George Orwell

Mentionné dans 1985 :
« In 1985 Orwell was proved right
Torvill and Dean’s Bolero
Redundant as a sad Welsh chapel »

George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair est un écrivain anglais né le 25 juin 1903 à Motihari, Inde britannique (aujourd’hui Inde) et mort le 21 janvier 1950 à Londres.

Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne.

Témoin de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale : La Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L’adjectif “orwellien” est également fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain anglais.

Eric Arthur Blair naît le 25 juin 1903 à Motihari (ancienne Présidence du Bengale et actuel Bihar), dans une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie anglaise. Il est le fils de Richard Walmesley Blair, un fonctionnaire de l’administration des Indes chargé de la Régie de l’opium (le commerce de l’opium, essentiellement en direction de la Chine, est à l’époque un monopole d’État) et d’Ida Mabel Blair. Il a deux sœurs, Marjorie (l’aînée) et Avril (la cadette). Il retourne en Angleterre en 1904en compagnie de sa mère et de sa sœur. Éric ne revoit son père qu’en 1907, lors d’une permission de trois mois accordée à ce dernier, qui ne rejoint définitivement sa famille qu’en 1911, après sa mise en retraite.

À cette époque, le jeune Éric Blair est déjà pensionnaire de la preparatory school de St Cyprien, qui lui inspire bien plus tard, dans les années 1946-1947, un récit, qu’il présente comme autobiographique, publié seulement après sa mort : Such, Such were the Joys. Il y décrit quel “épouvantable cauchemar” étaient pour lui ces années d’internat. Éric Blair est néanmoins un élève brillant et travailleur (il passe auprès de ses camarades pour un “intellectuel”), que ses maîtres motivent en lui rappelant que c’est à une bourse qu’il doit son admission à St Cyprien.

Signe de son excellence scolaire, Blair obtient une bourse au collège d’Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. Orwell garde un assez bon souvenir de ces années, durant lesquelles il travaille peu, passant graduellement du statut d’élève brillant à celui d’élève médiocre, et faisant montre d’un tempérament volontiers rebelle (rébellion qui semble-t-il n’est aucunement liée à des revendications d’ordre politique ou idéologique). À cette époque, il a deux ambitions : devenir un écrivain célèbre (il écrit des nouvelles et des poèmes – médiocres – dans une revue du college), et retourner en Orient, qu’il connaît surtout par l’intermédiaire des souvenirs de sa mère.

La (relative) prospérité de la famille Blair est étroitement liée à l’impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l’arrière-grand-père paternel du futur George Orwell (propriétaire d’esclaves en Jamaïque) ou encore son grand-père maternel (marchand de teck en Birmanie). Aussi, même s’il s’agit d’une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans d’aussi prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l’uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie.

La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendue entre les Birmans et leurs colonisateurs  : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés. La mission des Britanniques est, selon le mot d’un ancien gouverneur adjoint de Birmanie, de “faire régner la loi et l’ordre dans des régions barbares”.

Orwell qualifie plus tard son temps de service comme ayant consisté en “cinq années d’ennui au son des clairons”. Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l’école d’entraînement de la police, il connaît six lieux d’affectation différents, en général peu reluisants (notamment Moulmein). Il laisse l’image d’un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes concernant cette période, il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspire l’essai Une pendaison, “son premier écrit qui témoigne d’un style distinctif et du talent d’Orwell”.

On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l’évolution intérieure qui le fait passer de l’ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l’administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l’antihéros de Une histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : “Le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l’homme d’affaires lui fait les poches”. Quoi qu’il en soit, à la fin de l’année 1927, il jette l’éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu’il a décidé de se consacrer à l’écriture. Tout au long des vingt-deux ans qu’il lui reste à vivre, il reste un ennemi déclaré de l’impérialisme britannique.

Eric Blair semble n’avoir guère eu de dons particuliers pour l’écriture, si l’on en croit le témoignage de ceux qu’il fréquente à l’époque : il travaille donc d’arrache-pied, écrit poèmes sur nouvelles et multiplie les ébauches de romans.

En parallèle, à l’automne 1927, il explore les bas-fonds londoniens, enquêtant sur les conditions de vie des plus démunis, les suit sur les routes et dans les sinistres asiles de nuit : il espère en tirer la matière d’un ouvrage sur les conditions de vie des pauvres. Il tente par là d’exorciser la culpabilité qui le ronge d’avoir “été l’exécutant d’un système d’exploitation et d’oppression” en Birmanie.

