Michel Foucault

foucaultmichelPaul-Michel Foucault, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 25 juin 1984 à Paris, est un philosophe français. L’adjectif s’y rapportant est foucaldien. Il a été, entre 1970 et 1984, titulaire d’une chaire au Collège de France, à laquelle il a donné pour titre Histoire des systèmes de pensée.

Puisant dans Nietzsche et Heidegger, son œuvre est une critique des normes et des mécanismes aveugles de pouvoir qui s’exercent au travers d’institutions en apparence neutres (la médecine, le marché, la psychiatrie, l’art…) et problématise, à partir de l’étude d’identités individuelles et collectives en mouvement, les processus toujours reconduits de libération et de “subjectivation”.

L’ensemble de l’œuvre foucaldienne s’élabore dans une archéologie philosophique du savoir, sans rechercher une signification ultime. En 2007, Foucault est considéré par The Times Higher Education Guide comme l’auteur en sciences humaines le plus cité au monde.

Paul-Michel Foucault naît le 15 octobre 1926 à Poitiers, dans une famille de notables de province. Son père, Paul Foucault, est un chirurgien éminent qui a de grandes espérances de voir son fils le rejoindre dans cette profession ; mais c’est son frère Denys, de sept ans son cadet, qui épousera la profession paternelle, Michel, lui, étant très rapidement attiré par l’histoire.

Il abandonne plus tard le “Paul” de son prénom, pour des raisons qui demeurent toujours inconnues. Son principal biographe, Didier Eribon, avance deux hypothèses : celle que Foucault destinait à sa mère (ses initiales, PMF, étaient celles de Pierre Mendès France) et celle qu’il avait donnée à ses amis (“il ne voulait plus porter le prénom de son père, qu’adolescent il haïssait”).

Durant sa jeunesse, son éducation est un mélange de succès et de résultats médiocres : il est très mauvais en mathématiques, tout en raflant régulièrement des prix d’excellence en français, en histoire, en grec ou en latin. Mais ses résultats chutent brusquement en classe de troisième, en 1940 : il n’avait pas supporté de n’être plus premier depuis l’arrivée des Parisiens repliés à Poitiers. Devançant son éventuel redoublement, sa mère l’inscrit alors dans le collège religieux Saint-Stanislas où bientôt il excelle — second derrière son camarade Pierre Rivière. Sa mère fait aussi jouer à plein son réseau privé et confie son fils à un jeune étudiant, Louis Girard, qui lui “ressort” “une sorte de kantisme assez vague, arrangé à la mode du XIXème siècle”. De sorte qu’à la fin de l’année, Foucault obtient le deuxième prix de philosophie.

En classe de terminale, son professeur de philosophie (le Père supérieur Dom Pierrot) le classe dans la catégorie des élèves “pour qui la philosophie serait toujours un objet de curiosité” (plutôt tournés vers Descartes), par opposition à ceux pour qui elle relèverait plutôt d’une inquiétude existentielle, vitale (davantage tournés vers Pascal). Au baccalauréat, il obtient la mention “assez bien”, avec 10/20 en philosophie. De cette époque, Foucault retiendra surtout des souvenirs liés à l’Histoire, c’est-à-dire aux évènements politiques (plus qu’à la vie familiale) ; quant à ses souvenirs de lycée, ils sont détestables : il en haïssait l’atmosphère religieuse et méprisait les cours qu’il y avait reçus.

Soutenu par sa mère qui veut lui laisser le choix de ses études, Michel Foucault tient tête à son père (car “l’idée de faire des études de médecine lui fait horreur”). En septembre 1943, il entre en classes préparatoires au lycée Henri-IV de Poitiers. Manifestant de plus en plus d’intérêt pour la philosophie (sans délester l’histoire), le jeune élève devient, en classe, le principal interlocuteur de son professeur de philosophie : “Les autres [élèves] étaient un peu perdus…” Foucault, à cette époque, est assez solitaire, “il travaillait tout le temps et se liait assez peu aux autres” : il s’accorde, selon ses propres dires, une première récréation (d’un quart d’heure) quelques semaines avant le concours. “Le concours, la compétition, en faire plus que l’autre, être le premier, quelqu’un comme moi a toujours vécu là-dedans” expliquera-t-il plus tard. Malgré cela, il manque l’épreuve écrite de l’École normale supérieure en 1945 : il est cent-unième ; seuls les cent premiers peuvent se présenter à l’oral.

