, mais montrer que même une personne qui suivait les idéaux de moralité de la société n’avait aucune protection contre cela, c’était au-delà du scandale. Sa vie n’était pas la noble en quoi les Victoriens croyaient de quelqu’un qui suivait ses devoirs au lieu de ses désirs. Ces croyances idéalisées n’étaient que les Revenants du passé, hantant le présent.

Dans un Ennemi du peuple (1882), Ibsen est allé encore plus loin. Dans les pièces précédentes, les éléments controversés étaient des éléments importants voire cruciaux dans l’action, mais ils étaient sur la petite échelle des foyers individuels. Dans un Ennemi du peuple, la controverse est devenue l’intérêt principal, et l’antagoniste était la communauté entière. Un message premier de la pièce était que l’individu, qui est seul, a plus souvent “raison” que la masse du peuple, qui est représenté comme ignorant et tels des moutons. La croyance victorienne était que la communauté était une institution noble en qui on pouvait avoir confiance, une notion qu’Ibsen a remise en question. Dans un Ennemi du peuple, Ibsen réprimandait non seulement la droite ou les éléments “victoriens” de la société mais aussi le libéralisme de l’époque. Il illustrait comment les gens de chaque côté du spectre social pouvaient être tout aussi égoïstes. Un Ennemi du peuple a été écrit en réponse aux personnes qui avaient rejeté son œuvre précédente, les Revenants. L’intrigue de la pièce est un regard voilé sur la manière dont les gens réagissent à l’intrigue des Revenants. Le protagoniste est un médecin, un pilier de la communauté. La ville est un lieu de vacances dont l’attration principale sont des thermes publiques. Le médecin découvre que l’eau utilisée par les thermes est contaminées quand elle passe sur le terrain d’une tannerie locale. Il s’attend à être acclamé pour avoir sauver la ville du cauchemar de visiteurs infectés de maladie, mais à la place, il est déclaré “ennemi du peuple” par les riverains, qui se leaguent contre lui et lui jetent même des pierres à ses fenêtres. La pièce se termine par son ostracisme complet. Il est évident pour le lecteur que le désastre est à venir pour la ville comme pour le médecin, à cause du refus de la communauté de faire face à la réalité.

Comme le public attendait de lui désormais, sa pièce suivante attaquait les croyances et suppositions indélogeables – mais cette fois son attaque n’étaient pas contre les Victoriens mais contre les réformateurs trop zêlés et leur idéalisme. Toujours icônoclaste, Ibsen voulait tout autant déloger les idéologies de tout part du spectre politique, dont le sien.

Le Canard sauvage (1884) est considéré par beaucoup comme la meilleure œuvre de Ibsen, et c’est certainement la plus complexe. Elle racontre l’histoire de Gregers Werle, jeune homme qui retourne dans sa ville natale après un long exil et est réuni avec son ami d’enfance Hjalmar Ekdal. Durant le cours de la pièce, les nombreux secrets qui se cachent derrière le foyer d’apparence heureuse de Ekdal sont révélés à Gregers, qui insiste à poursuivre la vérité absolue, ou la “Sommation de l’Idéal”. Parmi ses vérités : le père de Gregers a mis sa servante Gina enceinte, puis l’a épousée à Hjalmar pour légitimer l’enfant. Un autre homme a été disgracié et emprisonné pour un crime que le vieux Werle a commis. Et tandis qu’Hjalmar passe ses jours à travailler sur une “invention” complètement imaginaire, sa femme gagne le revenu de la maison.

Ibsen montre l’utilisation majestrale de l’ironie : malgré son insistence dogmatique de la vérité, Gregers ne dit jamais ce qu’il pense mais ne fait qu’insinuer, et n’est jamais compris jusqu’au clou de la pièce. Gregers s’acharne sur Hjalmar avec des sous-entendus et des expressions codées jusqu’à ce qu’il se rend compte de la vérité ; la fille de Gina, Hedvig, n’est pas son enfant. Aveuglé par l’insistance de Gregers de la vérité absolue, il renie l’enfant. Voyant les dommages qu’il a causés, Gregers est déterminé à réparer les choses, et suggère à Hedvig qu’elle sacrifie le canard sauvage, son animal blessé, pour prouver son amour pour Hjalmar. Hedvig, seule parmi les personnages, reconnait que Gregers parle toujours en code, et cherche la signification plus profonde dans la première déclaration importante que Gregers fait qui n’en contient pas, se tue plutôt que le canard afin de prouver son amour pour lui dans l’acte ultime de sacrifice de soi. Ce n’est que trop tard que Hjalmar et Gregers se rendent compte que la vérité absolue de « l’idéal » est quelque chose que le cœur humain ne peut supporter.

De manière intéressante, tard dans sa carrière, Ibsen s’est tourné vers un drame plus introspectif qui avait bien moins à voir avec les dénonciations de la moralité victorienne. Dans des pièces tardives telles que Hedda Gabler (1890) et Solness le constructeur (1892), Ibsen explorait les conflits psychologiques qui transcendaient un simple rejet des conventions victoriennes. De nombreux lecteurs modernes, qui pourraient regarder le didactisme anti-victorien comme daté, simpliste voire cliché, ont trouvé ces œuvres tardives d’intérêt absorbant pour leur considération dure et objective de la confrontation interpersonnelle. Hedda Gabler et Solness le constructeur se centrent autour de protagonnistes feminins dont l’énergie presque démoniaque se révèle à la fois attirante et destructive pour ceux qui les entourent. Hedda Gabler est probablement la pièce la plus jouée d’Ibsen, avec le rôle titre considéré comme l’un des plus stimulant et gratifiant pour une actrice, même aujourd’hui. Il y a quelques similarités entre Hedda et le personnage de Nora dans une maison de poupée, mais une grande partie du public et des critiques théâtrales d’aujourd’hui pensent que l’intensité et le moteur de Hedda sont bien plus complexes et expliqués de manière bien moins confortable que ce qu’ils voient comme un fémininsme plutôt routinier du rôle de Nora.

Ibsen avait complètement réécrit les règles du drame avec un réalisme qui allait être adopté par Chekhov et d’autres et que nous voyons au théâtre aujourd’hui. Depuis Ibsen, les suppositions de remises en question et l’interpellation directe de questions ont été considérés comme l’un des facteurs qui font d’une pièce de l’art plutôt qu’un divertissement. Ibsen est retourné en Norvège en 1891, mais à bien des égards, ce n’était pas la Norvège qu’il avait quittée. En effet, il avait joué un rôle majeur dans les changements qui sont arrivés à la societé. L’Ère victorienne touchait à sa fin, pour être remplcée par la montée du Modernisme non seulement au théâtre, mais dans la vie publique.

Ibsen est mort à Christiana (aujourd’hui Oslo) le 23 mai 1906 après une série d’attaques cérébrales. Quand son infirmière a assuré à un visiteur qu’il allait un peu mieux, Ibsen a bredouillé “Au contraire” et est décédé.

Il a été enterré dans le Vår Frelsers gravlung (“Le Cimetière de Notre Sauveur”) dans le centre d’Oslo. En 2006, le centenaire de la mort d’Ibsen a été commémoré en Norvège et dans de nombreux pays, et l’année a été décrétée “Année Ibsen” par les autorités norvégiennes. Le 23 mai 2006 – à l’occasion de la commémoration du centenaire de la mort d’Ibsen – le musée Ibsen a réouvert ses portes sur la maison complètement restaurée de l’écrivain avec les intérieurs, les couleurs et les décors originaux.

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