Au printemps 1928, il décide d’aller s’installer à Paris (où vit l’une de ses tantes) pour écrire. Il y reste dix-huit mois, au cours desquels nous ne savons pas grand-chose de sa vie, si ce n’est qu’à l’automne 1929, à court d’argent et après avoir donné quelques leçons d’anglais, il fait la plonge durant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Durant cette période, il publie épisodiquement des articles dans des journaux communistes (tel que Le Monde, hebdomadaire dirigé par Henri Barbusse). De la quasi-totalité de ses écrits de cette période, il ne reste rien. Il retourne en Angleterre en décembre 1929, juste à temps pour passer les fêtes de Noël avec sa famille. Fauché, n’ayant rien publié de prometteur, sa santé mise à mal par une pneumonie contractée l’hiver précédent, l’équipée parisienne apparaît comme un fiasco intégral.

Il reprend son exploration des bas-fonds de la société anglaise au printemps suivant, partageant la vie des vagabonds et des clochards, tantôt quelques jours, tantôt une semaine ou deux. Mais il est contraint de mettre un terme à ses expéditions quelques mois plus tard : il n’a plus les moyens financiers suffisants pour poursuivre ses vagabondages.

Il se décide à accepter un poste d’enseignant dans une école privée, dans une petite ville où il s’ennuie (Hayes, dans le Middlesex). Il en profite pour achever Dans la Dèche à Paris et à Londres (Down and out in Paris and London), qui paraît au début de l’année 1933. C’est à cette occasion qu’il prend le pseudonyme de George Orwell. Même si les critiques sont bonnes, les ventes sont médiocres. Qui plus est, l’éditeur d’Orwell (Victor Gollancz) craint le procès en diffamation pour Une histoire birmane (Burmese Days), dont la rédaction est achevée à l’automne 1934, et qui pour cette raison est tout d’abord publié aux États-Unis puis, avec quelques changements de noms, en Angleterre en 1935. À cette période, Orwell s’enthousiasme pour l’Ulysse de James Joyce et contracte une nouvelle pneumonie, qui l’oblige à abandonner sa charge d’enseignant (ou plutôt, qui l’en libère).

À la fin de l’automne 1934, Orwell termine dans la douleur la rédaction de son deuxième roman, Une fille de pasteur, dont il se montre peu satisfait : “C’était une bonne idée, explique-t-il à un de ses correspondants, mais je crains de l’avoir complètement gâchée”. Là encore, la précision des références à des lieux et des personnages réels fait craindre à Victor Gollancz que l’ouvrage ne soit poursuivi en diffamation. Il se décide toutefois à le publier, assorti de corrections mineures, au début de l’année 1935.

Entre temps, Orwell s’est installé à Londres, où il trouve un emploi à la librairie “Booklover’s Corner”, dans le quartier d’Hampstead, “qui était, et demeure, un quartier d’intellectuels (réels ou prétendus)”. Il rencontre Eileen O’Shaugnessy, qu’il épouse en juin 1936. Orwell a auparavant publié un autre roman, “le dernier de ses livres consciemment littéraires”, selon Bernard Crick, Et vive l’Aspidistra ! Il se rend aussi dans le nord de l’Angleterre où, pour honorer une commande que lui a passée Victor Gollancz, il étudie les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il tire de ce reportage un livre, Le Quai de Wigan, qui sera publié alors qu’Orwell est en Espagne. Très polémique dans sa seconde partie, dans laquelle l’auteur analyse les raisons de l’échec de la gauche à gagner les classes laborieuses à la cause socialiste, il paraît avec une mise au point hostile de Victor Gollancz qui, initiateur du projet, se désolidarise de son aboutissement.

Cette rencontre avec le prolétariat des régions minières marque surtout la “conversion” d’Orwell à la cause socialiste. Celle-ci survient brutalement, comme une évidence, face au spectacle de l’injustice sociale et de la misère du prolétariat anglais.