Après de nouvelles démarches de sa mère, Michel Foucault quitte enfin Poitiers, ville qu’il juge étouffante, pour le lycée Henri-IV de Paris, à la rentrée 1945-1946. Sa mère ayant les moyens de lui payer une chambre en ville (l’adolescent, fragile et instable, répugne absolument à la vie en communauté), il est perçu par les internes comme un “provincial mal fagoté”, “un garçon sauvage, énigmatique, fermé sur lui-même”. Il travaille énormément, “comme un fou”. Jean Hyppolite l’éblouit, qu’il trouve fulgurant et génial : il ne cessera de proclamer sa dette à ce grand connaisseur de Hegel, à qui il succédera au Collège de France ; en 1975, il affirme même qu’il lui “doit tout”. Le professeur qui succède à Hyppolite dit du jeune Foucault qu’il “vaut beaucoup mieux que sa note — devra s’affranchir d’une tendance à l’hermétisme — c’est un esprit rigoureux”. Il lit et aime Balzac, Stendhal et Gide ; mais surtout, de plus en plus passionné par la philosophie, devenu “élève d’élite” selon son professeur, il passe — du vingt-deuxième rang à la rentrée — au premier rang avant la fin de l’année, et en histoire, du septième au premier rang.

C’est donc logiquement qu’il est reçu, en 1946, quatrième de la future promotion de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

“C’est une nouvelle vie qui commence pour lui. Une vie qu’il aura bien du mal à supporter. C’est un garçon solitaire, sauvage, dont les rapports avec les autres sont très compliqués, souvent conflictuels”.

Son biographe et ami Didier Eribon résume l’ambiance de ces années “parfois intolérables”selon Foucault lui-même : “Il se dispute avec tout le monde, il se fâche, il déploie tous azimuts une formidable agressivité qui s’ajoute à une tendance assez marquée pour la mégalomanie. Foucault aime à mettre en scène le génie dont il se sait porteur. Si bien que, très vite, il est presque unanimement détesté. Il passe pour être à moitié fou”.

Sa vie quotidienne à l’École normale est difficile et mouvementée ; il souffre de dépression grave. Un jour, l’un des enseignants le retrouve étendu dans une salle, la poitrine lacérée à coups de rasoir. Une autre fois, il poursuit un condisciple avec un poignard à la main. Louis Althusser dira même que Michel Foucault et lui ont toute leur vie côtoyé la folie, mais que le second seul était parvenu un jour à se “sentir guéri”.

En 1948, suite à cette première tentative de suicide au rasoir, Foucault se retrouve à l’hôpital Sainte-Anne où il rencontre le Dr Gaillot, psychiatre : rentré à Ulm, il dispose désormais d’une chambre pour lui tout seul, à l’infirmerie. Selon son médecin, l’obsession suicidaire venait de ce qu’il vivait extrêmement mal son homosexualité. Si bien qu’il pouvait répondre, à un ami qui lui demandait où il allait : “Je vais au BHV, acheter une corde pour me pendre”. Quand il rentrait de ses fréquentes sorties dans les bars gays, il restait prostré pendant des heures, anéanti par la honte.

Aussi l’un de ses anciens condisciples de l’École pourra avouer, plus tard, que “quand l’Histoire de la folie à l’âge classique est sortie, tous ceux qui le connaissaient ont bien vu que c’était lié à son histoire personnelle”. Quant à Foucault lui-même, il confessera que “c’est tout de même un problème impressionnant quand on le découvre pour soi-même [qu’on est homosexuel]. Très vite, ça s’est transformé en une espèce de menace psychiatrique : si tu n’es pas comme tout le monde, c’est que tu es anormal, si tu es anormal, c’est que tu es malade”.

Parallèlement, Foucault est un immense travailleur. Il choisit de préparer l’agrégation de philosophie en quatre ans au lieu des trois prévus généralement pour les normaliens. Il fiche tous les livres qu’il a lu et les range dans des boîtes, déniche même des notes d’un cours de Bergson, lit tous les philosophes classiques (Platon, Kant, etc.) mais aussi Hegel et Bachelard, Marx et Freud, ainsi que Martin Heidegger dont la lecture essentielle le pousse ensuite à découvrir Friedrich Nietzsche. En littérature, il découvre Kafka, Faulkner et Jean Genet.

Il développe à la même période une véritable fascination pour la psychologie (au point d’envisager, un temps, de poursuivre finalement des études de médecine), et lit très attentivement la Critique des fondements de la psychologie de Politzer. Ainsi, après avoir obtenu en 1948 sa licence de philosophie à la Sorbonne (où il ne met presque jamais les pieds), il obtient en 1949 une licence de psychologie, dont la chaire venait tout juste d’être créée. Il suit alors les cours de Daniel Lagache et participe très vite à la branche clinique de cette discipline où il est amené à côtoyer différentes personnalités, dont — par le biais d’une amie de sa mère — Ludwig Binswanger. Il fait même passer le test de Rorschach (chacun doit dire ce qu’il voit dans différentes taches d’encre) à de nombreux condisciples, afin de “savoir, dit-il, ce qu’ils ont dans la tête”.

Il est très assidu au cours de Maurice Merleau-Ponty sur le langage et surtout sur les sciences humaines — cours qui le marquera profondément. Mais surtout, Michel Foucault côtoie Louis Althusser avec qui il devient vite ami. Dès son entrée à Ulm en 1947 Foucault avait voulu, comme de très nombreux normaliens à l’époque, s’inscrire au PCF ; mais on l’avait refusé parce qu’il ne voulait pas militer au syndicat des élèves. Ce n’est donc qu’en 1950, et sous l’influence d’Althusser, qu’il s’y inscrit pour de bon : mais à l’inverse de la plupart des membres du Parti, jamais il ne participe très activement à sa cellule, et il quitte très vite le Parti, dès 1953, sur la base des informations qui commençaient alors à filtrer sur la situation réelle en Union soviétique et notamment au Goulag, sous la dictature de Staline.

C’est aussi en 1950 que Michel Foucault échoue une première fois à l’agrégation. Reçu vingt-neuvième à l’écrit, il doit faire à l’oral une leçon sur l’hypothèse : il parle beaucoup du Parménide, ne dit pas un mot de Claude Bernard et ne parle pas de la science ; le jury lui reproche de s’être préoccupé “beaucoup plus de faire montre d’érudition que de traiter le sujet proposé”. Considéré par ses condisciples comme l’un des plus brillants d’entre eux, cet échec fait scandale ; Althusser charge Jean Laplanche de surveiller Foucault. Seconde tentative de suicide. La crise est bien plus terrible que lors de son échec au concours de l’ENS, mais elle est courte ; il se remet vite au travail.

En 1951, il est reçu troisième. Bien que le cacique soit venu s’excuser personnellement de l’avoir devancé, considérant qu’il s’agissait là d’une injustice, Foucault est furieux et va se plaindre auprès de Georges Canguilhem : “Quelle idée vraiment, lui dit-il en substance, d’interroger les agrégatifs sur la sexualité !”

Entre 1951 et 1955, et à la demande de Louis Althusser, Michel Foucault enseigne la psychologie à l’École normale supérieure ; son éloquence le rend assez célèbre à Ulm : Paul Veyne et Jacques Derrida sont impressionnés. Foucault, en vertu de la tradition, emmène ses élèves assister à l’interrogation et l’examen d’un malade par Daumézon.

En 1952, Foucault obtient son diplôme de psychologie pathologique. Il traduit aussi cette année-là Le Rêve et l’existence de Ludwig Binswanger, qu’il fera publier en 1954 avec une préface plus longue que le livre lui-même. L’analyse existentielle de ce psychiatre original lui permet, dira-t-il plus tard, de mieux comprendre l’oppression du savoir psychiatrique académique.

C’est à cette époque qu’il est psychologue stagiaire à l’hôpital Sainte-Anne, non sans en ressentir un certain “malaise”, qu’il ne comprendra qu’au moment d’écrire son Histoire de la folie. Deux ans plus tôt, entre 1950 et 1952, il avait aussi travaillé sur le terrain de la psychologie expérimentale à la prison de Fresnes, où il se rendait une fois par semaine pour faire passer des examens légers aux prisonniers.