Fin 1936, alors que fait rage la Guerre d‘Espagne qui met aux prises les républicains avec la tentative de coup d’État militaire menée par le “Caudillo”, Francisco Franco, Orwell et son épouse rejoignent, par l’intermédiaire de l’Independent Labour Party (ILP), qui leur a remis des lettres de recommandation, les milices du POUM, après un bref détour par Paris, où Orwell rend visite à Henry Miller, qui tente en vain de le dissuader de se rendre en Espagne.

Orwell, à son arrivée à Barcelone, est fasciné par l’atmosphère qu’il y trouve : lui qui l’année précédente se désolait de ne pouvoir rompre la barrière de classe qui sépare le bourgeois qu’il est de ces prolétaires qu’il était allé rencontrer, empêchant toute rencontre véritable entre les uns et les autres, découvre là une société dans laquelle cette barrière, à ce qu’il lui semble, est en train de s’effondrer. Les milices du POUM, notamment, dans lesquelles il est nommé instructeur (grâce à l’expérience acquise dans ce domaine lors de ses années birmanes), lui apparaissent comme étant “une sorte de microcosme de société sans classes”.

Après avoir passé quelque temps sur le front d’Aragon, Orwell retourne à Barcelone, où il participe aux “troubles de mai” qui opposent les forces révolutionnaires au gouvernement catalan et au PSUC et qui verront la victoire de ces derniers. Il retourne au front où il est blessé à la gorge. Démobilisé, contraint de quitter clandestinement l’Espagne pour ne pas être arrêté (le POUM, dénoncé comme un “parti fasciste” par la propagande du PSUC, est déclaré illégal le 16 juin 1937), Orwell et son épouse gagnent la France, d’où ils rejoignent l’Angleterre.

Orwell, à son retour à Londres, est atterré par la manière dont les intellectuels de gauche (en particulier ceux qui appartiennent au Parti communiste ou en sont proches) rendent compte de ce qui se passe en Espagne, et notamment par les calomnies répandues sur le compte du POUM, systématiquement accusé d’être soit une organisation fasciste, soit une organisation manipulée par les fascistes : c’est dans l’optique de rétablir la vérité quant aux évènements dont il a été témoin qu’il entreprend alors de rédiger son Hommage à la Catalogne qu’il fait paraître, avec quelques difficultés, en avril 1938. À partir de ce moment, écrira-t-il en 1946, “tout ce [qu’il] a écrit de sérieux […] a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique”. Dans cette perspective, il se décide à adhérer à l’ILP au mois de juin 1938, estimant que “le seul régime qui, à long terme, peut accorder la liberté de parole est un régime socialiste”.

Alors que la menace d’un nouveau conflit européen se fait de plus en plus précise, Orwell défend une position antiguerre et critique l’antifascisme des fronts populaires : cette guerre ne servirait, selon lui, qu’à renforcer les impérialismes européens, qui ont beau jeu de se présenter, face à la menace fasciste, comme des démocraties, alors qu’ils exploitent sans vergogne “six cents millions d’êtres humains privés de tous droits”.

Quelques mois plus tard, pourtant, il change radicalement sa position sur le sujet : alors que le Parti communiste (qui appelait auparavant à la lutte contre les dictatures fascistes) se découvre pacifiste à la suite du Pacte germano-soviétique, Orwell découvre que, dans le fond, il a toujours été un patriote. De ce fait, il s’éloigne “sur la pointe des pieds” de l’ILP, qui persiste dans le pacifisme, et s’oppose à l’engagement dans le conflit.

Contrariant le désir qu’il avait de s’engager dans l’armée, sa faible santé le fait réformer. Malgré celle-ci, il s’engage en 1940 dans la Home Guard (milice de volontaires organisée par l’État et créée dans le but de résister à l’invasion nazie dans le cas où les Allemands parviendraient à débarquer en Grande-Bretagne). Par ailleurs, en 1941, il est engagé comme producteur à la BBC, diffusant émissions culturelles et commentaires de guerre à destination des Indes.

Parallèlement à ces activités, Orwell envoie régulièrement des articles (“Les Lettres de Londres”) à la revue américaine d’inspiration trotskiste The Partisan Review. En effet, le patriotisme dont il fait preuve depuis le début de la guerre ne lui a pas pour autant fait abandonner ses aspirations révolutionnaires. Bien au contraire, il estime que la victoire de la Grande-Bretagne sur les dictatures fascistes passera nécessairement par la révolution sociale en Angleterre, révolution dont il voit les signes avant-coureurs dans le mécontentement croissant des classes populaires face aux privations dues à l’état de guerre (qui ne frappent pas les couches supérieures de la société) et aux revers militaires de l’armée anglaise, revers causés selon lui par l’incurie des dirigeants militaires et politiques. De ce point de vue, la Home Guard lui apparaît comme étant ce peuple en armes qui renversera, au besoin par la force, le pouvoir en place avant de défaire les armées hitlériennes (il développe ces points de vue dans son essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui parait en 1941 dans la collection Searchlight, dont il est le cofondateur).