Dans le même temps, tout en occupant un poste de répétiteur à l’École normale supérieure, Foucault accepte un poste d’assistant à l’Université de Lille, où de 1953 à 1954 il enseigne aussi la psychologie. C’est à cette époque qu’il se lie avec le compositeur Jean Barraqué. En 1954 Foucault publie son premier livre, Maladie mentale et personnalité, un travail commandé par Louis Althusser et qu’il désavouera par la suite. Il lui devient rapidement apparent qu’il n’est pas intéressé par une carrière d’enseignant, et il entreprend alors un long exil hors de France. La même année, il accepte donc un poste à l’Université d’Uppsala en Suède en tant que conseiller culturel, position qui est arrangée pour lui par Georges Dumézil ; celui-ci devient par la suite un ami et mentor. C’est fin 1958 qu’il quitte la Suède pour Varsovie. Il y est chargé de la réouverture du Centre de civilisation française. En 1959, il finit par être inquiété par la police de Gomulka qui s’alarme de ses travaux et fréquentations, et qui exige son départ.

Foucault retourne en France en 1960 pour finir sa thèse et occuper un poste de philosophie à l’université de Clermont-Ferrand, à l’invitation de Jules Vuillemin, directeur du département de philosophie ; les deux hommes se lient d’une amitié durable. Il a pour collègue Michel Serres. C’est là aussi que Foucault rencontre Daniel Defert, qui reste son compagnon jusqu’à la fin de ses jours.

En 1961 il obtient son doctorat en soutenant deux thèses (comme il était de coutume à l’époque), l’une dite “thèse mineure” et constituée de sa “traduction, introduction et notes” de l’Anthropologie du point de vue pragmatique de Kant, rapportée par Jean Hyppolite, l’autre dite “thèse d’État” intitulée Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, et rapportée par Georges Canguilhem et Daniel Lagache. Folie et Déraison est très bien accueillie.

Il s’intéresse à l’épistémologie de la médecine et publie en 1963 Naissance de la clinique : une archéologie du regard médicalRaymond Roussel, ainsi qu’une réédition de son livre de 1954 (sous un nouveau titre, Maladie mentale et psychologie), qu’il a désavoué à nouveau par la suite.

Au début de cette année il entre avec Roland Barthes et Michel Deguy au premier “conseil de rédaction” de la revue Critique auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille.

Suite à l’affectation de Defert en Tunisie pour la durée de son service militaire, Foucault s’y installe lui aussi et prend un poste à l’Université de Tunis en 1965. En janvier, il est nommé à la Commission de réforme des universités mise en place par le ministre de l’éducation de l’époque, Christian Fouchet, et l’on parle alors d’une possible nomination au poste de sous-directeur des enseignements supérieurs. Il semble cependant qu’une enquête menée sur sa vie privée par certains universitaires soit à l’origine de sa non-nomination.

En 1966 il publie Les Mots et les Choses, qui connaît immédiatement un immense succès. À l’époque, l’engouement pour le structuralisme est à son paroxysme, et Foucault se retrouve très rapidement rattaché à des chercheurs et philosophes tels que Jacques Derrida, Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes, alors perçus comme la nouvelle vague de penseurs prêts à renverser l’existentialisme et l’intellectuel total incarné par Jean-Paul Sartre. Nombre des débats, échanges et interviews impliquant Foucault se font alors les échos de l’opposition entre l’humanisme, et de son affranchissement par l’étude des systèmes et de leurs structures. Cependant Foucault se lasse bien vite de cette étiquette de “structuraliste”. L’année 1966 est celle d’une effervescence sans pareille dans les sciences humaines : Lacan, Lévi-Strauss, Benveniste, Genette, Greimas, Doubrovsky, Todorov et Barthes publient certains de leurs ouvrages les plus importants.

Foucault se trouve toujours à Tunis pendant les évènements de mai 1968, où il est très profondément ému par la révolte des étudiants tunisiens, la même année. En automne de la même année, il revient en France et publie L’Archéologie du savoir, une réponse à ses critiques, en 1969.

Dès la fin des évènements de 1968 le gouvernement décide de la création d’une université expérimentale à Vincennes. Foucault y prend la direction du département de philosophie. En décembre de cette même année, il y invite en majorité des jeunes universitaires de gauche. Du radicalisme de l’une d’entre eux, la philosophe Judith Miller, résulte le retrait de son accréditation au département par le Ministère de l’Éducation. Foucault se joint alors aux étudiants qui en représailles occupent les bâtiments administratifs du campus, et affrontent la police.