En novembre 1943, Orwell démissionne de son poste à la B.B.C. Il devient alors directeur des pages littéraires de l’hebdomadaire de la gauche travailliste The Tribune et entame la rédaction de La Ferme des animaux.

Orwell achève l’écriture de La Ferme des animaux en février 1944. L’ouvrage ne paraît pourtant qu’un an plus tard, en août 1945. Entre-temps, le livre est refusé par quatre éditeurs : la mise en cause radicale de l’URSS semble prématurée, à un moment où les hostilités contre l’Allemagne hitlérienne ne sont pas encore achevées.

En 1945 toujours, Orwell, qui a démissionné de son poste au Tribune, devient envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne, où il est chargé de commenter la vie politique. Il est à Cologne, en mars, lorsqu’il apprend que sa femme, atteinte d’un cancer, vient de mourir. Il rentre à Londres et entame la rédaction de ce qui va devenir son œuvre la plus célèbre : 1984.

En parallèle, à partir d’août 1945, il devient vice-président du “Freedom Defense Committee” (présidé par le poète anarchiste Herbert Read), qui s’est fixé pour tâche de “défendre les libertés fondamentales des individus et des organisations, et [de] venir en aide à ceux qui sont persécutés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de s’exprimer, d’écrire et d’agir”. Orwell soutient le comité jusqu’à sa dissolution en 1949.

En cette même année 1949, il publie 1984, qu’il a achevé à la fin de l’année précédente. Il épouse en secondes noces Sonia Brownell le 13 octobre, alors que, gravement malade de la tuberculose, il a été admis le mois précédent à l’University College Hospital de Londres, où il prend des notes en vue d’un futur roman.

Il meurt le 21 janvier 1950. Orwell est enterré dans le petit cimetière de l’église de Sutton Courtenay, près d’Abingdon dans l’Oxfordshire, bien que n’ayant aucun lien avec ce village. Il a pourtant laissé comme instructions : “Après ma mort, je ne veux pas être brûlé. Je veux simplement être enterré dans le cimetière le plus proche du lieu de mon décès”. Mais son décès ayant eu lieu au centre de Londres et aucun des cimetières londoniens n’ayant assez de place pour l’enterrer, sa veuve, Sonia Brownell, craignant que son corps ne soit incinéré, a demandé à tous ses amis de contacter le curé de leur village d’origine pour voir si leur église disposerait dans son cimetière d’une place pour l’y enterrer. C’est ainsi qu’il a été, par pur hasard, inhumé à Sutton Courtenay.

Sur sa tombe ces simples mots : Eric Arthur Blair / né le 25 juin 1903, mort le 21 janvier 1950 sans aucune mention ni à ses œuvres, ni à son nom de plume “George Orwell”. Après sa mort, sa veuve a fait publier une collection de ses articles, essais, correspondances ainsi que quelques nouvelles sous le titre de Collected Essays, Journalism, and Letters (1968).

The Complete Works of George Orwell (vingt volumes), première édition des œuvres complètes d’Orwell, a été achevée de publication en Angleterre en 1998.

En 2008, le Times l’a classé second dans sa liste des “50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945”.

Le 11 juillet 1996, un article, publié dans le quotidien anglais The Guardian, explique que George Orwell, en 1949, a collaboré avec l’Information Research Department (une section du ministère des Affaires étrangères britannique liée aux services de renseignements) par l’intermédiaire d’une fonctionnaire de celui-ci : Celia Kirwan. Orwell aurait livré à cet agent une liste de noms de journalistes et d’intellectuels “cryptocommunistes”, “compagnons de routes” ou “sympathisants” de l’Union soviétique. La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié la veille par le Public Record Office.

L’information est relayée en France principalement par les quotidiens Le Monde (12 et 13 juillet 1996) et Libération (15 juillet 1996). Le public français apprend à cette occasion que l’auteur de 1984 “dénonçait au Foreign Office les cryptocommunistes” (Le Monde, 13 juillet 1996). Dans son numéro d’octobre 1996, le magazine L’Histoire va plus loin encore, expliquant qu’Orwell aurait “spontanément participé à la chasse aux sorcières” organisée contre les intellectuels communistes par le Foreign Office.

En revanche, ces articles omettent de mentionner qu’Orwell est un ami personnel de Celia Kirwan (belle-sœur de l’écrivain Arthur Kœstler, elle a en 1945 repoussé la demande en mariage d’Orwell, veuf depuis quelques mois). Celle-ci, à l’occasion d’une visite à l’auteur de L’Hommage à la Catalogne peu avant sa mort, en 1949, alors qu’il est dans un sanatorium, lui confie travailler alors pour un service gouvernemental chargé de recruter des écrivains et des intellectuels susceptibles de produire de la propagande antisoviétique. Orwell, après lui avoir donné les noms de quelques personnes de sa connaissance lui paraissant aptes à être recrutées, propose à Celia Kirwan de lui communiquer, à titre privé, les noms d’autres personnes qu’il est inutile d’approcher, en raison de leurs convictions politiques (lesquelles sont souvent de notoriété publique).

La fameuse liste, déclassifiée en 2003 (mais, curieusement, déjà mentionnée dans la biographie de Bernard Crick parue en 1980) ne dit pas autre chose, et tout laisse à penser que la “collaboration” d’Orwell s’est réduite à cela. John Newsinger, dans sa “biographie politique” d’Orwell, a par ailleurs rappelé que George Orwell a à plusieurs reprises manifesté, à la fin des années 1940, son hostilité à toute tentative d’instaurer un “maccarthysme anglais”.

Le détail de cette affaire se retrouve dans le pamphlet Orwell devant ses calomniateurs, publié en 1997 par L’Encyclopédie des nuisances aux éditions Ivrea. De manière plus succincte, Simon Leys aborde la question dans la réédition de son essai Orwell ou l’horreur de la politique (2006).

Aldous Huxley, le futur auteur du Meilleur des mondes, a brièvement enseigné le français à Eton (en remplacement d’un professeur titulaire parti à la guerre), où parmi ses élèves figurait le futur auteur de 1984. Apparemment, Orwell appréciait Huxley, qui leur apprenait “des mots rares et étranges, de manière assez concertée”, se souvient Steven Runciman (ami et condisciple d’Orwell à cette époque), qui ajoute qu’il était “un professeur d’une totale incompétence. Il n’arrivait pas à faire respecter la discipline et était tellement myope qu’il ne voyait pas ce qui se passait, si bien qu’il était constamment chahuté”, ce qui énervait passablement Orwell “qui trouvait que c’était cruel”.

Runciman conclut pourtant que les cours dispensés par Aldous Huxley n’ont pas été inutiles aux jeunes gens : “Le goût des mots, de leur usage précis et signifiant nous resta. En cela, nous avons une grande dette envers lui”.

* * *

Le vers « In 1985 Orwell was proved right » peut être interprétée de différentes manières [voir 1985 (Expressions)]. L’une d’entre elles peut être la manière dont le gouvernement a réagi comme Big Brother durant la grève des mineurs en 1984-1985.

La grève des mineurs britanniques de 1984-1985 a été un épisode important de l’histoire de l’industrie britannique, car son déroulement et son aboutissement ont profondément modifié la place des syndicats dans le paysage social et politique en Grande-Bretagne. La grève marquait l’opposition du National Union of Mineworkers au projet du National Coal Board, soutenu par le gouvernement de Margaret Thatcher, de fermer 20 mines de charbon déficitaires.

La grève de 1984-1985 n’était soutenue que par 40% des adhérents à l’Union nationale des mineurs (National Union of Mineworkers, ou NUM, puissant syndicat britannique), à l’époque moins revendicatifs que les dirigeants, notamment le marxiste Arthur Scargill. Ce dernier refusait par principe une quelconque fermeture de puits déficitaires, réclamant des investissements publics. Selon M. Scargill, seul un puits épuisé devrait pouvoir être fermé.