La position de Foucault à Vincennes fait long feu lorsque dès 1970 il est élu au Collège de France, l’institution la plus prestigieuse du corps académique, comme professeur d’Histoire des systèmes de pensée, un titre choisi par lui ; sa candidature était soutenue par Jules Vuillemin. L’Ordre du discours, qui paraît en 1971, constitue sa leçon inaugurale.

Son engagement politique s’accroît alors, Daniel Defert se joignant à la Gauche prolétarienne, mouvement maoïste non léniniste, devenu clandestin. C’est à la suite d’une grève de la faim de certains de ses militants (pour obtenir le statut de prisonniers politiques) que Foucault fonde le Groupe d’information sur les prisons (GIP) pour permettre aux prisonniers de s’exprimer sur les conditions de leur incarcération (des militants ont fait entrer des questionnaires clandestinement dans les prisons). En juillet 1970, après de multiples publications et investigations du GIP, la presse quotidienne et les radios sont autorisées dans les prisons. En novembre 1972, il met sur pied le Comité d’action des prisonniers (CAP) avec Serge Livrozet qui sort de prison et dont il préfacera l’essai De la prison à la révolte. Il participe aussi, de même que Jean-Paul Sartre, aux premières manifestations en soutien des travailleurs immigrés.

La réflexion de Foucault attachée à cette expérience se retrouve alors dans son livre Surveiller et punir, qui paraît en 1975. C’est une étude des structures des micro-pouvoirs qui se développèrent dans les sociétés occidentales au XVIIIème siècle, avec un regard approfondi sur les prisons et les écoles.

Sa participation au débat au sujet de la loi de la pudeur est un autre temps fort de son militantisme politique. En 1977, lorsqu’une commission du Parlement français discute de la réforme du Code pénal français, il signe une pétition, avec Jacques Derrida et Louis Althusser, parmi beaucoup d’autres, demandant l’abrogation de certains des articles de la loi sur la majorité sexuelle afin de dépénaliser les relations consenties entre adultes et mineurs de moins de quinze ans (l’âge du consentement en France).

Il estime alors que le système pénal est en train de remplacer la punition d’actes criminels par la création d’une figure d’individus dangereux pour la société (sans se soucier d’un délit réel) et prédit qu’une “société de dangers” adviendra, lorsque la sexualité deviendra une sorte de “danger errant”, une “illusion”. Il souligne que cela deviendrait possible grâce à l’établissement d’un “nouveau pouvoir médical”, intéressé par les profits provenant du traitement de cet “individu dangereux”.

À la fin des années 1970 le militantisme politique est en recul, notamment avec la désillusion grandissante de nombre des militants de gauche, certains d’entre eux prenant un virage idéologique à 180°, formant les Nouveaux Philosophes, et citant bien souvent Foucault comme ayant été l’une de leurs sources d’influence majeures, un statut que Foucault lui-même ne reconnaissait pas complètement.

C’est durant cette période que Foucault se met à l’écriture d’un projet d’Histoire de la sexualité dont il publiera trois volumes, au lieu des six initialement prévus. Le premier volume de cette étude, La Volonté de savoir, paraît en 1976. Les deuxième et troisième volumes, L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi ne sont parus que huit ans plus tard, et surprennent les lecteurs par leur style relativement traditionnel, leur sujet (les textes classiques latin et grecs) et leur approche, en particulier l’attention que Foucault porte au sujet, concept qu’il avait jusqu’alors négligé. Le dernier tome de cette histoire de la sexualité, encore inédit, aurait dû s’intituler Les Aveux de la chair.

Foucault passe alors de plus en plus de temps aux États-Unis, à SUNY Buffalo (où il avait donné une conférence lors de sa première visite aux États-Unis en 1970), et plus précisément à l’université de Berkeley où les étudiants assistent en très grand nombre à ses conférences.