La décision des dirigeants de déclarer la grève sans passer par un vote, et la rendant ainsi illégale, s’explique par le fait que la majorité des mineurs ne la souhaitait pas. L’Union nationale des mineurs était bien plus que le parti travailliste à la tête de l’opposition à Margaret Thatcher parce que le parti travailliste avait subi quelques mois avant une lourde défaite et parce que le dirigeant du NUM était un marxiste, partisan d’une révolution. D’autre part, la fermeture des mines de charbon signifiait la perte de plusieurs dizaines de milliers d’emplois, notamment dans la région du Yorkshire : faire voter les adhérents pour décider du lancement de la grève, alors que 40% seulement la soutenaient, signifiait le renoncement à la grève et aurait été considéré comme une trahison par les mineurs du Yorkshire.

Fermer des puits déficitaires est l’objectif mais l’enjeu est plus large. Pour Margaret Thatcher, il s’agit après avoir défait le « socialisme démocratique » dans les urnes, de battre le « socialisme non démocratique ». Il s’agit encore de faire triompher la loi, le NUM ayant déclaré la grève illégalement : sans le vote qu’elle risquait de perdre (la majorité requise était initialement de 55% pour appeler à une grève nationale, les délégués du NUM ont baissé pendant le conflit la majorité requise à 50 % mais toujours sans procéder au vote).

Le gouvernement avait anticipé une réforme du secteur minier longtemps à l’avance et pris des mesures pour prévenir les conséquences de grèves : En ce qui concerne la prévision d’une pénurie en charbon, conséquence possible de la grève, le premier ministre avait ordonné la constitution d’importants stocks, géographiquement proches des centrales électriques utilisant cette source d’énergie ; Vote d’une loi obligeant les syndicats à faire procéder à leurs adhérents à un vote à bulletin secret pour le lancement d’une grève ; annoncer la mesure à un moment où la demande était faible ; la mise en place d’un dispositif d’importation avec les autres pays producteurs et le recrutement de conducteurs non-syndiqués pour le transport.

Pendant la grève elle-même, le gouvernement décide : la réduction au maximum de l’emploi du charbon dans les centrales en se servant des ressources d’appoint comme le pétrole ; le recours aux forces policières pour faire respecter la loi. Il s’agit notamment d’empêcher la formation de piquets de grève (en bloquant par exemple les routes), mais aussi de faire face aux manifestations et escorter les non-grévistes vers leur lieu de travail ; limiter les aides sociales aux familles des grévistes et le vote d’une loi empêchant les travailleurs non-mineurs de soutenir les grévistes mineurs, et rendant nul le fait de faire des piquets de grève (non pas en les interdisant, mais en obligeant les piquets à « se placer là où ils ne gênent le passage de personne »).

La direction des mines a été soutenue tout le long du conflit par le gouvernement. Thatcher craignait que son président lâche un compromis trop avantageux au syndicat qui aurait permis à Scargill d’éviter une défaite totale voire de proclamer abusivement une victoire.

Margaret Thatcher rapporte qu’au bout de quelques mois de grève, toutes les négociations devaient être couchées par écrit pour prévenir les intoxications opérées par le syndicat.

Le parti travailliste a repris de nombreuses revendications des mineurs grévistes.

Les syndicats désapprouvaient l’extrémisme de Scargill mais ont essayé sur la fin de sauver la face au NUM en incitant Margaret Thatcher à négocier. Le conflit est essentiellement resté circonscrit aux mineurs.

Indépendamment des aspects politiques ou économiques du démantellement de l’industrie minière britannique, les protagonistes de cette grève luttaient aussi contre la fin des communautés ouvrières.

La grève a été l’une des plus longues de l’histoire du Royaume-Uni. Finalement, les grévistes sont retournés au travail en mars 1985, sans rien avoir obtenu, leurs pertes financières étant trop importantes. L’arrêt de la grève a marqué un succès symbolique pour le gouvernement de Margaret Thatcher.

Venant d’une ville minière, les Manics ont été durement touchés par cette grève. En effet, à la fin de la grève, Blackwood ne comprenait plus aucune mine, apprauvissant la région. Les Manics ont soutenu la grève en récoltant de l’argent dans leur école. Nicky Wire a dit : « Je suis fier que ce soit les mineurs gallois qui ont été les derniers à retourner au boulot. C’est assez cool » et Sean a défilé dans la fanfare de la NUM en tant que trompettiste.

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