Fin 1978 il se rend à Téhéran précipitamment, après le massacre de la place Jaleh. À son retour il a rédigé plusieurs articles enthousiastes quant à la Révolution iranienne ; une chaude polémique s’en est ensuit. Il soutient notamment l’Ayatollah Khomeiny. Plus tôt dans l’année il a voyagé au Japon pour la seconde fois, exprimant un intérêt pour “les limites de la rationalité occidentale” (à noter qu’il ajoute “Question qu’il est inévitable de poser parce que le Japon n’est pas en opposition à la rationalité occidentale”).

De 1970 à avril 1984 il poursuit ses cours au Collège de France, y étudiant les principes de gouvernementalité, et la biopolitique (cours 1978 et 1979), puis à partir de 1983 sur Le gouvernement de soi et des autres, sur la parrhèsia.

Il est hospitalisé à Paris début juin 1984, et meurt le 25, d’une maladie opportuniste liée au sida. Ce sont d’ailleurs les mensonges et les malentendus autour de sa mort qui ont poussé Daniel Defert à créer la première association française de lutte contre le sida, Aides. Dans son livre À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guibert, un des amis de Michel Foucault (surnommé “Muzil” dans l’ouvrage), évoquera sa maladie, sa mort et son refus de publications posthumes. On retrouvera encore la mort du philosophe, et son enterrement dans une nouvelle touchante de Guibert intitulée Les secrets d’un homme sans son recueil Mauve la Vierge.

Foucault est généralement connu pour ses critiques des institutions sociales, principalement la psychiatrie, la médecine, le système carcéral, et pour ses idées et développements sur l’histoire de la sexualité, ses théories générales concernant le pouvoir et les relations complexes entre pouvoir et connaissance, aussi bien que pour ses études de l’expression du discours en relation avec l’histoire de la pensée occidentale, et qui ont été très largement discutées, à l’image de “la mort de l’homme” annoncée dans Les Mots et les Choses, ou de l’idée de subjectivation, réactivée dans Le Souci de soi d’une manière toujours problématique pour la philosophie classique du sujet. Son travail de philosophe est indissociable de ses prises de position sur l’actualité, et d’une problématisation permanente des identités collectives et des dynamiques politiques de mouvement – en particulier à partir du mouvement LGBT. Il semble alors que, plus qu’à une “identité” par définition statique et objectivée, Foucault s’intéresse aux “modes de vie” et aux processus de subjectivation.

Sur le thème de la subjectivité, les deux philosophes qui ont le plus influencé Foucault sur ce thème – et sur d’autres – sont Nietzsche et Heidegger.

Si son œuvre est souvent qualifiée de post-moderniste ou post-structuraliste par les commentateurs et critiques contemporains, il a été lui-même plus souvent associé au mouvement structuraliste, surtout dans les années qui ont suvi la publication des Mots et les Choses : bien qu’il ait initialement accepté cette affiliation, il marqua par la suite sa distance vis-à-vis de l’approche structuraliste, expliquant qu’à l’inverse de celle-ci, il n’avait pas adopté une approche formaliste. Il n’acceptait pas non plus de voir l’étiquette post-moderniste appliquée à ses travaux, déclarant qu’il préférait plutôt discuter de la manière de définir la “modernité” elle-même. Son affiliation intellectuelle peut être rattachée à la manière qu’il avait lui-même de définir les fonctions de l’intellectuel : non pas garant de certaines valeurs, mais préoccupé à voir et dire, suivant un modèle intuitif de réaction à “l’intolérable”.

Si son œuvre est souvent qualifiée de post-moderniste ou post-structuraliste par les commentateurs et critiques contemporains, il fut lui-même plus souvent associé au mouvement structuraliste, surtout dans les années qui suivirent la publication des Mots et les Choses : bien qu’il ait initialement accepté cette affiliation, il marqua par la suite sa distance vis-à-vis de l’approche structuraliste, expliquant qu’à l’inverse de celle-ci, il n’avait pas adopté une approche formaliste. Il n’acceptait pas non plus de voir l’étiquette post-moderniste appliquée à ses travaux, déclarant qu’il préférait plutôt discuter de la manière de définir la “modernité” elle-même. Son affiliation intellectuelle peut être rattachée à la manière qu’il avait lui-même de définir les fonctions de l’intellectuel : non pas garant de certaines valeurs, mais préoccupé à voir et dire, suivant un modèle intuitif de réaction à “l’intolérable”.

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